L'Oise Agricole 12 novembre 2020 � 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

«Je fais confiance aux jeunes pour défendre les planteurs»

À quelques jours de sa dernière assemblée générale en tant que président du Syndicat betteravier de l’Oise, Hans Dekkers fait le point sur la situation betteravière et dresse le bilan de sa présidence. Avec son habituel sens de la formule.

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Hans Dekkers
Hans Dekkers - © Dominique Lapeyre-Cave

À ce stade des arrachages, où en est la campagne betteravière ? Comment se déroulent les chantiers ? pour quels résultats ?

Les chantiers sont dorénavant bien avancés et le rendement final sera catastrophique. Sur l’usine de Chevrières, on parle de moins de 50 t/ha et, sur le Nord-Ouest, il semble que cela soit un peu meilleur. On finira sans doute à 53 t/ha en moyenne. Les conditions d’arrachage s’améliorent depuis quelques jours et la campagne va se terminer plus tôt que prévu, faute de betteraves à travailler. Du coup, certains planteurs ont intérêt à tout arracher, même si l’enlèvement des silos n’a lieu qu’en décembre. Les conditions de conservation sont bonnes et surtout cela permet de semer des blés dans des conditions acceptables. Chaque planteur trouve le meilleur compris entre l’arrachage et le semis de blé suivant.

La dérogation d’utilisation des NNI est passée à l’Assemblée Nationale puis au Sénat et doit retourner en deuxième lecture à l’Assemblée Nationale. Etes-vous confiant ? quelles sont les craintes à avoir ?

Il faudra attendre le décret d’application pour connaître les détails de la dérogation. C’est Alexis Hache qui suit le dossier au niveau du Syndicat betteravier. Ce que l’on sait, c’est que la dose sera inférieure, espérons qu’elle suffise. Par contre, nous sommes vigilants sur la règle de retour d’une culture mellifère après betterave, deux années peut-être. Cela empêcherait des rotations de type betteraves-blé-colza, assez répandues dans nos régions. Cet aspect est traité comme si les néonicotinoïdes étaient pulvérisés sur betteraves alors qu’en enrobage de graines, au bout de 2 ans, je doute qu’il reste des traces. Au bout de 70 jours dans le sol, la matière active a déjà en grande partie disparu.

La difficulté de ce type de dossier est que les décisions ou réactions sont irrationnelles, il se dit beaucoup de bêtises. Les NNI ont été utilisées en pulvérisation en jardinage et même sur tournesol à une certaine époque et c’est vrai qu’il y avait alors une mortalité des insectes autres que les piqueurs suceurs cibles. D’où la qualification de « molécule tueuse d’abeilles ». Mais tous ces usages sont interdits depuis et l’enrobage des semences de betteraves est le seul moyen de continuer à en cultiver.

Nous avons pour nous d’avoir un ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, qui représente un point de rationalité au milieu d’un océan de dogmatisme. Il défend les agriculteurs contrairement à ses prédécesseurs qui luttaient contre eux. Avec lui, nous trouverons un compromis sans compromission.

2020 marque un tournant pour la culture betteravière. Pensez-vous que son avenir soit compromis ?

La dérogation pour 3 ans de l’usage des NNI constitue un espoir pour les planteurs. Mais trois ans, c’est un temps très court pour les sélectionneurs. En effet, il y a quatre souches de virus de la jaunisse et sortir une variété de betteraves qui soit tolérante aux quatre semble une mission difficile à mener. On a réussi à trouver des variétés tolérantes à la jaunisse en orge, on devrait finir par y arriver en betteraves, mais avec du temps. En tout cas, nous comptons sur la science et, en ce moment, il faut être accroché pour croire à la science. Plus largement, les questionnements des planteurs sont légitimes : continuer à produire ? arrêter ? La filière betteravière est une filière qui la joue collectif, planteurs et industriels. Pour ce qui est des planteurs coopérateurs, ils sont tenus par leur statut et leur contrat de coopérateurs. Pour ceux qui livrent à un industriel privé, la volatilité est plus grande. Toujours est-il que les planteurs n’emblaveront des surfaces que s’ils ont l’assurance d’un prix rémunérateur et 2020, avec la jaunisse et la sécheresse, sème le trouble. Même en zone irriguée au Sud de Paris, le rendement n’est pas à la hauteur. Faut-il retarder les semis pour permettre aux auxiliaires des cultures d’arriver en même temps que les pucerons vecteurs de la jaunisse ? Autant de questions récurrentes. Gardons néanmoins à l’esprit, malgré les difficultés, qu’une usine qui ferme ne rouvrira jamais.

Le vote pour l’élection des représentants de planteurs Saint Louis Sucre à la commission de la répartition de la valeur s’ouvre du 18 au 25 novembre. Il s’agira d’un vote en ligne pour lequel l’industriel enverra aux planteurs les codes d’accès nécessaires. Quel message adressez-vous aux planteurs concernés ?

La CGB propose une liste nationale pour les deux usines du groupe, Roye et Etrépagny. Y figurent : Alexandre Quillet (Eure, SLS Etrépagny), Jean Pierre Josselin (Oise, SLS Roye), Guillaume Moizard (Somme, SLS Roye), Paul Lannoy (Eure, SLS Etrépagny), Renaud Fatras (Eure, SLS Etrépagny), Cyrille Dupuy (Somme, SLS Roye), Eric Chevallier (Oise, Val-d’Oise, SLS Etrépagny) et Hubert Compère (Aisne, SLS Roye). C’est une liste largement renouvelée avec seulement deux anciens. Les planteurs doivent voter massivement pour cette liste car en faire partie constitue un véritable engagement professionnel, sans quoi la CRV devient vite un guichet d’enregistrement des décisions de l’industriel. Les membres planteurs doivent être unis face au sucrier et leur représentativité est un argument de force. Ils doivent avoir 100 % des planteurs derrière eux pour peser.

Bien sûr, il y aura sans doute d’autres candidats, des listes dissidentes. L’unité est une condition nécessaire mais pas suffisante pour se faire entendre. L’expertise et la connaissance des dossiers de la CGB seront des atouts de poids pour nos élus dans les discussions avec SLS. J’invite donc les planteurs à montrer leur engagement aux côtés de nos candidats.

Le 18 novembre se tiendra l’assemblée du Syndicat betteravier de l’Oise et ce sera votre dernière assemblée en tant que président. Quel constat tirez-vous de ces années à défendre les planteurs de l’Oise ?

Cela fait maintenant 32 ans que je suis élu à la CGB. Je dois cet engagement à Jean-Marie Marsaux qui m’avait fait rentrer à la commission mixte de Bresles alors que j’étais jeune agriculteur. C’est vrai que j’aime les chiffres, détricoter les formules et c’est exactement ce qu’il faut pour défendre les intérêts de planteurs ! Depuis, Bresles a fermé, j’ai été élu au Syndicat betteravier de l’Oise et suis membre du conseil d’administration de la CGB. Je suis devenu président lorsque Gilles Bollé a dû abandonner sa présidence sous la pression de Tereos pour cumul de mandats.

Je dois dire que pendant longtemps, le secteur betteravier a été porteur. Il s’agissait de partager un gros gâteau à l’abri de la mondialisation dans notre cathédrale réglementaire que représentaient les quotas sucriers. En 2016, à la fin des quotas, la cathédrale s’est effondrée et nous avons alors découvert un monde nouveau : de la prospérité, nous sommes passés à la réalité violente de la concurrence, à un monde sans foi ni loi. Sans doute les planteurs ont-ils trouvé que nous n’avons pas suffisamment fait le job. Pourtant, quand on voit le dossier NNI, je pense que la jeune génération de la CGB s’en est bien sortie.

Mais comment lutter ? certains industriels ont menacé de fermer des usines et ils l’ont fait malgré toute la mobilisation que nous avons déployée. Mais sans réel appui politique, difficile d’aller à l’encontre de telles décisions. Nos sucriers ont sans doute sous-estimé de leur côté l’évolution du marché mondial du sucre : vendre du sucre dans un monde protégé par les quotas, c’est bien différent de vendre du sucre au cours mondial. Leur seule solution d’adaptation a été de fermer des usines et de moins payer les planteurs. Nous avons alors appris ce qu’est la construction d’un prix et d’une marge au sein de la filière. Pour la maintenir, il faut commencer par continuer de produire et, en cela, le retour des NNI laisse trois ans pour préparer l’avenir.

J’ai de la chance car, avec mon départ et mon implication locale en tant que maire d’Auneuil, je sais que la relève est là et je pars sans amertume. Au moment de faire ce choix, j’ai bénéficié d’un alignement des planètes car des jeunes, formés et compétents, sont prêts à s’engager dans la défense des planteurs.

Quelles évolutions statutaires vont toucher le Syndicat betteravier de l’Oise ?

Ces évolutions sont nécessaires car l’époque change et nous avons fait le choix de simplifier notre structuration pour réaliser des économies et garder les moyens de défense des planteurs. Les syndicats départementaux vont devenir des délégations de la CGB. Il n’y aura plus qu’un seul syndicat national, avec des représentations départementales et régionales. Cela va changer au niveau administratif, mais sur le terrain notre présence reste la même et il y aura toujours des élus pour représenter les planteurs de l’Oise. Nous comptons plus que jamais sur la cotisation volontaire des planteurs afin d’avoir les moyens d’assurer leur défense professionnelle.

Dans quelles mains remettez-vous votre présidence ?

Je pense que c’est un secret de polichinelle : Alexis Hache devrait être candidat à la présidence. Après l’assemblée générale du Syndicat betteravier le 18 novembre, le nouveau conseil d’administration se réunira et élira le bureau et le président.

En ce qui me concerne, je me réjouis que la mémoire efface les mauvais souvenirs pour ne garder que les bons. J’ai en plus la certitude que les jeunes responsables feront bien leur travail et que je ne serai pas tenté de voir ce qu’ils feront. Je leur souhaite de bien débattre et de travailler ensemble car c’est comme cela qu’on obtient les plus belles avancées. Et surtout, je suis sûr qu’ils n’auront pas besoin de m’appeler car ils sauront tracer leur route.

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