L'Oise Agricole 29 octobre 2020 à 09h00 | Par D.

Les Mille et Une Nuits se trouvent à Maimbeville

À Maimbeville , Céline Vinet, agricultrice à mi-temps, produit l’épice la plus chère au monde, le safran.

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La famille Vinet vous attend pour visiter les plantations de safran. Pour les informations, visitez la page Facebook Fleurs de Safran.
La famille Vinet vous attend pour visiter les plantations de safran. Pour les informations, visitez la page Facebook Fleurs de Safran. - © D.

Petite-fille d’agriculteurs belges, Céline Vinet, 40 ans, s’est prise de passion pour l’or rouge. Cette femme pétillante a toujours eu le goût de travailler en extérieur et s’est donc lancée dans un cursus agricole. «J’ai fait toutes mes études au lycée d’Airion, de la seconde jusqu’au BTS amélioration des plantes. Par la suite, J’ai fait un BTS protection des cultures à Pierrefonds. De là, j’ai commencé à me spécialiser dans la recherche agricole. J’ai travaillé pour BASF Agro et à Syngenta Semence. J’ai continué par la suite sur de la recherche et du développement pour l’horticulture et le maraîchage, pour une société basée en région parisienne. Mes essais étaient plantés dans tout l’Hexagone, je pouvais faire 6 heures de route pour faire une notation. Tant que l’on n’a pas d’enfants, tout va bien. Depuis, j’ai eu deux filles (rire)», détaille Céline Vinet. C’est durant son congé maternité que Céline Vinet voulait tenter une aventure nouvelle et safranée, plus atypique et unique dans le département. «Sachant que je n’ai pas une grande surface, j’ai potassé des livres, surfé sur internet et j’ai découvert cette épice. J’aurais pu me lancer dans le maraîchage, mais on en trouve beaucoup dans la région. Il fallait quelque chose de différent. Qui aurait pu imaginer que l’on puisse trouver du safran dans l’Oise ? Cette épice est connue pour être cultivée dans des pays chauds comme en Iran. Dans l’Oise, il n’existe qu’un seul producteur de safran. Du coup, malgré notre climat, il est possible de faire pousser cette majestueuse épice», explique-t-elle. C’est en 2019, après une année de paperasse administrative, que Cécile Vinet s’est installée de manière progressive : «Je ne travaille pas à 100 % sur mes cultures de safran. Durant 6 mois, je continue mon métier de recherche et développement sur les grandes cultures de blé, betterave et maïs, à Catillon, dans l’Oise. L’autre moitié, je la consacre au safran. Le timing des deux postes se marie très bien pour le moment» affirme-t-elle. Cette meneuse épicée a débuté avec 2.000 bulbes et tous ont fleuri. Une victoire qui annonce un avenir radieux.

Une culture exigeante, mais rentable

Pour cultiver du safran, il faut un sol drainant (terres sableuses ou calcaires) afin que les bulbes se développent correctement. «Sur mes 2.000 m2, j’ai la chance d’avoir des sols avec du calcaire. Mais le safran peut se cultiver partout. On trouve dans le Loiret, le Quercy et même en montagne.» sourit Céline Vinet. «Mais cultiver un hectare de safran demande un effort considérable. On plante le bulbe pour 4 ou 5 ans, et tout le travail est manuel. Il n’y a pas de machine adaptée à la récolte de safran, on trouve des producteurs qui réadaptent des planteuses à pomme à terre, mais il y a toujours un travail à la main qui suit. De plus, le désherbage en grandes cultures ne fonctionne pas pour le safran. La présence d’adventices permet de maintenir une certaine humidité lors des fortes chaleurs. Mais il faut trouver un juste milieu afin de s’adapter à cette culture exigeante. Par exemple, j’ai essayé un système d’enherbement avec des graminées et un système de buttage, ces petites astuces vont sûrement me faciliter la vie.» poursuit-elle.

La plantation des bulbes se fait en juillet-août, les premières fleurs sortent 6 à 8 semaines plus tard et le dessèchement des fleurs arrive fin mai. «Par rapport au crocus, le safran est complètement inversé. L’idéal pour une bonne pousse est d’avoir un peu de pluie en automne et une grosse amplitude thermique entre le jour et la nuit. Il faut savoir que pour un gramme de safran, il faut près de 200 fleurs…» souligne Céline Vinet.

Mais pour commercialiser cette épice, elle doit la sécher, soit avec au four, soit avec un déshydrateur, afin qu’elle perde 80 % de son poids. «L’idéal est d’attendre un bon mois pour qu’il y ait une bonne maturation du safran afin que l’arôme se développe. On peut garder cette épice 4 à 5 ans sans problème dans un bocal fermé à l’abri de la lumière car cette dernière abîme le stigmate» ajoute-t-elle.

En France, le safran est contraint à des normes Iso strictes afin de revendiquer un safran de haute qualité car cette épice est l’une des plus frelatées «Dans les supermarchés, on remarque que cette épice est conditionnée en France. Il y a donc une grosse démarche pour expliquer aux personnes la manière de la produire et de l’utiliser» précise-t-elle. Dès lors, elle a pour objectif d’augmenter un peu sa production et de vendre cette épice à des particuliers. «J’étais censée faire de la prospection en début d’année, mais la crise sanitaire a tout bloqué. Je vends essentiellement mes produits à des restaurateurs dans un petit périmètre. Mon conjoint travaillant en région parisienne, il peut fournir des restaurants. Désormais, je suis en train de changer mon fusil d’épaule en me dirigeant vers les particuliers. Avec la Covid-19, les personnes ont repris le goût à la cuisine mais ils ne savent pas cuisiner cette épice et surtout elle est très coûteuse. J’aimerais donc trouver des partenaires pour proposer des produits spécialisés comme de la confiture ou du miel au safran. J’espère également qu’avec les fêtes de fin d’année, je pourrais mettre mes produits en avant» se réjouit Céline Vinet. Une occasion de terminer cette année 2020 sous une bonne étoile safranée.

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