L'Oise Agricole 14 juillet 2020 à 09h00 | Par Christophe Dequidt

Portugal : il y a le ciel, le soleil et la mer

Au sud-ouest de l’Europe, le Portugal est un pays chaleureux et coloré. La proximité de l’océan Atlantique a fortement influencé son histoire et sa culture : navigateurs célèbres (Magellan, Vasco de Gama), empire colonial (Brésil, Madère, les Açores, Cap vert, Guinée, Mozambique), gastronomie (morue salée, sardines grillées), tourisme (golf, voile, farniente). La pêche et l’agriculture ont une place importante dans l’économie, le social et l’environnement.

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Les arbres fruitiers portugais sont les premiers en fleur en Europe ce qui leur permet d’exporter des cerises, des pommes, des oranges.
Les arbres fruitiers portugais sont les premiers en fleur en Europe ce qui leur permet d’exporter des cerises, des pommes, des oranges. - © Christophe Dequidt

Fruits, légumes et vignes y poussent à merveille pour nous apporter des mets dans nos assiettes, mais le Portugal importe fortement des céréales et des viandes de toute sorte. Les campagnes se sont vidées avec l’entrée dans l’Europe et sa réussite économique ainsi qu’une immigration traditionnelle à l’étranger. La démographie agricole est l’une des plus vieilles d’Europe. De mémoire d’homme, il y a toujours eu de la vigne dans la région de Palmala au Sud de Lisbonne. Fernando, le gérant de la ferme, est issu d’une famille bourgeoise qui avait investi, dans les années 60, quelques hectares en diversification de patrimoine et double activité.

3ème génération

En 20 ans, il a fait de cette exploitation familiale l’un des leaders de la viticulture portugaise. «J’ai décidé de m’investir dans un rêve de gamin : produire des vins de qualité authentique qui puissent exprimer ce terroir exceptionnel, suivant la tradition héritée de mon père Rodolfo et mon grand-père Xavier. C’est difficile, ici, de faire du mauvais vin car on contrôle tout. Nous avons replanté totalement le vignoble, il y a 20 ans. J’ai aussi profité des programmes européens comme Vitis pour investir dans une cuverie moderne. Un pari qui commence à être gagnant». Ses deux ainés n’étaient pas viticulteurs à plein temps. Fernando, après une expérience malheureuse de travail en ville, a pris la décision d’en faire son métier, en 1998. En 2004, Fernando commence à produire son propre vin. De 30 ha en 1980, l’entreprise est passée à 93. Des opportunités et surtout des faillites dans les exploitations voisines lui ont ouvert la voie.

Axe qualitatif

Dans les sols sableux de la péninsule de Setubal, irrigués par les deux fleuves, le Tage et le Sado, Fernando réalise des merveilles. Il y a planté une grande diversité de cépages, alliant des variétés typiques portugaises aux variétés internationales, françaises et espagnoles. «Le challenge est de produire chaque année. Avec le réchauffement climatique, la température peut monter parfois jusqu’à 45°C pendant plusieurs jours. Les années se suivent et ne se ressemblent pas. En 2017, avec la canicule, nous avons perdu plus de 70 % de la récolte, même sur les terres irriguées. Le raisin a brulé sur les ceps». Le rendement est de 12 t/ha les bonnes années. L’exploitation produit jusqu’à 700.000 litres de vin par an. Toute la production de raisin est transformée sur place. «Je n’achète pas de raisin, ni en vend. Mes vins sont nés et élevés dans mes vignobles et la cave de la propriété, sous la marque Quinta do Monté Alegre, avec une certification d’appellation d’origine contrôlée.»

Fernando est l’un des tout premiers viticulteur à utiliser la confusion sexuelle dans les vignes. Il a parfaitement conscience de l’image commerciale d’une agriculture qui prend plus en compte l’environnement. «Ici, on ne parle pas de vin bio, mais on pratique l’agriculture raisonnée. Le non phyto est encore impossible car la région est très touchée, entre autres par le mildiou, mais nous utilisons des produits avec le minimum d’impact possible et surtout nous garantissons le non résidu». Maintenant que le domaine est prêt pour élaborer un vin de qualité supérieur en rouge, blanc et liquoreux, il faut le vendre. «C’est notre principal challenge. Nos prix sont très abordables avec des bouteilles qui se vendent en moyenne 7 euros avec un écart type de 12 à 3,5 euros entre les liquoreux et le rouge de première gamme. Un prix qui nous a permis de nous implanter de façon durable en Chine en Suède et dans les trois pays baltes. Il reste du chemin à faire, notamment dans certains pays de la Communauté européenne, à l’Est, comme en Pologne où la principale chaîne de magasins est portugaise. Nous n’avons pas encore répercuté la hausse de la qualité gustative dans nos prix».

Grâce à plusieurs acteurs majeurs coopératifs ou privés dans le pays, le vin portugais gagne de la notoriété à l’international. Le Portugal, ce n’est pas que le porto, mais une gamme complète de vins de qualité. Les Portugais chassent souvent en meute. Ils sont aujourd’hui très présents dans les salons internationaux.

Se faire aider et conseiller

Fernando est un adhérent actif de l’Association Ivade. Plus de 255 viticulteurs pour 3.500 hectares bénéficient des services de cette organisation qui, depuis 1986, fournit des conseils techniques pour les vignes, l’irrigation, la comptabilité et les questions administratives nationales et européennes. Six techniciens sont à l’écoute des agriculteurs. «L’association ne nous donne pas de conseils sur la vinification, ni la vente. Elle est en amont sur la production de raisin. Le système de gouvernance est d’ailleurs original puisque le directeur est un agriculteur qui change tous les ans».

Une association qui l’aide beaucoup dans la succession de l’exploitation. «J’ai la chance que mon fils André se soit passionné pour le vin. Il est aujourd’hui l’oenologue du domaine. Il voyage beaucoup pour trouver les goûts qui vont plaire aux Portugais, mais aussi à l’international».

Une force de travail pour l’Europe

80 % des Portugais ne voient pas d’avenir sans l’Union européenne. L’Europe, c’est non seulement un marché exceptionnel pour l’exportation des productions agricoles, mais c’est aussi un marché de l’emploi pour bon nombre de Portugais qui vendent leur savoir-faire et leur ardeur au travail dans l’industrie, le bâtiment, l’automobile et l’agriculture. Elles sont nombreuses les colonies portugaises fixes ou jouant les va-et-vient en France, en Allemagne ou dans le Benelux. Ces émigrés proviennent essentiellement des milieux ruraux, au point que régulièrement, le pays importe de la force de travail d’Afrique, d’Inde ou du Bengladesh pour ses propres travaux des champs. La crise du coronavirus nous a montré que sans cette population saisonnière, les récoltes de fruits et de légumes n’étaient pas simples dans de nombreux pays européens. La communauté portugaise implantée en France est constituée d’environ 800.000 personnes. L’âge venu, bon nombre d’entre eux rentrent au pays, avec un pécule leur permettant une retraite bien gagnée.

La pêche naturellement

Vitaux pour l’économie du pays, la pêche maritime et les viviers de crustacés font le bonheur des autochtones et des touristes. Avec 2.751 km de côtes, le Portugal, premier pays consommateur de poissons de l’Union européenne en proportion de sa population, dispose d’une flotte de 8.380 bateaux. La pêche occupe 0,3 % de la population active, pour 216.000 t de captures et 8.000 t d’aquaculture. Activité stratégique, elle fait l’objet de toutes les attentions de dirigeants. Depuis l’arrivée du Royaume-Uni, du Danemark, de l’Irlande puis de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne, le secteur de la pêche européenne a été bouleversé avec la mise en place de quotas. La zone maritime sur laquelle les Portugais ont des droits est la 3e d’Europe (derrière la Grande Bretagne et l’Irlande).

Les céréales en berne

Sous la dictature Salazar, après-guerre, les agriculteurs étaient une sous-catégorie de la population, traditionnelle et très pauvre. Plus de 50 % des agriculteurs étaient analphabètes. C’était une volonté politique. Le pouvoir leur avait demandé de cultiver du blé pour nourrir le peuple avec du pain. Peine perdue, faute d’eau, les rendements blé sont proches de 4 t/ha. Heureusement que la pression de maladies est très faible et les adventices rares, ce qui permet de meilleurs coûts de production à moins de 600 euros/ha. Heureusement, la qualité est excellente à 80 de PS, 14 % protéines et 330 Hagberg, permettant l’ouverture sur les marchés du Baby food ou du pain traditionnel. Le Portugal est un importateur net de blé Français chaque année.

Un retour à la terre

Avec l’entrée dans l’Europe en 1986, le Portugal a connu une période très faste. Tout fonctionnait, de nouvelles routes, de l’immobilier, des industries en hausse, des emplois dans les services. Les jeunes se sont alors détournés d’une agriculture pauvre, sans revenu et sans avenir, pour tenter leur chance en ville. La crise de 2008 a été terrible dans ce pays. Le taux de chômage a atteint dans les années 2010 plus de 35 % de la population, en particulier chez jeunes. Diplômés, avides de réussite, ayant goutté à une vie meilleure, les fils et filles d’agriculteurs sans travail se sont souvenus de leurs racines, d’autant plus que les filières agricoles leur ont offert un formidable levier pour revenir sur la ferme familiale en diversifiant les productions (olives, fruits, vigne) et en développant une agriculture moderne. La moyenne d’âge des agriculteurs, qui était de 67 ans pour 17 % de la population active, en 2008, s’est inversée. Elle serait aujourd’hui revenue à 56 ans avec 13 % de la population active.

1er consommateur de volailles par habitant en Europe

Le Portugal est structurellement déficitaire pour toutes les productions animales, porc, volailles et bovin. La viande porcine est la plus appréciée et la plus consommée dans le pays. En volailles, c’est le pays le plus grand consommateur par habitant de l’Europe communautaire, avec 37,5 kg, contre 22,5 kg de moyenne. L’élevage bovin joue un rôle mineur. Par son climat et sa géographie, on ne trouve pas de plaines riches et humides propices, ni de montagnes assez hautes pour offrir un alpage de qualité en été. L’élevage laitier traditionnel est très réduit, la production fromagère traditionnelle provenant essentiellement de lait de chèvres ou de brebis.

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