L'Oise Agricole 19 septembre 2019 à 09h00 | Par François Magnier

Une grande région… avec de grandes questions

Zoom sur la filière des légumes pour l’industrie dans la région, entre le Cénaldi, la FRSEA Hauts-de-France et le représentant des sections légumes des FDSEA.

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- © Agence de presse

Partager des chiffres actualisés, les enjeux économiques et réglementaires et aborder conjointement les déclinaisons du plan de filières, voilà la volonté commune qui a été à l’initiative de la rencontre entre les représentants de la FRSEA, des FDSEA des Hauts-de-France, et du Cénaldi, à Amiens, en cette rentrée. En effet, les légumes pour l’industrie représentent une filière importante dans la région Hauts-de-France et, à ce titre, le territoire a toute sa place à prendre dans la déclinaison opérationnelle de la volonté de la filière. C’est ainsi que les données sont produites par le Cénaldi, association qui représente les producteurs dans l’interprofession Unilet.

Les Hauts-de-France, leader du légume

Le Cénaldi regroupe dix-neuf coopératives ou associations à travers la France, qui représentent près de 4 000 producteurs, produisant annuellement 800 000 tonnes de légumes sur environ 70 000 hectares. Parmi les vingt-cinq légumes cultivés, le pois représente 42 % des tonnages, et le haricot 37 %. La place de la région Hauts-de-France est tout à fait significative puisqu’il s’y produit 60 % de la production nationale de pois et 25 % de celle de haricots. Fort de ces chiffres, la région pèse au mieux l’enjeu de la filière, qui, en marge de la loi Egalim, avait travaillé à la mise en oeuvre de son plan stratégique.

La filière avait fait le choix d’un seul plan stratégique pour tous les fruits et légumes (destinés au marché du frais ou de la transformation), articulé autour de quatre objectifs principaux : renforcer la compétitivité et l’attractivité des productions françaises ; soutenir la consommation des fruits et légumes et valoriser leurs atouts nutritionnels ; renforcer la place des entreprises et des produits à l’international ; favoriser un changement systématique des modes de production tout en expliquant mieux et en valorisant les pratiques de la filière.

Ces objectifs ont été travaillés techniquement en cinq axes stratégiques (opérationnels), et deux volets transversaux à la filière : disposer d’outils, tant structurels que conjoncturels, permettant des stratégies économiques de filières ; améliorer la segmentation du marché ; mieux répondre aux attentes sociétales ; répondre à l’objectif de santé publique et éducation alimentaire ; mieux structurer le commerce pour la demande internationale. Quant aux volets transversaux, ils visent à démultiplier la capacité de recherche et innovation de la filière, et à développer les relations avec d’autres filières et avec la société civile.

Des indicateurs de production et de marché

Côté opérationnel, l’interprofession a défini une liste d’indicateurs à utiliser dans les négociations contractuelles (disponibles sur le site www.uniet.fr). Ces indicateurs, présentés par Delphine Pierron, directrice du Cénaldi, sont constitués d’indices annuels en base 100 (sur l’année 2015) et répartis en trois types : des indicateurs de coûts de production pour chaque poste de charges de production (semences, matériel, énergie, engrais, produits phytosanitaires par famille), de la production/transformation (main-d’oeuvre, transport, énergie, eau), et de la transformation (emballages) à confronter aux indices de marché (indice des prix de consommation, d’achat en restauration, d’exportation, d’importation…) et ce, tant en légume de conserve que surgelés, complétés par des indicateurs spécifiques de volumes/prix de la filière.

Les indicateurs présentés dans le tableau montrent une forte hausse des surfaces (+ 16,5 %), mais une progression en volume de seulement 7 % en trois ans. Dans le même temps, les fabrications n’augmentent pas dans les mêmes proportions, une part croissante des volumes produits en France étant transformée dans des usines hors frontières, notamment en Belgique pour les pois.

Un appel à l’unité et la fermeté

La stratégie de croissance des opérateurs belges a un effet pervers. En plus de la perte de valeur ajoutée sur le territoire du fait de la transformation hors zone, elle a tendance à tirer les prix vers le bas. L’éparpillement de producteurs face à l’acheteur d’un côté, et les moindres contraintes de production de l’autre côté de la frontière amènent à un référentiel de prix inférieurs et non discutés. Une situation que le Cénaldi dénonce et veut combattre, en appelant par la voix de son président Luc Desbuquois, également président de l’OP Vallée de la Lys, à une position ferme de discussion des prix, et à une unité des producteurs sur le dossier (cf. interview). Du fait, de la part de la production nationale qu’elle représente, et de sa position géographique, la région Hauts-de-France est aux premières loges. «Un axe de travail et de développement à porter conjointement par la profession, la transformation, le Conseil régional et les Pouvoirs publics», a conclu Laurent Degenne, président de la FRSEA.

Luc Desbuquois, président du Cénaldi

«On peut redensifier la région sur les outils de transformation»

Alors que les assolements se calent et que les contrats 2020 vont bientôt leur être proposés, quel message syndical pour les producteurs de légumes pour l’industrie ?

C’est clair : il faut une revalorisation des prix. Nous devons stopper cette spirale de moins-disant que les indicateurs reflètent. Pour les producteurs concernés, les légumes pour l’industrie peuvent rarement être produits sur toutes les parcelles, et ils rentrent en concurrence avec des productions à encore plus haute valeur ajoutée. Il faut leur redonner de l’attractivité par le prix. Ensuite, la technicité nécessaire n’a fait que croître, et les évolutions réglementaires et des cahiers des charges font qu’à présent un passage manuel est quasi systématique dans les parcelles avant récolte. Sans parler de l’irrigation, qui est une condition d’accès pour certaines cultures, mais dont le recours peut être à présent considérable vu les conditions climatiques… Les coûts de production et les risques à gérer sont tels que les industriels doivent revaloriser les prix, pour rémunérer correctement les producteurs qui assurent une production sécurisée en volume et en qualité.

Pour y parvenir, est-ce que s’organiser est utile ?

Qu’on soit clair, l’alimentation d’une usine en pois dure en moyenne six semaines alors que l’implantation se fait sur une période de deux semaines. Il y a en fin de campagne tout un tas de différences à gérer. Le fait de travailler en direct rend le producteur totalement impuissant face à l’industriel sur des questions de planning, et de gestion des déficits de récolte. Travailler en collectif permet un filet de sécurité collectif face au risque auquel chacun est exposé. Autre avantage, le partage de la productivité collective. En individuel, c’est binaire : on l’a ou on ne l’a pas, cette «prime de performance». En collectif, on construit plus durablement. Et c’est plus facile d’être dans la discussion ou la négociation avec l’industriel. Sur une année, on a entre quatre et six semaines de tensions quand on discute les prix entre organisation de producteur et industriel, mais une fois qu’on est parvenu à un accord, on se remet autour de la table pour travailler au mieux la campagne. Seul, ce n’est pas possible, ni de négocier, ni de passer à autre chose après.

Comment analysez-vous la concurrence étrangère ?

Clairement, elle existe. Il y a quinze ans, dans le nord de la France, on produisait en pois 10-15 000 hectares pour les usines françaises, et 6-7 000 pour les usines belges. Aujourd’hui, c’est 10-15 000 pour la France, et 10-12 000 pour la Belgique. Ça montre que le débouché est en croissance, mais que cette croissance se fait quasiment exclusivement en Belgique. On retrouve toujours les mêmes points d’analyse qu’en abattage de volailles ou sur la pomme de terre : une réglementation moins rigide, notamment sur les produits phytopharmaceutiques, une volonté des industriels et de l’état de développer l’activité, une prise de risque plus forte de l’autre côté de la frontière… les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Comment y remédier ?

C’est tout l’enjeu de notre plan de filière de retrouver de la performance économique territoriale. L’étiquetage de l’origine France sur les produits est un bon levier : le fanion bleu-blanc-rouge pour produits cultivés (ou élevés) et transformés en France est recherché par les consommateurs. A la seconde où l’on active l’hypothèse de l’étiquetage, on entend parler d’un projet de site de transformation supplémentaire en France, certes porté par des capitaux étrangers. Comme quoi, on peut de nouveau densifier notre région, et retrouver de la valeur ajoutée et des perspectives pour les producteurs, à condition, une fois de plus, de jouer groupés entre nous, producteurs.

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