L'Oise Agricole 08 août 2019 à 07h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Fibre ou graine, Linéa recherche la variété idéale

Avec 115.000 ha en lin textile et 25.000 en oléagineux en France, la création de variétés de lin reste une activité assez confidentielle. Seules trois entreprises existent : Laboulet Semences dans la Somme, Terre de lin en Seine-Maritime, et Linéa, installée à Grandvilliers, dans l’Oise.

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Charles Henri Biard devant une collection de lins textiles.
Charles Henri Biard devant une collection de lins textiles. - © Dominique Lapeyre-Cavé

«Linéa est un GIE (groupement d’intérêt économique) qui appartient à quatre Coopératives de Teillage (extraction de fibres de lin) : Agylin (76), Calira (80), Coop du Neubourg (27) et Lin 2000 à Grandvilliers. Notre métier, c’est de créer des variétés de lin et ces coopératives ont choisi de mettre en commun leurs moyens car le marché de la semence de lin est limité», explique Charles Henri Biard, responsable multiplication et développement commercial chez Linéa. «En lin oléagineux, avec 90 % des parts de marché, nous sommes leader. Pour le textile, nous touchons 15 % du marché.»
Parmi les créations de Linéa, en textile, les variétés Novéa, Vivéa et la dernière-née, Idéo, font la joie des liniculteurs. En oléagineux d’hiver, on trouve Angora et Alpaga dans la gamme de Linéa et, en lin oléagineux de printemps, Progress et Marquise.

Un travail sur la génétique
L’équipe de Linéa est composée de trois sélectionneurs, trois techniciens de recherche et deux chercheurs. «Nous créons de nouvelles variétés en triant sur le matériel semé chaque année, environ 100.000 lignées étudiées et semées en ligne pour les tester. Nous retenons les plus intéressantes et les évaluons ensuite en micro-parcelles sur près de 25 sites en France. Nous faisons également des essais en Nouvelle-Zélande, dans l’hémisphère sud, ce qui nous fait gagner du temps puisque nous avons deux récoltes par an à étudier», poursuit Charles Henri Biard.
Les cinq premières années, les variétés sont triées sur des critères simples comme la longueur de la tige, la précocité, la tolérance aux maladies et aux stress.
À partir de la sixième année, le tri se fait sur des caractères plus complexes comme le rendement,  la richesse en fibres (longues, les lins teillés) et le poids de fibres à l’hectare. Grâce à un partenariat avec l’Université Jules-Verne d’Amiens où travaillent les deux chercheurs de Linéa, un docteur en biologie moléculaire et un chercheur en pathologie végétale, les techniques modernes de diagnostic sont accessibles à Linéa.
«Pas de manipulation génétique, il s’agit seulement de diagnostiquer nos lins, d’en connaître le génome afin de déterminer quels sont les gènes qui permettent l’expression de certains caractères recherchés. Et ces techniques sont précieuses car elles font gagner du temps», assure le responsable.
N’empêche : il faut quinze ans pour sortir une variété qui devra être mieux que les autres. Mais avant d’être commercialisée, la nouvelle variété est proposée à l’inscription. Elle est alors entre les mains du ministère de l’Agriculture qui l’évalue. Autant dire que les obtenteurs doivent avoir le nez fin et anticiper sur la demande à venir. «À Grandvilliers, les conditions des essais sont plus extrêmes qu’en bordure maritime. Et on cherche à reproduire les conditions réelles d’utilisation des agriculteurs. Le but est d’obtenir des variétés adaptées aux terroirs, résistantes à la sécheresse et tolérantes aux maladies et notamment l’oïdium, peu sensibles à la verse et avec un rendement stable» précise le sélectionneur.

Le lin de demain
La bonne image du lin, son faible niveau d’intrant, sa provenance locale, son utilisation en textile ou sa richesse en oméga trois en font une production qui a le vent en poupe.
Les surfaces en lin textile ont augmenté de 30 % en trois an et la France demeure le premier producteur mondial. Côté oléagineux, la filière Bleu Blanc Cœur se développe, essentiellement dans l’Ouest et le Nord de la France. Du coup, les efforts de création variétale de Linéa portent à 60 % sur le lin fibre et 40 % sur le lin oléagineux.
«Nous anticipons que la graine de lin oléagineux, pour ses apports en oméga 3, va trouver de plus en plus sa place dans l’alimentation de consommateurs soucieux de leur santé et de la protection de l’environnement car, avantage certain, c’est une production locale, comparé à la graine de chia, sur le même créneau. Idem pour la fibre de lin textile qui séduit de plus en plus, très écologique comparée aux autres fibres textiles (coton, nylon…). Comme le vin, on parle de millésime, c’est dire que le produit gagne en reconnaissance » conclut en souriant Charles Henri Biard.

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