L'Oise Agricole 12 juillet 2020 à 10h00 | Par Henri Faes

Les betteraviers en crise rencontrent le préfet

Depuis la fin des quotas, rien ne va plus pour la betterave et le sucre. Les marchés se sont fortement dégradés même si la situation s’améliore et laisse espérer des jours meilleurs. Ainsi en 2020, en plus du contexte économique des dernières campagnes, il y a des problèmes agronomiques : les inquiétudes sont grandissantes. «certaines exploitations se posent la question de continuer la betterave ou pas», au moment où l’on ne jure que par la souveraineté alimentaire.

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- © Henri Faes

La production betteravière Française vit la seconde année de culture sans la protection des semences dans l’enrobage, un hiver particulièrement doux et des foyers de pucerons importants. La combinaison de ces 3 aléas permet à ce jour de faire un constat sans appel d’une pression jaunisse au niveau national jamais connue. Ce constat dressé par l’interprofession doit interpeller nos dirigeants sur les conséquences des décisions qu’ils ont prises, en réponse à des positions plus dogmatiques, que scientifiques.

Dans l’Oise, le constat est le même, les betteraves «jaunissent». Les planteurs de betteraves avec la CGB Oise, les fabricants de sucre Saint Louis Sucre et Tereos, L’ITB et les semenciers se sont unis pour alerter Monsieur le préfet.

Alexis Hache, planteur de betteraves dont l’exploitation se situe à côté de Chaumont en Vexin, a accueilli Monsieur le préfet Louis Le Franc pour faire le tour de plaine. En tant que producteur, il estime que cette crise sanitaire entraîne 30 à 50 % de pertes de rendement dans les parcelles touchées. Après trois traitements en végétation avec des produits autorisés en remplacement de la protection des semences, des ronds de jaunisse apparaissent et s’étendent à toutes ses parcelles. Les pucerons étaient tellement nombreux que les interventions n’ont pas été concluantes, sans parler du coût. Si ce contexte perdure, il sera dans l’obligation de diminuer sa surface de betteraves dans les années prochaines.

Pour les sucriers, chaque usine constitue un investissement lourd, la rentabilité de l’outil dépend directement de sa productivité qui est liée aux tonnages de betteraves travaillées et aux surfaces semées. Si aucune solution n’est trouvée, d’autres sucreries pourraient fermer dans les prochaines années. Selon l’Institut Technique de la Betterave, la maladie virale touche 90 % des parcelles de betteraves du département, la gravité peut aller jusqu’à 40% et la situation risque encore d’évoluer dans les semaines à venir. Les premiers prélèvements réalisés la semaine dernière confirment les craintes exprimées et les pertes de rendements. L’ITB analyse la situation et dressera dès que possible les prévisions de pertes de rendement. Du point de vue des sélectionneurs de semences, des solutions alternatives existent, mais elles demandent du temps. La recherche s’inscrit forcément dans un temps long et les premières variétés résistantes à la jaunisse ne seront pas sur le marché avant plusieurs années. A ce jour, force est de constater qu’à court terme, les moyens de lutte les plus efficace restent issus de la chimie.

Finalement, voici le message qui est adressé à Monsieur le préfet : La crise sanitaire est grave et constitue une menace pour l’ensemble de la filière et le tissu économique qui vit autour. Les mesures techniques et réglementaires apportées par les pouvoirs publics sont insuffisantes. Il est urgent de proposer une solution pour 2021 d’enrobage autour de la graine, de prévoir l’indemnisation des betteraviers les plus touchés et d’accompagner financièrement la recherche pour trouver des solutions.

De son côté la CGB met tout en œuvre pour sensibiliser l’ensemble des parlementaires car le temps presse et les réponses doivent arriver rapidement.

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