L'Oise Agricole 27 décembre 2020 a 10h00 | Par Sophie Chatenent

Téléphonie fixe : clap de fin pour le bottin !

Les derniers exemplaires au format papier de l’annuaire seront livrés le 15 décembre prochain. Après le démantèlement des dernières cabines téléphoniques en 2017, une nouvelle page se tourne dans l’histoire de la téléphonie fixe en France. Retour sur une aventure vieille de plus d’un siècle.

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Au début du siècle, la transmission d’une conversation téléphonique se faisait par annotation manuelle.
Au début du siècle, la transmission d’une conversation téléphonique se faisait par annotation manuelle. - © BHPT

La roue tourne, et avec elle, son lot de repères jugés ingénieux lors de leurs sorties, mais devenus obsolètes au fil des années. C’est la loi de la vie qui pousse un progrès vers la sortie tandis qu’un autre apparaît. L’annuaire téléphonique est le dernier objet en date en passe de devenir un lointain souvenir. Après le démantèlement des dernières cabines téléphoniques en 2017, une nouvelle page se tourne dans l’histoire de la téléphonie fixe en France. Les derniers exemplaires au format papier de l’annuaire seront distribués à compter du 15 décembre prochain.

29 millions d’annuaires en 1989

Si les Pages blanches ont cessé d’être imprimées fin 2019, les Pages jaunes, qui référencent les numéros de téléphone des professionnels, ont bénéficié d’une année de « rab ». Elles seront donc publiées une dernière fois cette fin d’année dans 90 départements. Quelques 9 millions de pièces devrait être livrées aux derniers afficionados du bottin… On est donc très loin des 29 millions édités en 1989. A l’époque, dans chaque foyer, on feuilletait les Pages blanches ou jaunes pour trouver les coordonnées du contact privé ou professionnel recherché. Une habitude qui est née bien avant le XXe siècle. En effet, l’aventure de l’annuaire a démarré avant même l’apparition des premiers réseaux de communication. Publié en 1796 par Sébastien Bottin, un ancien abbé devenu entrepreneur, le premier annuaire des entreprises jette les bases du futur annuaire téléphonique. Ce recueil des entreprises est connu sous le nom d'Almanach du Commerce et de l'Industrie.

De l’Almanach royal à l’annuaire

L'idée de créer un annuaire téléphonique après l'apparition des réseaux de communication vient de cet almanach. C'est d’ailleurs pour cette raison qu'en France et en Suisse, l'annuaire téléphonique est surnommé le « bottin », en référence à son créateur. Mais selon les historiens, Sébastien Bottin se serait lui-même inspiré de l'Almanach royal de Louis XIV pour créer son propre ouvrage. L'Almanach Royal servait à inventorier tous les hauts fonctionnaires de l'État ainsi que les professeurs d'université. Au fil du temps, ce support est devenu l'annuaire de l'Administration française dont l'édition a pris fin en 1919.

Il faut remonter à 1880 pour assister à la sortie du premier annuaire téléphonique, coïncidant avec la mise en place des premiers centres de communications manuels. À cette époque, l'annuaire ne comporte que 200 numéros. Pour obtenir un numéro, il fallait appeler le 11. Avec la vulgarisation du téléphone, l'annuaire téléphonique est publié annuellement par le ministère des Travaux publics, des postes et des télégraphes. Par la suite, il sera édité par un organisme privé.

Naissance des Pages jaunes en 1883

La première liste officielle des abonnés aux téléphones apparaît en 1889 avec 6 425 abonnés. Les « Pages jaunes » naissent en 1883, lorsque la Wyoming Telephone Company demande à un éditeur local de créer le premier annuaire. À court de papier blanc, celui-ci utilise un stock de papier jaune. L’annuaire se popularise sous le nom de yellow pages (« Pages jaunes »). En 1886, Reuben Donnelley améliore le concept en définissant deux catégories : en blanc, les particuliers classés par nom ; en jaune, les professionnels répartis par domaines d’activité. C’est le début de l’épopée fantastique des télécommunications.

Du Minitel à Internet

Pendant longtemps, les annuaires téléphoniques ont été publiés sur support papier, sous forme de gros livres. Le premier essai d'une version électronique n'a été fait qu'en 1980 à Saint-Malo et Rennes. Trois ans plus tard, l’arrivée du Minitel va bouleverser les modes de recherche. Ce terminal informatique qui permet de se connecter aux services de Vidéotex, va connaître un franc succès. Il a été mis en place pour faire face à la croissance importante du nombre d'utilisateurs du téléphone, en remplaçant le service d'annuaire papier et pour alléger le service de renseignement. À l'époque, celui-ci était déjà saturé.

En 1986 en France, on dénombre plus de 7 millions d’heures passées sur le Minitel, chiffre qui atteint les 16 millions dix ans plus tard. L’annuaire devient ensuite également accessible sur logiciel informatique. Avec la démocratisation d’Internet dans les années 2000, les annuaires en ligne font leur apparition et remplacent progressivement non seulement le Minitel, mais aussi de plus en plus l’annuaire papier.

 

La naissance du téléphone

Le 9 juillet 1877 est créée la Bell Telephone Company aux Etats-Unis. L’histoire du téléphone peut commencer. Si outre-Atlantique le téléphone trouve vite une clientèle, son introduction est plus lente en Europe. En France, la Société Générale des Téléphones obtient en décembre 1880 l’autorisation d’exploiter les réseaux téléphoniques qui se développent en particulier dans les grandes villes portuaires. Cependant le nombre d’abonnés reste faible. En 1882, l’Administration, à son tour, décide de se lancer dans l’exploitation de réseaux téléphoniques et le 10 juillet 1889, les députés votent le rachat par l’Etat des réseaux existants. A la veille du premier conflit mondial, le réseau français est encore peu développé. Jusqu'au milieu des années 1970, seul 1 français sur 7 dispose du téléphone chez lui. Avec l'arrivée du président Valéry Giscard d'Estaing en 1974, la France s'équipe massivement de téléphones et le réseau se modernise. Commence alors le déclin des cabines téléphoniques, qui disparaissent d'autant plus vite que le téléphone mobile se développe dans les années 1990 et 2000.

 

 

Sébastien Bottin, un abbé lorrain devenu statisticien

Prêtre avant la Révolution française, Sébastien Bottin, né le 17 décembre 1764 à Grimonviller (Meurthe-et-Moselle) est issu d’une famille originaire de Vézelise en Lorraine. Il est surtout connu pour l’édition annuelle, de 1819 à 1853, de l’Almanach du commerce de Paris et des principales villes du monde, à qui il donnera le nom générique de « bottin ». Criblé de dettes, il s’éteint à Paris en 1853 dans l’indifférence de ses contemporains. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. A sa mort, la famille Didot reprend son entreprise et poursuit la publication de l’annuaire, couplé à l’Annuaire du commerce des Didot. En 1903, elle publie le Bottin mondain, premier répertoire français des personnalités du tout-Paris. La rue Sébastien-Bottin où s'installa l'entreprise Didot-Bottin, dans le 7e arrondissement de Paris, porte son nom depuis 1929.

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