L'Oise Agricole 20 février 2020 à 09h00 | Par Agence de presse

Un «emballement médiatique» autour de l’Anses

Face aux députés de la commission du développement durable le 12 février, le directeur général de l’Anses, Roger Genet, a regretté l’«emballement médiatique» et les «pressions très fortes» autour de son agence.

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La mise en place des ZNT a augmenté la pression ressentie par l’Anses dans sa mission d’évaluation.
La mise en place des ZNT a augmenté la pression ressentie par l’Anses dans sa mission d’évaluation. - © Anses

«Il y a un emballement médiatique et des pressions très fortes qui sont exercées à l’encontre de l’agence», a regretté une nouvelle fois le directeur général de l’Anses, auditionné par les députés de la commission développement durable le 12 février. Un emballement que l’on peut mesurer au nombre de dossiers pour lesquels les regards impatients se tournent vers l’Anses en l’attente de sa réponse définitive. D’ici au début de l’année 2021, sur le seul volet des produits phytosanitaires, l’Anses devra ainsi se prononcer sur les expositions cumulées, le caractère cancérigène du glyphosate, les modalités de réductions de limites imposées par les zones de non traitement (ZNT) ou, encore, sur les méthodes de surveillance des molécules dans l’air. Mais les moyens de l’agence n’ont pas augmenté. Au contraire même, depuis 2017, les effectifs de l’agence diminuent de sept postes par an. Toutefois, cette perte de moyens humains ne se ressent pas sur la partie évaluation des produits réglementés, où une trentaine de postes ont bien été créés, notamment pour répondre à l’urgence des homologations en biocontrôle.

La crise ZNT

Devant les députés, Roger Genet a été forcé de reconnaître que, malgré ses interventions auprès de différents médias, sur les ZNT, «une partie de la population ne comprend toujours pas». Le directeur a mis en avant que la mesure prise par le ministère de l’Agriculture peut être vue comme une application anticipée de la réglementation européenne. En effet, avant même la mesure gouvernementale, une méthodologie de l’Efsa, en vigueur depuis 2016, conduisait déjà l’Anses à intégrer des distances dans les évaluations des phytos, et à les imposer dans les conditions d’utilisation. Mais cette nouvelle méthodologie s’appliquait à mesure que chaque pesticide était évalué ou réévalué, comme le souligne l’avis rendu par l’agence en juin 2019 sur la protection des riverains. 1 800 produits disposent d’une AMM en France, dont seulement une quinzaine avait été évaluée avec les nouveaux critères fin 2019.

Ce travail «produit par produit» va perdurer, malgré la décision du gouvernement d’imposer des distances par défaut à tous les produits qui n’avaient pas été évalués avec cette nouvelle méthodologie ; les évaluations de l’agence viendront affiner ces distances, et «s’imposeront au fur et à mesure qu’elles seront publiées», a expliqué Roger Genet. «On va mettre dix ans à réviser tous les produits», estime-t-il.

Revoir les attributions, pas le cap

Devant la défiance croissante à laquelle est confrontée l’Anses, Roget Genet s’est déclaré prêt à abandonner la mission d’attribution des AMM. «Ce que le parlement a fait, le parlement peut le défaire», a rappelé le directeur aux députés, qui ont transféré en 2015 la compétence d’attribution des AMM, jusque-là réservée au ministère de l’Agriculture, à l’Anses, par la Loi d’avenir pour l’agriculture. Car si les AMM font régulièrement parler d’elle, «notre métier, c’est l’évaluation du risque», a lancé Roger Genet aux députés. C’est d’ailleurs au titre de cette mission que le directeur général souhaite lancer son agence, jusque-là cantonnée aux sciences fondamentales, sur les analyses socio-économiques. «Nous avons de plus en plus de questions sur l’analyse bénéfice-risque, mais nous n’avons pas de compétence en économie ni en sociologie», a regretté le directeur. Un manque que l’agence souhaite combler dès 2020 avec le recrutement d’un nouveau comité d’experts.

Les méthodes d’analyse du glyphosate dans les urines en question

Depuis plusieurs mois, des résultats d’analyses sur la présence de glyphosate dans les urines sont publiés, visant à mettre en avant une large contamination de la population française. «Ces communications entretiennent un sentiment de peur et de danger en matière de santé publique stigmatisant toujours plus les pratiques des agriculteurs», déplore l’AGPB dans un communiqué. En novembre dernier, quarante-huit céréaliers, originaires de différentes régions françaises ont accepté de se soumettre à un test de dosage du glyphosate dans leurs urines. Les prélèvements, effectués selon le protocole en vigueur, ont été analysés par le laboratoire indépendant de pharmacologie, toxicologie et pharmacovigilance du CHU de Limoges par chromatographie, méthode reconnue par l’Institut national de la recherche (INRS) comme la plus précise et la plus fiable. Les résultats sont sans appel : 100 % des résultats sont en dessous du seuil de quantification réglementaire européen de 1 microgramme par litre et, pour 77 % d’entre eux, aucune détection n’a pu être observée. L’AGPB qui vient de transmettre l’ensemble des résultats à l’Anses, demande que l’agence prenne position sur les méthodes d’analyses utilisées et sur le sens à donner en matière d’exposition de la population aux différents résultats présentés.

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