L'Oise Agricole 18 mars 2019 à 15h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Organisation du travail et rentabilité en élevage : un vrai sujet

L'association des étudiants d'UniLaSalle Festival de la terre et de l'élevage organisait une première journée professionnelle le 7 mars sur le travail et la rentabilité en élevage.

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Alexandre Smessaert, étudiant UniLaSalle, anime la seconde table ronde : Pascalt Foucault, éleveur et président du Service de remplacement, Thierry Fraiture, agriculteur et président de Cuma, Alain Randon, conseiller de gestion AS 60-AGC, Anthony Chemin, de la Chambre d'agriculture de la Somme, et David Demarcy, éleveur président du GDS.
Alexandre Smessaert, étudiant UniLaSalle, anime la seconde table ronde : Pascalt Foucault, éleveur et président du Service de remplacement, Thierry Fraiture, agriculteur et président de Cuma, Alain Randon, conseiller de gestion AS 60-AGC, Anthony Chemin, de la Chambre d'agriculture de la Somme, et David Demarcy, éleveur président du GDS. - © Dominique Lapeyre-Cavé

S'il est un sujet qui sera déterminant sur la pérennité des élevages en Hauts-de-France, c'est bien celui de la main-d'oeuvre. Entre des jeunes éleveurs qui veulent mener la même vie que leurs amis, les attentes sociétales et l'agribashing autour du bien-être animal, le monde de l'élevage s'interroge.

La table ronde de la matinée se focalisait sur une question essentielle : comment concilier vie professionnelle et vie personnelle en élevage, et accueillait, autour d'Emmanuel Béguin, de l'Institut de l'élevage, Vincent Delargillière, éleveur laitier en conversion bio, Julien Degry, jeune éleveur laitier en société avec ses parents, Dominique Rollier, ancien éleveur devenu coach, Jocelyne Machefer, conseillère à la Chambre régionale d'agriculture des Hauts-de-France, et Marylise Blancart, éleveuse avec son époux et un salarié et responsable du Service de remplacement de l'Oise. Cette dernière a rappelé l'intérêt d'un tel service pour des remplacements ponctuels ou plus conséquents. Les agents du service sont des étudiants ou des fils d'agriculteurs, qui deviennent souvent agriculteurs ou salariés agricoles par la suite.

Vincent Delargillière a décrit son exploitation : tout herbe, conversion bio en cours depuis 2018, groupement des vêlages sur 3 mois pour arrêter de traire pendant 3 semaines (objectif 2 mois sans traire). «Chaque période de l'année est consacrée à une seule tâche : vêlages pendant trois mois, insémination sur six semaines, gestion du pâturage et récolte des fourrages... Mon système n'est pas encore en rythme de croisière, mais permet de dégager du temps libre. Je prends des congés pendant l'arrêt de la traite et en été, ce qui est un objectif pour moi» confie l'éleveur.

Julien Degry, quant à lui, partage les tâches de l'exploitation avec ses parents. Ils font régulièrement appel au Service de remplacement pour des évènements familiaux ou des congés. «Ce sont toujours les mêmes agents qui viennent, ils connaissent la ferme et nous leur faisons confiance» affirme-t-il.

Jocelyne Machefer détaille l'accompagnement proposé aux éleveurs pour faire le point sur le travail. «Il est important de se poser les bonnes questions, de bien cerner les besoins et les souhaits de l'éleveur : temps libre, prise de responsabilité extérieure, diversification... Parmi ces questions : qu'est-ce que j'aime faire dans mon métier ? que suis-je prêt à déléguer ? Nous pourrons proposer différentes solutions, mais c'est à l'éleveur de choisir celle qui lui convient le mieux.»

À la question d'Emmanuel Béguin sur la gestion des relations humaines, les réponses se rejoignent. «Il est nécessaire de prévoir des moments communs pour échanger sur le travail et les décisions doivent être prises ensemble» affirme Julien Degry. Dominique Rollier ajoute : «en cas de conflit sur une exploitation, j'interviens en écoutant chacun afin que les non-dits puissent être exprimés. Souvent, remettre du dialogue entre les associés suffit à refaire partir l'exploitation. Mais, parfois, il est trop tard. Investir dans les relations humaines est souvent plus efficace qu'acheter du matériel !»

Marylise Blancart abonde dans ce sens en expliquant qu'on n'apprend pas à gérer un salarié dans les écoles. Suivre une formation en management est indispensable en cas de projet d'embauche. Et souvent, c'est lors de temps d'échanges entre exploitants que les solutions apparaissent. «Il est plus facile pour un exploitant de prendre en compte une remarque et une proposition d'amélioration d'un collègue que celle d'un conseiller» explique Dominique Rollier. De même, un chef d'exploitation doit être clair dans les missions qu'il confie à un salarié. Car l'un et l'autre n'ont pas forcément la même vision du travail.

Enfin, les échanges entre agriculteurs sont importants. Julien Degry et Vincent Delargillière citent le travail dans les groupes de développement ou les partages sur les réseaux sociaux, sources d'amélioration des pratiques. La problématique du travail en élevage s'invite décidément partout.

Rentabilité et organisation, duo gagnant ?

La seconde table ronde, animée par Alexandre Smessaert, étudiant UniLaSalle, regroupait Pascalt Foucault, éleveur et président du Service de remplacement, Thierry Fraiture, agriculteur et président de Cuma, Alain Randon, conseiller de gestion AS 60-AGC, Anthony Chemin, de la Chambre d'agriculture de la Somme, et David Demarcy, éleveur président du GDS. La première question tentait de définir la rentabilité en élevage. Plusieurs critères existent : l'excédent brut d'exploitation, le prix de revient (connu une fois par an), la marge brute (calculable à tout moment) «qui expriment des aspects différents», d'après Alain Randon. Tous les exploitants ne connaissent pas les leurs, «20 % seulement» selon Anthony Chemin, mais ont des repères pour suivre la rentabilité de leur travail. Pour Pascal Foucault, «c'est la maîtrise des charges qui importe» ; pour David Demarcy, c'est le prix d'équilibre. Tous les participants s'accordent à dire que chaque exploitation est différente, a ses propres critères et surtout sa stratégie de développement : augmentation des volumes, amélioration de la marge... «L'essentiel est que le système de production soit cohérent» affirment David Demarcy et Pascal Foucault.

Parmi les pistes proposées, Thierry Fraiture partageait l'expérience de sa Cuma qui met à disposition de ses 64 adhérents de nombreux matériels à des coûts particulièrement intéressants.

Alain Randon alertait sur la situation des exploitations laitières dont les actifs importants sont un frein à la reprise. Faut-il séparer l'actif et le travail ? Pour rémunérer celui-ci, il faut travailler sur l'organisation. Et celle-ci nécessite parfois l'embauche d'un salarié. Pascal Foucault rappelait le crédit d'impôt dont peuvent bénéficier les agriculteurs qui font appel au Service de remplacement. Mais il insistait sur la nécessité de créer un groupement d'employeurs pour répondre au besoin croissant de main-d'oeuvre dans les exploitations.

Car la pérennité de la main-d'oeuvre familiale interroge directement l'avenir des exploitations d'élevage. Et tous les participants insistaient sur un point : chaque agriculteur doit imaginer l'avenir de son exploitation en fonction de l'équilibre recherché entre vie professionnelle et vie familiale et que c'est à chacun de trouver l'organisation qui lui convient le mieux. Que ce soit en travaillant à plusieurs ou en embauchant, la question des relations humaines est au coeur du sujet.

Travail en élevage

Emmanuel Béguin, chef de service Approche sociale et travail en élevage, dressait le constat de l'attractivité du métier d'éleveur, à la croisée de son image, des possibilités pour y accéder (concrétisation des projets d'installation) et des conditions d'exercice (viabilité, vivabilité). Les enquêtes menées auprès des éleveurs laissent apparaître quatre profils d'éleveurs : ceux pour qui la relation avec l'animal est primordiale, ceux tournés vers la performance économique, les champions de l'organisation du travail et ceux qui se sentent plus ou moins éleveurs ou polyculteurs. Le travail en élevage revêt en tout cas plusieurs facettes : volume global, astreinte, pénibilité, pointe de travail, charge mentale, capacité à pouvoir se libérer du temps, à gérer les coups durs, sentiment d'isolement...

Pour gagner leur vie, les éleveurs ont augmenté la productivité de leur travail. Cela s'est fait parfois en simplifiant les conduites ou en investissant fortement (robot de traite) et cela se traduit par une augmentation de la taille des élevages : 1/3 des troupeaux français regroupent plus de 100 vaches laitières. Mais l'efficacité apparente du travail cache des disparités. Ainsi les élevages robotisés sont-ils plus productifs, mais moins rémunérateurs si l'on calcule le ratio coût/bénéfice. Autre excellent investissement, la formation qui permet l'amélioration des compétences.

Vouloir travailler moins pour partir en week-end et avoir des congés recouvre une dimension autant culturelle qu'organisationnelle. Il s'avère que les éleveurs les plus satisfaits de leur métier sont aussi ceux qui se dégagent le plus de temps libre, que ce soit en travaillant en couple sur l'exploitation, avec des salariés ou des associés.

Tendance générale depuis 20 ans : l'émergence du salariat sur les exploitations d'élevage et une féminisation des exploitations (22  % des installations aidées), entraînant une vision différente du métier. Des marges de progrès existent : définir les besoins, professionnalisation du recrutement des salariés, organisation du travail, management, prise en compte de la santé et de la sécurité au travail.

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