L'Oise Agricole 23 janvier 2020 à 14h00 | Par Vincent Fermon, Dominique Lapeyre-Cavé

Les Vergers écoresponsables, un exemple à suivre ?

Depuis 2009, la labellisation «Vergers écoresponsables» de l’association nationale pommes-poires (ANPP) permet à ses producteurs adhérents de montrer aux consommateurs leur engagement à améliorer leurs méthodes de production. Elle permet également à ces mêmes producteurs d’atteindre le niveau 2 de la certification HVE.

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Directeur de l’Association nationale pommes-poires, à l’origine de la démarche vergers écoresponsables, Josselin Saint-Raymond croit au développement rapide de la certification HVE 3 dans différentes filières.
Directeur de l’Association nationale pommes-poires, à l’origine de la démarche vergers écoresponsables, Josselin Saint-Raymond croit au développement rapide de la certification HVE 3 dans différentes filières. - © Vincent Fermon

Pour l’association nationale pommes-poires (ANPP), l’engagement dans une démarche de certification environnementale de type HVE 3 est quelque chose de «contraignant, mais encourageant». Invité de la réunion d’hiver du Groupe Carré, négoce de céréales dans les Hauts-de-France, le directeur de l’ANPP, Josselin Saint-Raymond est revenu sur les raisons qui conduisent les producteurs de pommes et poires françaises à être de plus en plus nombreux à franchir le pas, bien que ces derniers se soient déjà engagés via une démarche privée à faire reconnaître leur engagement dans des modes de production plus vertueux. Le nom de cette démarche ? La labellisation «Vergers écoresponsables» qui témoigne des efforts continus des producteurs pour améliorer leurs pratiques et les rendre plus vertueuses.

Un équivalent à la certification HVE 2

Pour les pomiculteurs français, l’engagement dans la démarche «Vergers écoresponsables» leur donne actuellement une équivalence de certification HVE 2 depuis 2013. Pour atteindre le niveau 3, le conseil de l’association nationale pommes-poires est de suivre la voie A, autrement dit la voie technique, qui permet selon son directeur «d’être plus solide et crédible». Avec la certification HVE, les exigences sont certes plus strictes, mais à la clé, c’est la garantie d’une reconnaissance de la part d’ONG et des pouvoirs publics, puisqu’elle émane du ministère de l’Agriculture. «C’est un outil transversal qu’on peut ensuite utiliser comme argument marketing», assure Josselin Saint-Raymond.

D’ici 2022, la moitié des vergers français déjà labellisés «vergers écoresponsables» devraient être certifiés HVE de niveau 3. De cette manière, la filière pommes-poires française compte bien être au rendez-vous des exigences fixées par les pouvoirs publics en matière d’approvisionnement de la restauration collective : «D’ici 2029, 50 % des produits alimentaires servis par la restauration collective devront être issus d’exploitations certifiées HVE, rapporte M. Saint-Raymond. Cela veut dire qu’il faudra du blé certifié HVE, des pommes de terre certifiées HVE...»

- © Dominique Lapeyre-Cave

«Les produits HVE doivent être mieux rémunérés»

Yves Chéron, agriculteur éleveur à Ver-sur-Launette (Oise), est le premier polyculteur éleveur de France à voir été certifié HVE (haute valeur environnementale), en 2012.

Installé en 1989 en grandes cultures (blé, betteraves sucrières, colza) sur 42 ha, il cultivait aussi de l’escourgeon pour nourrir ses 280 brebis Ile-de-France qui pâturaient sur une douzaine d’hectares de prairies naturelles.

Maire de sa commune à cette époque, Yves Chéron a participé à la réflexion menée entre 2001 et 2008 pour la création du parc naturel régional Oise-Pays de France. Il avait été décidé de faire un diagnostic agricole sur la zone du futur parc pour identifier les producteurs en vente directe, les problématiques agricoles et les pratiques en termes d’environnement. «Nous avions ainsi découvert que 80 % des exploitants envisageaient de délocaliser leur corps de ferme hors des villages à cause de la pression urbanistique. Et puis nous voulions créer une marque parc Oise-Pays de France pour valoriser les productions locales», détaille l’exploitant.

À cette époque, celle du Grenelle de l’environnement, le label HVE est sorti, dont le cahier des charges avait recueilli l’accord de la profession agricole et les organisations environnementalistes. «Nous avons saisi cette opportunité pour inciter les agriculteurs du parc à se lancer dans cette démarche. Quatre exploitants, dont moi, ont accepté de faire la première étape, à savoir le diagnostic de la ferme, réalisé par la Chambre d’agriculture et financé par le parc», explique Yves Chéron.

En 2008, Yves Chéron est battu aux élections municipales et il sent déjà se développer autour de lui ce qu’on appellerait aujourd’hui l’agribashing. «Cela m’a incité à poursuivre la démarche HVE car je voulais être en paix avec mes voisins», avoue-t-il. Comme il participait déjà à un réseau de fermes pilotes pour la réduction d’intrants, il n’avait pas une grosse marche à franchir pour répondre au cahier des charges HVE. «Ce label m’a permis d’être crédible auprès de mes voisins et, pour preuve, j’ai été réélu en 2014», se réjouit l’éleveur.

Depuis, un audit de suivi tous les 18 mois est réalisé sur 3 thématiques qui le concernent : les phytos, les engrais et la biodiversité. « Il faut avoir 10 points dans chaque thème, avec un système de bonus et de malus selon les pratiques ».

«Lorsqu’il a fallu me certifier à nouveau, je me suis interrogé car, finalement, mon blé va dans le trou et mes betteraves dans le tas. Aucune valorisation financière de mes produits jusqu’alors. Récemment, j’ai quand même été contacté par des acheteurs intéressés par des produits HVE et notamment un moulin. J’ai bon espoir que les choses ne changent. C’est à nos coopératives et organismes stockeurs de jouer le jeu si des marchés s’ouvrent», conclut Yves Chéron. Pour le moment, il se demande s’il ne va pas franchir un pas supplémentaire et se convertir à l’agriculture biologique.

Entre pommes et pommes de terre, des similitudes

Production leader en France, la pomme de terre pourrait bientôt franchir le pas de la certification HVE, à l’image d’autres productions qui s’y sont déjà sérieusement intéressées. Pour Josselin Saint-Raymond, cela ne fait aucun doute : «La pomme comme la pomme de terre ont des problématiques proches, à commencer par un niveau de protection élevée. Il y a aujourd’hui un marché standard sur lequel la France est en compétition avec d’autres pays producteurs d’un côté et, de l’autre, il y a des marchés de niche. Pour demain, il faut imaginer ce que sera le standard de production et la meilleure approche est de définir nous-mêmes ce que sera ce standard pour être les premiers à y répondre et compliquer la tâche pour les autres...»

Si la perspective de devoir s’infliger de nouvelles contraintes ne fait pas forcément plaisir, Josselin Saint-Raymond met en avant la plus-value apportée par la mise en place d’une démarche de certification : «En pomme, cela permet une plus-value de 25 % parce que nous proposons un produit différencié. Cela permet de prendre un avantage concurrentiel important sur un marché encombré. Aujourd’hui, nous avons des producteurs du monde entier qui nous sollicitent pour en savoir plus sur nos démarches.»

Répondre au marché

Pour la filière pommes, le bilan est donc plutôt positif, à en croire le directeur de l’association nationale pommes-poires : «On a perdu des surfaces de vergers au cours des dix dernières années, mais nous sommes aujourd’hui la filière qui paie les pommes le plus cher à ses producteurs en Europe et dans le monde.» La certification HVE en pommes engendre cependant une augmentation du coût de production «entre 10 et 15 %». Et s’il s’agit de la comparer au label «bio», Josselin Saint-Raymond ne cache sa préférence pour la HVE : «Si l’on veut faire de l’agroécologie, il y a un autre outil que le bio, c’est la HVE. Son avantage est de laisser beaucoup de marges de manoeuvre». Enfin, à en croire le directeur de l’association nationale pommes-poires, s’engager dans une démarche de certification environnementale semble inéluctable : «On peut le refuser, mais il ne faut pas se voiler la face. Celui qui ne cherche pas à améliorer ses pratiques, avec une volonté de produire de manière plus durable pour répondre au marché, est condamné à disparaître dans les cinq années à venir.»

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