L'Oise Agricole 20 octobre 2019 à 13h00 | Par Vincent Yver

Trente ans d’expérimentations Inra sur l’herbe au Cernodo

Le jeudi 3 octobre dernier, chez Clément Coussement à Villers-sur-Auchy, le groupe élevage économe et agro-écologique du Cernodo a eu le plaisir de recevoir Luc Delaby, ingénieur de recherches, spécialiste du pâturage à l’Inra.

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- © Vincent Yver

Un échange à bâtons rompus, entre le chercheur et les éleveurs bio, qui a permis de passer en revue plus de 30 années d’expérimentation dans le domaine de la valorisation de l’herbe en élevage.

 

Un pâturage tournant simplifié

Parmi les messages forts délivrés par le chercheur, celui d’une technique de pâturage tournant dite simplifiée qui lui semble beaucoup plus adaptée pour gérer un troupeau et tout aussi efficace que les méthodes dynamique ou encore cellulaire et techno-pâturage dont on entend beaucoup parler en ce moment.

Mettre en place une gestion de l’herbe sur la base d’un paddock par jour, voire même quelques heures par paddock, «c’est de la broderie» estime-t-il avant de poursuivre : «Venez voir sur le site de l’Inra du Pin : tant que vous n’aurez pas vu de vous-mêmes, vous ne me croirez pas !»

Au Pin, la gestion du pâturage se fait sur la base de 3 grandes parcelles l’été et 6 en automne. La durée de séjour est de 8 à 12 jours. «La clé, c’est l’éducation des vaches… et de l’éleveur ! Il faut accepter, sur 8-10 jours, de perdre en production de lait, c’est normal et logique avec la disponibilité en herbe dans le paddock. La sortie des animaux est d’ailleurs très mathématique et entièrement calée sur ce niveau de baisse de la production.

Dès que la production atteint une baisse de 10-12 % par rapport au pic de production observé lors des jours 3 et 4 dans la même parcelle, nous changeons de paddock».

Tout de suite, le groupe d’éleveurs s’est interrogé : «Cela doit pénaliser la repousse ?»

«Pas du tout, affirme le chercheur. Les vaches mangent par strates. Elles vont commencer par manger les premiers centimètres, puis ensuite une autre strate, pour enfin descendre plus bas. Ce moment-là correspond à la sortie du paddock. Les graminées, juste prélevées au niveau des premiers centimètres du haut, continuent de pousser et ne génèrent pas une nouvelle repousse. C’est la même phase de croissance qui se déroule en présence des animaux. Ce n’est pas du tout comme un pâturage au fil où, tous les jours, on avance de quelques mètres et où les vaches rasent et repassent le lendemain, ou bien le surlendemain, au même endroit en mangeant cette fois-ci la repousse. Il y a une grosse différence entre consommer la repousse et consommer une partie de la hauteur d’herbe».

 

L’utilité du concentré en question

Autre grande expérimentation évoquée : celle réalisée au début des années 2000 sur l’efficacité des concentrés. «Il n’y a que la France qui pratique la complémentation individualisée !», avant de poursuivre : «nous avons montré, dans cette expérimentation qui a duré 6 ans, que lorsque l’on nous vend un concentré de type VL, en laissant penser qu’1 kg de ce concentré permettra une production de 2,0 à 2,2 litres de lait sur la base de sa valeur UF (1,10/kg MS), c’est entièrement faux».

L’étude a en effet montré qu’au mieux, 1 kg de concentré pouvait avoir un retour de 0,8 à 1 litre de lait du fait, premièrement, de la substitution herbe/concentré et ensuite de la répartition des UFL en plus entre lait et état corporel.

De même, lorsqu’il est annoncé qu’il faut soutenir une vache à très haut potentiel, l’expérimentation révèle que cela n’est pas non plus une réalité car les conclusions montrent que la réponse sera la même que la vache soit à fort potentiel, ou de moindre potentiel. La complémentation individuelle n’est donc pas source d’efficacité.

Quant au lait permis par l’herbe, plus une vache a un potentiel élevé, plus elle est capable de manger, plus elle va faire du lait à l’herbe.

Enfin, concernant le type de concentré de production, le maïs grain, riche en énergie sous forme d’amidon lent, est pour lui aujourd’hui le concentré le plus simple à utiliser et le plus efficace.

 

Quelle vache pour quel système ?

Dernier gros sujet d’échange de cette réunion, l’expérimentation de longue durée mise en place depuis presque 14 ans sur le thème : quelle vache pour quel système ?

«Nous venons de terminer la dernière année de collecte de résultats après 14 campagnes de suivis et nous allons pouvoir diffuser largement les résultats de ces travaux dans les mois à venir. Il s’agissait d’évaluer l’influence du type de vaches et du niveau des apports nutritifs induits par le système fourrager et la conduite alimentaire sur les performances des vaches laitières (quantité et qualité du lait, reproduction, longévité) et leur évolution au cours de leurs lactations successives».

L’échange s’est terminé autour des futurs projets de recherche de l’Inra parmi lesquels ressortait le suivant : la nécessaire valorisation des veaux mâles issus de troupeaux favorables au système tout herbe, comme la jersiaise ou les vaches croisées.

C’est aujourd’hui une question essentielle pour la pertinence des systèmes tout herbe.

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