L'Oise Agricole 08 août 2019 à 08h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

La semence, l’autre métier de Valfrance

La coopérative, qui collecte sur l’Oise et la Seine-et-Marne, possède une importante activité sur la semence. Découverte.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Traitement des semences
Traitement des semences - © Dominique Lapeyre-Cavé

Frédéric Guilbert, responsable semences chez Valfrance, use d’une jolie métaphore pour expliquer l’activité de Valfrance au sein de la filière : «La filière semences, c’est comme la musique. Il y a d’abord des compositeurs, ou plutôt des créateurs de nouvelles variétés, qui font la sélection jusqu’à l’autorisation de commercialisation. Ensuite, on trouve ceux qui répliquent l’œuvre, qui la multiplient. C’est ce que fait Valfrance en produisant des semences certifiées. Chaque certificat apposé est comptabilisé par la Sicasov, qui a le même rôle que la Sacem, à savoir le paiement des royalties aux obtenteurs.

Et, enfin, il y a les mélomanes, les utilisateurs finaux, auxquels tous les contrôles effectués par le Soc (Service officiel de contrôle et de certification) aux différentes étapes assureront l’achat de semences certifiées aux normes.»


Valfrance réplique donc des variétés à l’identique grâce à un réseau d’agriculteurs multiplicateurs. Ils sont 180 adhérents qui ensemencent 5.300 ha sur la zone Valfrance, 40 % au nord de l’autoroute A4, 60 % au Sud avec des variétés d’avoines (hiver et printemps), orges (hiver et printemps), pois (hiver et printemps), féveroles, vesces et, bien sûr, blés, tendre ou dur. Ces cultures sous contrat nécessitent le respect d’un cahier des charges très strict : nettoyage de tous les matériels de semis, de récolte et de stockage et isolement par rapport à d’autres variétés pour éviter des fertilisations croisées. De même, la conduite de la culture peut être plus exigeante selon les cahiers des charges, notamment en termes d’utilisation de produits phytosanitaires.


Au printemps, des personnels Valfrance agréés viennent contrôler sur pieds la pureté variétale. «Chaque variété, différente des autres, est identifiée par une douzaine de critères dont le port, la forme de l’épi, la présence ou non de barbes… et ceci afin d’obtenir au final un résultat de pureté variétale inférieur à trois pour mille, qui assure que la variété multipliée sera bien identique à celle fournie par l’obtenteur» précise Frédéric Guilbert.
Bien entendu, Valfrance fait multiplier pour ses adhérents les variétés qui sont adaptées à son marché, à savoir surtout celles recommandées par la meunerie française, une vingtaine environ. Mais la coopérative fait aussi de la multiplication de semences pour des clients, et en prestation de service, ce qui porte à 55 le nombre total de variétés de blé multipliées.

Un process industriel
Valfrance teste, grâce à Val Épi, en conditions réelles d’utilisation des variétés en pré-inscription, identifiées encore sous un numéro pour repérer au plus tôt les futurs produits qui correspondent à notre gamme. «Car il y a du turn over dans les variétés. Les obtenteurs cherchent à créer des variétés résistantes, par exemple : à la sécheresse à cause du réchauffement climatique ou plus tolérantes aux maladies. Il faut sans cesse des variétés nouvelles, qui apportent un plus et chacune n’est vraiment cultivée que 3 ou 4 ans», assure le responsable.


Toujours est-il qu’une fois récoltées par le multiplicateur, les semences sont stockées chez lui dans les conditions requises. Valfrance vient les chercher et commence alors la phase de traitement industriel. La coopérative dispose de deux unités de traitement, une à Verneuil-l’Etang (77) et une à Senlis (60). Dans cette dernière, les lots de semences sont stokés dans des caissons, avec une traçabilité parfaite tout au long du parcours. Ils sont d’abord triés par quatre outils successifs dans un nettoyeur-séparateur, dans un trieur alvéolaire, puis sur une table densimétrique et enfin par un trieur optique. 15 % de déchets sont ainsi éliminés : graines d’adventices, menues pailles, grains cassés, fusariés, ergotés…  Des analyses de qualité sont réalisées tout au long du process. Si les lots correspondent aux normes attendues, les semences sont alors traitées.

Différents types de traitements de semences existent, selon le choix du client final. Les semences sont ensuite ensachées. Chez Valfrance, on travaille plutôt en dose ou en maxidose, mais tous les choix d’ensachage sont possibles surtout  pour les clients extérieurs à la Coopérative. La livraison se fait ensuite dans toute la France.
Tout le process est contrôlé par le Soc qui s’assure du respect du règlement technique tout au long de la chaîne. «Nous sommes parfois contrôlés deux fois par semaine et ils sont particulièrement attentifs sur la traçabilité et l’usage des phytosanitaires est très encadré par les firmes», atteste Frédéric Guilbert. Finalement, est apposée sur le sac de semences l’étiquette du Soc qui garantit la qualité du contenu.

Quel avenir ?
La station de Senlis tourne 8 à 9 mois dans l’année, contrairement aux stations classiques qui ne travaillent que 4 mois par an. C’est grâce aux prestations de service que réalise Valfrance, notamment en traitement de semences de maïs. Trente permanents sont employés sur les deux sites de Valfrance et l’effectif monte à 70 en saison. 25.000 t de semences de céréales à paille et protéagineux (20.000 d’hiver et 5.000 de printemps) sortent des sites Valfrance, ainsi que 10.000 t de semences de maïs en prestation. Des investissements de modernisation seront réalisés sur les deux usines à hauteur de 1,5 millions d’euros.


«Valfrance croit à l’avenir du métier de la semence. Les semences certifiées ont des perspectives car elles permettent aux agriculteurs de produire des cultures qui correspondent aux besoins, parfois pointus, de nos clients» expose Frédéric Guilbert. On s’oriente également vers des traitements de semences alternatifs : ozone, vapeur, chaleur… et la recherche variétale s’active autour de variétés tolérantes aux pathogènes contre lesquels il faut sans cesse lutter.» Enfin, la station de Senlis est agréée pour les semences bio. Le passage du conventionnel au bio nécessite un « rinçage » de toute la chaîne, comme entre deux variétés d’ailleurs. L’activité semences bio en est seulement à sa deuxième campagne, mais devrait monter en puissance. Chez Valfrance, l’avenir de la production passe aussi par la semence.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Oise Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 22 unes régionales aujourd'hui