L'Oise Agricole 20 mai 2020 à 13h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Plants fleuris et potagers : consommer local aussi

De moins en moins nombreux face à la concurrence des grandes surfaces et des jardineries, les horticulteurs ont subi de plein fouet la crise sanitaire qui est tombée à une période de fortes ventes. Témoignage avec l’un des rares professionnels de l’Oise.

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Fabien Retourné mise sur les prochaines semaines pour rattraper les semaines de fermeture.
Fabien Retourné mise sur les prochaines semaines pour rattraper les semaines de fermeture. - © Dominique Lapeyre-Cave

C’est à Moliens, en limite de la Somme et de la Seine maritime, que Fabien Retourné, 49 ans, est installé avec son épouse fleuriste, Nadège. «C’est un métier passion que j’exerce depuis 24 ans, dans un premier temps comme salarié avant de reprendre Picardie végétaux à Moliens, qui existait déjà depuis longtemps».

Avec une salariée en arrêt maladie depuis plusieurs mois et un fils de 21 ans récemment embauché qu’il a dû mettre au chômage partiel à cause de la crise, Fabien Retourné produit des plantes à massif, des annuelles (pensées, primevères, chrysanthèmes, primevères, géraniums, cyclamens...), des plants maraîchers et vient de créer une pépinière pour produire des arbustes et plants de haies.

«Le 14 mars, alors que la pleine saison allait démarrer, nous avons subi la fermeture administrative. Déjà, nous étions inquiets car la fête des grand-mères avait moins bien fonctionné qu’habituellement, l’inquiétude autour du virus se faisait déjà sentir, déplore-t-il. On a raté les ventes pour les Rameaux qui est la deuxième occasion, après la Toussaint, de refleurir les cimetières. Cela a été un vrai coup de bambou, que ce soit financièrement ou au niveau du moral.»

Et il y a de quoi. Les produits non vendus ont dû être jetés, notamment les plantations d’automne et d’hiver qui n’avaient pas trouvé preneurs à cause des pluies continues. Et puis les primevères, les giroflées et les pensées ont rejoint les fleurs coupées au rebut : entre 30 et 40.000 euros de perte selon l’horticulteur. Il fallait libérer de la place sous les serres pour accueillir les plants de printemps destinés aux jardinières, suspensions et massifs et les plants maraîchers pour les amateurs de potagers.

«Nous avons été totalement fermés pendant trois semaines, avec un chiffre d’affaires égal à zéro, une véritable catastrophe», s’inquiète Fabien Retourné. Ensuite, des drives ont pu être organisés pour les plants potagers. «Nous prenions les commandes par téléphone, elles étaient très diversifiées, nous devions les préparer et organiser la venue des clients selon les règles sanitaires. C’était assez compliqué, mais cela nous a permis de garder le lien avec la cientèle», concède l’horticulteur.

Un intérêt pour le potager

Il a même vu arriver jusqu’à ses serres une nouvelle clientèle, plus jeune et sans doute plus soucieuse de son alimentation. «Se lancer dans le potager, c’était une nouvelle activité pour les personnes confinées, cela les occupait. Et puis certains ont dû réaliser l’importance de la qualité de l’alimentation et que cela pouvait être bénéfique de produire en partie ses légumes. Je pense que ce phénomène peut perdurer si la récolte est bonne dans les potagers cet été. Sinon, on risque de perdre ces nouveaux clients», analyse l’horticulteur. «Les clients veulent tout, tout de suite, et tout prêt. L’inverse du potager qu’il faut savoir attendre...»

Picardie Végétaux a rouvert depuis deux semaines en réorganisant le magasin. «Pas plus de cinq clients à la fois et j’ai tout regroupé dans la serre de vente avec un circuit pour éviter que les clients ne déambulent trop. Mais la reprise d’activité va surtout dépendre de la météo dans les jours et semaines qui viennent. Il a fait très beau pendant le confinement et c’est un facteur d’achat. On a raté une saison qui allait sûrement être très bonne. Malheureusement, les grandes surfaces ont pu vendre des plants pendant le confinement. Tout ce qui y a été acheté ne sera pas vendu par nous. Actuellement, nous produisons de nouveaux plants potagers que nous allons commercialiser sous peu».

Le brin de muguet

Par contre, au 1er mai, les horticulteurs n’ont pu vendre que des pieds avec racines. Un système de réservation a été mis en place, ce qui a permis à Fabien Retourné de commander en conséquence.

Par contre, il a constaté que des commerces de bouche, boulangeries ou boucheries, ont vendu des brins de muguet. «C’est quand même dommage de multiplier ainsi les points de vente. Je sais que les circonstances de l’année sont exceptionnelles, mais je parie que cela se reproduira l’année prochaine. Si chacun se cantonnait à son métier, je pense que cela irait mieux pour tout le monde», peste-t-il.

Avec la réouverture des cimetières, l’horticulteur espère vendre des compositions pour refleurir les tombes délaissées. Sitôt les saints de glace passés, ce sont les jardinières, suspensions et massifs qu’il faudra garnir pour l’été ainsi que les plants maraîchers que les vrais jardiniers ont su attendre pour les mettre au potager.

Et déjà, la fête des mères, le 7 juin, focalise toute l’attention de l’horticulteur. «C’est la dernière occasion de vente avant l’été, mais j’ai peur que le panier moyen ne baisse. En effet, bon nombre de salaires ont été amputés durant le confinement et les consommateurs seront sans doute hésitants dans les premiers temps. Et puis les mariages, baptêmes et communions ont été annulés ou reportés, autant d’occasions en moins d’acheter des fleurs», s’interroge Fabien Retourné.

Les consommateurs vont-ils offrir aux mamans la gamme habituelle de fleurs coupées ou de décorations florales ? Seront-ils prêts à payer une rose 3 ou 4 euros ? ou l’horticulteur doit-il privilégier des compositions durables avec sa propre production de plants ? Là encore, outre le porte-monnaie, c’est la météo qui va influencer les ventes. «S’il ne fait pas beau le 7 juin, les clients vont s’orienter vers des fleurs coupées. S’il fait beau, ils vont préférer acheter une composition d’extérieur qui durera tout l’été, avec un joli contenant.»

Autant dire que c’est un sacré pari qu’il faut prendre, alors que la situation est déjà compliquée financièrement.

Des aides à rembourser

Fabien Retourné a fait appel aux aides mises en place par le gouvernement. Il a touché les 1.500 euros promis aux indépendants et a sollicité un prêt auprès de la BPI. «Il faudra bien rembourser dans un an et puis les reports de charges vont obliger à avoir de la trésorerie en juillet, août et septembre. Il ne va pas falloir louper les ventes des prochains mois», assure l’horticulteur.

D’autant que, depuis des années, le secteur de l’horticulture est en souffrance sur le plan national. Les concurrences de la Hollande et de la Belgique ont mis à mal bon nombre de producteurs et de nouveaux acteurs, espagnols ou italiens, grappillent le marché français. Sans compter les pays lointains comme l’Inde, l’Éthiopie ou le Kenya dont les roses envahissent les fleuristes hexagonaux. «Avec des coûts de main-d’œuvre au ras des pâquerettes, difficile de concurrencer ces produits», concède Fabien Retourné.

Pourtant, les idées de développement ne manquent pas. «J’ai du travail pour au moins deux salariés, mais il faut que nous obtenions des suppressions de charges, pas seulement des reports. En Allemagne, c’est ce qu’ont obtenu les horticulteurs. Cela permettrait d’investir et éviterait le chômage», plaide-t-il.

En attendant, il réfléchit à vendre un peu d’épicerie car il n’y a plus aucun commerce à Moliens. Il propose déjà quelques produits fermiers pour répondre à une demande. Il imagine aussi créer une animalerie. Son fils a d’ailleurs un bac pro élevage canin obligatoire pour cette activité. Et pourquoi, comme certains de ses collègues, ne pas vendre des légumes ? Dans tous les cas, Fabien Retourné sait que cela va lui demander des démarches administratives pour lesquelles il ne peut pas dégager du temps actuellement. En tout cas, il s’appuie sur le réseau des horticulteurs et pépiniéristes détaillants (Les artisans du végétal), issu de la Fédération nationale des producteurs de l’horticulture et des pépinières qui défend les intérêts de la profession et leur propose des outils métiers, des formations et des conseils, notamment en vente et marketing. Mais, pour le moment, il s’agit d’assurer un chiffre d’affaires mis à mal par la crise sanitaire, avec un seul message : le consommer local, c’est aussi faire confiance aux produits et aux conseils de l’horticulteur le plus près de chez soi !

Picardie végétaux

27 rue de Picardie - 60220 Moliens

Tél. 03 44 46 07 36

Du mardi au vendredi : 9 h - 12 h et 14 h - 19 h

Dimanche : 9 h 30 à 12 h 30

https://www.picardie-vegetaux.fr/

https://www.facebook.com/lesartisansduvegetal

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