L'Oise Agricole 02 janvier 2020 à 09h00 | Par Vincent fermon

Pas de trêve des confiseurs entre Saint Louis Sucre et l’OP de Roye

Malgré des relations tendues entre l’industriel Saint Louis Sucre et l’OP des betteraviers de Roye, cette dernière croit toujours en sa légitimité et en ses chances pour défendre la rentabilité.

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Le groupe Saint Louis Sucre affirme avoir d’ores et déjà atteint le volume minimum de betteraves nécessaire au bon fonctionnement de l’usine de Roye pour la campagne 2020.
Le groupe Saint Louis Sucre affirme avoir d’ores et déjà atteint le volume minimum de betteraves nécessaire au bon fonctionnement de l’usine de Roye pour la campagne 2020. - © Agence de presse

Une douche froide, suivie d’une avalanche de mauvaises nouvelles. Pour une partie des producteurs de betteraves livrant au groupe Saint Louis Sucre, les derniers jours ont été pour le moins compliqués et incertains. En cause ? La décision prise par Saint Louis Sucre de ne plus proposer de contrat pour les semis 2020 à ceux d’entre eux qui n’ont pas retourné un exemplaire de la proposition individuelle qui leur avait été adressée avant le

30 novembre. La mauvaise nouvelle leur a été apprise par un courrier recommandé avec accusé de réception daté du 20 décembre. Dans le corps de cette lettre, qui fait état de relances de la part de l’industriel, et d’un délai de réponse allongé, il est ainsi écrit que l’offre de contrat Saint Louis Sucre daté du 30 septembre 2019 est désormais «caduque».

Une OP pour structurer la relation

Cette décision de la part de l’industriel n’a pas manqué de faire réagir l’OP des betteraviers de Roye ; laquelle continue de défendre le principe d’organisation des producteurs pour mieux peser dans les discussions entre planteurs et transformateur. Dans un courrier adressé à ses adhérents le 21 décembre, l’OP des betteraviers de Roye dénonce ainsi le cynisme de Saint Louis Sucre lorsque ce dernier confie «prendre acte de votre décision de ne pas produire de betteraves pour Saint Louis Sucre». L’OP continue par ailleurs de croire qu’elle est sur la bonne voie en s’appuyant sur la signature prochaine de l’arrêté de reconnaissance qui la concerne par le ministère de l’Agriculture. Pour son président, Benoît Gerbaux, «l’OP est un modèle d’organisation pour structurer la relation entre planteurs et Saint Louis Sucre qui reste pertinent et indispensable pour sécuriser une recette betteravière durable et conforter l’approvisionnement d’une sucrerie». Il rappelle dans le même temps l’une des avancées de la Loi Egalim : le droit reconnu pour les agriculteurs de se constituer en OP pour vendre leurs produits.

Une organisation qui dérange SLS

Du côté de l’industriel implanté localement, comme du côté de sa maison-mère en Allemagne, on ne l’entend pas de cette oreille. Une rencontre prévue le 20 décembre entre les responsables de Sudzucker – la maison-mère de Saint Louis Sucre – et de représentants de planteurs a en effet été annulée, à l’initiative des premiers. Dans un feuilleton qui emprunte désormais le terrain judiciaire, on apprenait il y a quelques jours que Saint Louis Sucre a assigné la Scica de Roye devant le tribunal de commerce d’Amiens pour obtenir l’annulation de ses dernières assemblées générales, dont celle ayant approuvé les statuts permettant la commercialisation des betteraves des adhérents. Preuve, s’il en fallait une supplémentaire, que c’est le principe même d’organisation des producteurs qui dérange Saint Louis Sucre. Pas prête à baisser pavillon, l’OP des betteraviers de Roye a, quant à elle, depuis saisi le médiateur des relations commerciales agricoles du ministère de l’Agriculture pour, affirme-t-elle, «ouvrir une discussion avec SLS, dans le délai d’un mois». De manière volontaire ou pas, il finira bien par arriver un jour où les deux parties se parleront.

La FDSEA réaffirme son soutien à l’OP des betteraviers de Roye

Le téléphone rougit, c’est encore un coup de fil d’un producteur de betteraves livrant l’usine Saint Louis Sucre de Roye qui s’interroge sur l’avenir de la sole betteravière de son explication. Pour répondre à de nombreuses sollicitations, la FDSEA de la Somme a adressé il y a quelques jours un courrier à ses adhérents dans lequel elle détaille ses motivations à soutenir «la démarche constate et ferme de l’Organisation des betteraviers de Roye». Pour l’organisation syndicale départementale, qui s’appuie sur les évolutions apportées par la récente Loi Egalim, «Saint Louis Sucre se doit de travailler avec cette OP et ses producteurs». La FDSEA en appelle également à l’État pour qu’il «fasse appliquer la loi, que ce soit au niveau local avec la préfecture, qu’au niveau du ministère de l’Agriculture (…) Aucun groupe ne doit se substituer à la loi Egalim, ni dans les textes, ni dans l’esprit». Elle dénonce par ailleurs un climat délètere entre producteurs et industriel : «Force est de constater que le groupe industriel utilise de nombreuses voies et méthodes pour museler l’OP et prendre les producteurs (…) Cela ne montre ni une position sereine de sa part, ni une considération durable des relations avec les producteurs», constate le syndicat. «Les pressions, les postures de l’industriel et la complexité de la situation ne font que renforcer notre soutien à l’OP et à ses représentants», conclut la FDSEA.

Saint Louis Sucre affiche sa confiance pour la prochaine campagne

Dans un contexte marqué par des tensions avec une partie de l’amont, Saint Louis Sucre donnait le sentiment la semaine dernière de ne pas vaciller. Dans un courrier daté du 17 décembre adressé à un certain nombre de planteurs, le groupe industriel y détaillait ses intentions pour la prochaine campagne et affiche son optimisme. En ce qui concerne l’usine de Roye, le groupe Saint Louis Sucre affirme avoir en effet d’ores et déjà atteint le volume minimum de betteraves nécessaire à son bon fonctionnement. «Pour être compétitive, l’usine a besoin d’une durée de campagne d’au moins 125 jours, rappelle le service betteravier de Roye. Cet objectif est atteint puisqu’aujourd’hui, l’ensemble des contrats individuels qui nous sont parvenus signés couvre une durée de campagne de plus de 130 jours». Par conséquent, «les retours de contrats pour 2020 sont donc clos». Dans une relation où chaque mot est pesé, l’industriel insiste enfin sur le fait qu’il s’agit bien d’un contrat «sans intermédiaire pour les prochains semis», «socle incontournable d’une relation gagnant-gagnant, directe et équilibrée». Pour l’usine d’Étrépagny, un délai jusqu’au 10 janvier est en revanche accordé aux planteurs qui n’auraient pas encore répondu à l’offre de contrat.

- © Agence de presse

Benoit Gerbaux, président de la Sica et de l’OP des betteraviers de Roye

«Nous gardons le cap»

Saint Louis Sucre a franchi un cap de plus dans le bras de fer qui nous oppose à l’heure actuelle, avec les recommandés passés aux producteurs, allant jusqu’au cynisme de «prendre acte de leur décision de ne pas produire de betteraves pour Saint Louis Sucre». Toutes ces postures montrent bien à quel point la relation entre Saint Louis Sucre et ses planteurs n’est pas engagée sur une base équilibrée et respectueuse ; tout cela nous conforte dans la décision prise par les planteurs adhérents de l’OP de maintenir leur volonté de s’unir dans la discussion avec l’industriel. Dans les faits, la volonté initiale étant de rééquilibrer une relation, cela veut bien dire que la volonté initiale est de poursuivre la production avec Saint Louis Sucre. Mais si Saint Louis Sucre ne veut que des producteurs soumis et atomisés, nous avons une divergence majeure. Les deux OP constituées correspondent à une usine. À aucun moment, nous ne voulons croire qu’on peut faire sans eux, ou que cela n’intéresse personne. L’État doit prendre ses responsabilités et agir par tout moyen pour faire avancer cette situation dans l’esprit et dans le texte de la loi Egalim. Nous l’avons saisi à tous niveaux et j’en appelle à son arbitrage. De notre côté, nous voulons garder toutes les portes ouvertes, et surtout, garantir l’essentiel pour nos adhérents : que ceux qui veulent produire de la betteraves et/ou être livrés de coproduits comme les pulpes puissent avoir une solution au plus vite.

Nous n’emmènerons nos adhérents ni dans le mur, ni dans un scénario de soumission. Nous gardons le cap avec volonté et combativité, mais sans la naïveté de croire que ça va être simple. Les semaines qui viennent vont encore faire vivre des épisodes tumultueux.

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