L'Oise Agricole 23 décembre 2020 � 15h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

«La betterave a de l'avenir dans nos régions si les prix sont là»

Alexis Hache, agriculteur à Serans, a été élu président de la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves sucrières) Oise ce lundi 21 décembre. À la fin de cette année 2020 où la filière betteravière aura souvent fait la une de l'actualité, questions-réponses avec le nouveau responsable.

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Alexis Hache, nouveau président de la CGB Oise.
Alexis Hache, nouveau président de la CGB Oise. - © Dominique Lapeyre-Cave

Vous venez d'être élu à la CGB Oise. Comment s'est déroulée l'élection ?

Alexis Hache : Les élections se sont déroulées en visio-conférence et sans problème puisque j'étais le seul candidat. Vu la difficulté de la tâche en ces périodes bousculées, il n'y a malheureusement pas grand monde pour porter les dossiers ! Mon élection n'est une surprise pour personne et j'avais demandé à Hans Dekkers de poursuivre son mandat pendant quelques mois, le temps que la réorganisation du syndicalisme betteravier se mette en oeuvre. Je trouvais cohérent que l'élection de la nouvelle équipe coïncide avec la fusion du syndicat départemental et de la CGB.

Comment souhaitez-vous travailler ? Quelles seront vos priorités ?

A.H. : L'idéal est d'avoir un maximum d'agriculteurs qui s'investissent dans la défense betteravière. Mais il y a peu de jeunes et on peut le comprendre vu l'enjeu que représentent les premières années d'une installation. Je fais appel à eux pour quand même s'exprimer sur les réseaux sociaux où l'agriculture est souvent malmenée. Comme ils sont nés avec ces outils de communication qu'ils maîtrisent bien, ils peuvent en profiter pour faire valoir nos positions, c'est déjà un engagement.

La nouvelle organisation de la CGB Oise ne change pas beaucoup si ce n'est que le conseil d'administration est remplacé par la délégation départementale. S'y ajoute une commission régionale à l'échelle des Hauts-de-France pour coller avec les politiques publiques, française ou européenne avec la Pac, qui se dessinent de plus en plus au niveau régional.

L'équipe élue représente tous les secteurs betteraviers de l'Oise et surtout livre à tous les industriels, Tereos, Saint Louis Sucre et maintenant Cristal Union.

Quel est le bilan de la récolte 2020 ?

A.H. : 2020 aura été l'année des records, mais des mauvais records avec des rendements historiquement bas et particulièrement hétérogènes, de 35 à 80 t/ha selon les secteurs. L'allongement des campagnes de ces dernières années aura tourné court avec une campagne 2020 raccourcie. Dès les premiers signes de jaunisses, nous avions pressenti la catastrophe à venir et avons pesé pour obtenir des dérogations d'utilisations de produits comme le Teppeki et le Movento. Malheureusement, face au virus de la jaunisse déjà installé, cela n'aura au final servi à rien, si ce n'est à vider nos portefeuilles !

Et puis les industriels n'avaient pas bien calibré la baisse des rendements et il y a eu quelques problèmes logistiques, d'où un manque de betteraves pour faire tourner les chaînes par moment en début de campagne. Au final, les usines fermeront fin décembre, peut-être début janvier, soit un mois plus tôt que l'année dernière.

Tout le monde aura perdu de l'argent : les planteurs comme les sucriers qui couvriront juste leurs charges. La perte pour la filière est estimée à plus de 500 millions d'euros, c'est colossal ! 2020 a montré de façon brutale les conséquences lourdes en terme d'économie lorsque des décisions sont prises par dogmatisme, sans étude d'impact sur les filières.

Quels sont les dossiers techniques et réglementaires que vous suivez ?

A.H. : Le gros dossier qui nous occupe est celui des néonicotinoïdes (NNI) pour lequel beaucoup de travail a été fourni. Le département de l'Oise a été le premier à alerter le préfet Louis Le Franc qui a fait rapidement remonter l'information jaunisse au niveau national et nous a permis d'organiser une réunion avec les parlementaires pour les sensibilser très tôt.

Depuis, la loi autorisant la dérogation a été votée par l'Assemblée Nationale et le Sénat, elle a passé le cap du Conseil constitutionnel, les décrets d'application sont sortis. Ne restent à négocier que les arrêtés dérogatoires pour l'encadrement de la succession culturale derrière betteraves sucrières. Nous sommes sûrs qu'en N + 1, il faudra mettre des céréales. En N + 2, rien n'est décidé entre des cultures plus ou moins mellifères. Nous nous appuyons sur une étude de l'ITB (Institut technique de la betterave) qui montre que deux après une culture de betteraves, on ne trouve aucun résidu de néonicotinoïde dans le sol.Nous avons l'espoir que les décisions seront prises en s'appuyant sur des faits scientifiques et non pas par dogmatisme, comme c'est souvent le cas.

Je tiens ici à saluer tout le travail qui a été fourni cette année autour de ce dossier et cette victoire syndicale, car c'en est une, nous la devons au travail acharné mené au niveau des régions et à Paris.

Le deuxième dossier qui va nous occuper, c'est l'indemnisation que nous réclamons pour les planteurs touchés par la jaunisse du fait de l'arrêt des NNI. Ces pertes impactent directement la surface qui sera semée en 2021, la filière est en danger si beaucoup de planteurs réduisent leurs surfaces ou abandonnent la culture de la betterave. Pour l'instant, nous sommes sûrs que toutes les pertes ne seront pas indemnisées, qu'une franchise de 30 % sera appliquée. Restent à définir la base et le taux. La base, qui sera individuelle, pourrait être la moyenne olympique, la moyenne arithmétique ou un mix des deux. Nous plaidons pour ce que ce soit un potentiel individuel qui soit retenu. Quant au prix, tout reste ouvert, mais nous défendons un prix de 26 EUR/t. Nous nous battons pour que cette indemnisation arrive sur les comptes bancaires des planteurs avant la fin du mois de juin.

La difficulté est que cette indemnisation rentrera dans la règle des minimis qui plafonne les aides à 20.000 euros par exploitation. Toutes les pertes ne seront pas comblées, mais nous pouvons aussi nous dire que la production betteravière est la seule qui bénéficie à ce jour d'un tel dispositif. En cela, c'est aussi une belle victoire syndicale qui montre, si certains en doutaient, qu'un syndicalisme fort est indispensable ! Ce dispositif, c'est entre 50 et 80 millions d'euros qui vont arriver dans les exploitations betteravières, ce n'est pas rien, même si la perte est estimée à 200 millions d'euros, y compris la sécheresse. Un beau travail de la CGB !

Un point sur Saint Louis Sucre où les représentants des planteurs à la commission de répartition de la valeur viennent d'être élus. Quel est le climat avec l'industriel ?

A.H. : Les membres de la CRV (Commission de répartition de la valeur) ont été élus et les trois quarts des postes sont occupés par les représentants de la CGB. Les commissions interprofessionnelles sont également en place et le dialogue va commencer dans les prochains mois pour arriver à décrocher un complément de prix qui soit à la hauteur pour motiver les planteurs à continuer. Pour cela, nous souhaitons que le groupe ne regarde pas seulement ses parts de marchés, mais l'intérêt de la filière.

Un mot sur la crise qui semble perdurer chez Tereos ?

A.H. : Les derniers jours ont été riches de rebondissements. Les membres du conseil de surveillance ont été élus, le tribunal a validé cette élection et le conseil de surveillance a élu un nouveau président. Le directeur a également changé. Ce que je peux juste dire, c'est que cette crise a été très dommageable pour l'ensemble de la filière betteravière française. Maintenant, il faut revenir à plus de sérénité, ce dont les planteurs ont besoin pour continuer. L'enjeu pour les nouveaux élus et les adhérents de Tereos, c'est le maintien des surfaces qu'il faut assurer pour faire tourner les usines du groupe. Un peu de souplesse dans les contrats pourrait y aider en rassurant les planteurs. Les nouveaux élus doivent s'installer et c'est à tous de se mettre au travail maintenant.

La betterave sucrière a-t-elle un avenir dans nos régions. Si oui, à quelles conditions ?

A.H. : Oui, la betterave a de l'avenir dans nos régions et ce, pour plusieurs raisons. D'abord, elle assure la diversité des assolements et en cela, elle permet de gérer les risques économiques, techniques et agronomiques. Plus de cultures différentes, c'est plus de solidité dans le système de cultures. N'oublions pas qu'elle a été de nombreuses années un élément rémunérateur des exploitations et qu'une filière s'est mise en place, servant par là-même les autres filières agricoles. Car la betterave, c'est de la pulpe pour l'élevage, de la nourriture pour la méthanisation et du gel hydroalcoolique pour tous !

Enfin, la betterave est un puits de carbone puisqu'elle capte quatre fois plus de CO2 que la forêt. En cela, elle doit être mise en avant. Mais pour que l'histoire de la betterave puisse continuer dans nos régions, il faut que les industriels, privés ou coopératifs, rémunèrent les planteurs dignement et leur donnent envie de continuer. Sans planteurs, plus d'usines.

Nos sucriers seraient aussi inspirés de commercialiser leur sucre en regardant ce qui se pratique dans le monde des céréales, ils gagneraient sans doute plus d'argent dans ce marché mondial.

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