L'Oise Agricole 06 juillet 2019 à 11h00 | Par Alix Penichou

J.-P. Mulot : «Face au Brexit, la priorité est la fluidité des fl ux»

Comment la région se prépare-t-elle au Brexit ? La question était soulevée lors de la cession de la chambre d’agriculture régionale, le 28 juin. Réponse de Jean-Paul Mulot, représentant permanent des Hauts-de-France au Royaume-Uni.

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La Chambre d’agriculture des Hauts-de-France (de gauche à droite, Hervé Ancelin (CA60), Luc Maurer, directeur de la Draaf Hauts-de-France, Olivier Dauger, président, Michel Leroy, directeur, Christian Durlin (CA59-62), et Françoise Crété (CA80)) avait convié Jean-Paul Mulot (en bas), représentant permanent des Hautsde-
France au Royaume-Uni, à évoquer le Brexit.
La Chambre d’agriculture des Hauts-de-France (de gauche à droite, Hervé Ancelin (CA60), Luc Maurer, directeur de la Draaf Hauts-de-France, Olivier Dauger, président, Michel Leroy, directeur, Christian Durlin (CA59-62), et Françoise Crété (CA80)) avait convié Jean-Paul Mulot (en bas), représentant permanent des Hautsde- France au Royaume-Uni, à évoquer le Brexit. - © Alix Penichou

«La région Hauts-de-France est une des plus touchées directement et indirectement par le Brexit», affi rmait Olivier Dauger, lors de la cession de la chambre régionale d’agriculture, le 28 juin, à Amiens. C’est pourquoi le président tenait à évoquer le sujet. Les faits sont bien là : en agriculture et agroalimentaire, les échanges de la région avec l’Angleterre représentent 13,5 % des échanges nationaux, pour 8,06 Md€ d’exportations et 8,03 Md€ d’importations. L’excédent commercial est de 27 M€. Seulement voilà, la balance commerciale est de moins en moins excédentaire. L’excédent s’élevait à 1 110 M€ en 2015 ! La cause ? Le défi cit des produits transformés surtout. Les échanges sont particulièrement défi citaires pour les préparations à base de poissons et de produits de la mer (- 733 M€), la bière (- 495 M€) et les viandes de boucherie (-275 M€).

Le solde commercial des produits bruts, quant à lui, est en hausse de 209 %, mais cela ne suffi t pas à compenser l’accélération du défi cit commercial pour les produits transformés. Et le Brexit ne devrait pas arranger les affaires du commerce extérieur régional, puisque la France est le deuxième pays fournisseur du Royaume-Uni pour les exportations agricoles et agroalimentaires. En région, 986 M€, qui concernent les exportations de ces produits, seraient potentiellement impactés par le Brexit. Pour huit productions, les Hauts-de-France génèrent même plus de la moitié des exportations françaises vers le Royaume-Uni : les aliments homogénéisés et diététiques, le sucre, les plantes textiles, les produits amylacés, les glaces et sorbets, les préparations à base de pomme de terre, les aliments pour animaux de compagnie et les pâtes alimentaires. Pourtant, difficile de prévoir l’avenir. «Nous avons vécu trois ans d’incertitudes, de négociations. Aujourd’hui, on est encore au point zéro. Et compte tenu de la situation politique britannique, on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé. Va-t-on vers un Brexit hard ? Soft ? Des renégociations ? Un nouveau vote ?», s’interroge toujours Jean-Paul Mulot, représentant permanent des Hauts-de- France au Royaume-Uni.

Indispensable rapidité des échanges

Pour le spécialiste, le Brexit a tout de même permis à la région de prendre conscience de l’ampleur considérable des échanges et de la logistique transmanches. «Nous avons pu relever une priorité : celle de la nécessité de la fl uidité des fl ux, indispensable à la rapidité des échanges.» Les crises migratoires étaient un bon exemple. Quelques bouchons au port de Calais, et voilà des produits qui manquent dans les supermarchés britanniques. Et un Brexit dur signifi e plus de contrôles, donc moins de fl uidité des fl ux. La région a donc orienté son travail vers les points de passage. «Un travail exceptionnel est fait dans les ports, avec les services des douanes et la Draaf des Hauts-de-France.» Magali Pecquery, directrice adjointe de la Draaf Hauts-de- France précise : «Dunkerque est doté d’un nouveau poste d’inspection frontalier (Service d’inspection vétérinaire et phytosanitaire aux frontières, PIF/ Sivep), qui va pouvoir contrôler rapidement les camions.» Cinq mille lots par an, contre mille avant 2015, pour les contrôles sur les produits d’origine animale destinés à la consommation humaine (congelés ; réfrigérés et à température ambiante), les produits d’origine animale destinés à l’alimentation animale, les produits d’origine végétale destinés à l’alimentation animale et les produits végétaux, dont le bois. «L’inspection des produits de la pêche est déportée à Boulogne, puisque ces produits viennent de là-bas essentiellement.

Cela permet de désengorger les autres ports.» Les effectifs ont été multipliés, aussi bien à Calais qu’à Dunkerque et Boulogne. «Plus de cent quarante personnes récemment formées effectueront ces missions, et vingt-quatre vétérinaires, 24h/24, 7 jours/7. On était prêt à débuter en avril, nous le serons d’autant plus lors du Brexit prononcé. » Une avance que la région a prise par rapport à ses voisins belges et néérlandais, et qu’elle compte bien garder.

La stratégie du réseau

Parce que l’agriculture a des faiblesses, et que des menaces pèsent sur elle, mais aussi parce qu’elle est pleine d’atouts, et qu’elle a des opportunités à saisir, l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture) a défi ni des orientations nationales, réparties en seize domaines d’activités stratégiques (DAS) communs au réseau des chambres d’agriculture. Celle des Hauts-de-France a retenu quatre DAS centraux. Le conseil installation, transmission et d’entreprise, tout d’abord, qui a pour ambition de maintenir le nombre d’actifs et d’exploitations en assurant l’installation et la transmission des exploitations avec des projets performants et durables. Le conseil stratégique, multiperformance, transitions agricoles et climatiques, ensuite, avec la volonté d’accompagner tous les types d’agriculture et tous les agriculteurs dans les transitions agricoles et climatiques vers la multiperformance de leur exploitation. L’IRD (innovation, recherche et développement), pour construire et piloter de façon efficiente les solutions de R&D pour la transition, puis leur transfert auprès des agriculteurs. Enfin, la formation des agriculteurs et des collaborateurs, qui a pour but de regagner le leadership de la formation des actifs, en massifiant l’offre et en innovant dans les outils, pour augmenter l’autonomie de décisions des agriculteurs et les compétences des conseillers. La chambre régionale a aussi retenu deux DAS offensifs - l’accompagnement des filières créatrices de valeurs et développement de la bioéconomie, et la ruralité, projets de territoire et services aux collectivités -, ainsi que deux DAS défensifs - les circuits courts, de proximité et l’agritourisme, et la représentation consulaire (être présent sur des sujets choisis dans les lieux de décision appropriés pour peser sur les politiques publiques).

Un nouvel élu

Robert Boitelle, nouveau président de la CA de l’Aisne, agriculteur près de Sissonne, a été élu lors de cette cession en tant que nouveau vice-président. La Chambre d’agriculture des Hauts-de-France compte donc désormais quatre vice-présidents, pour quatre territoires : Christian Durlin (Nord et Pas-de-Calais), Hervé Ancellin (Oise), Françoise Crété (Somme) et Robert Boitelle (Aisne).

Le Sraddet irrite

La chambre régionale a émis un avis défavorable au Sraddet (Schéma régional de développement durable et d’égalité des territoires) «tel qu’il est présenté aujourd’hui». Elle reproche à la Région de ne pas prendre en compte les demandes formulées par les sessions départementales. Elle demande notamment d’approfondir les points qui impactent les activités agricoles, et d’établir les cadres méthodologiques et les outils fi nanciers. Les chemins ruraux sont un exemple de discorde. Selon le Sraddet, «Le développement de la nature ordinaire (par le maintien des annexes écologiques, notamment via une politique d’aménagement et de reconquête des chemins ruraux) constitue une priorité.» Mais, pour la chambre régionale, «il s’agit d’une approche pragmatique et non globale. Un chemin est avant tout un lieu de passage utile aux agriculteurs et forestiers», explique Olivier Dauger.

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