L'Oise Agricole 28 septembre 2019 à 11h00 | Par Dorian Alinaghi

Une image vaut mieux que mille mots

Du 28 septembre 2019 au 5 janvier 2020, la 16e édition des Photaumnales ouvrira ses portes au grand publics. Que ce soit au Quadrilatère ou au Mudo de l’Oise à Beauvais, à Clermont-de-l’Oise, Noyon, Creil ou Amiens, les visiteurs pourront admirer les photographies sur le thème de l’impact de l’Homme sur la planète bleue.

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Courtoisie : Alexa Brunet/Transit.
Courtoisie : Alexa Brunet/Transit. - © Agence de presse

La Terre est certainement le grand défi de notre temps. La puissance de l’Homme est devenue telle, ses impacts sur le climat, la biodiversité et les ressources sont si conséquents que nous sommes entrés dans une nouvelle ère, appelée Anthropocène selon le terme du prix Nobel de chimie Paul Josef Crutzen. Cette dénomination, qui signifie l’ère de l’Âge de l’Homme, rend compte du fait que notre espèce transforme la Planète de telle sorte que cela agit de manière irréversible sur ses processus biogéochimiques. L’homme crée de nouveaux paysages, intervient sur le climat, vide les océans, bouleverse les écosystèmes, fabrique des êtres vivants d’un nouveau genre. Le monde naturel se transforme en un monde fabriqué par l’espèce humaine, marqué par la vision à court terme et l’exploitation abusive. L’écosphère, cet ensemble d’écosystèmes où interagissent matière, énergie, et êtres vivants, est ainsi bouleversée. Ainsi, pour cette 16e édition, 16 photographes ont choisi d’interroger notre relation à la Terre.

La photographie est l’un des langages les plus universels

Environnement, agriculture, biodiversité, climat... les photos vont tomber cet automne afin de découvrir une nouvelle facette de notre environnement. Les portraits de graines du photographe Thierry Ardouin mettent à nu les graines.

Les semences utilisées en agriculture doivent respecter des règles de standardisation et être inscrites au Catalogue officiel des espèces et variétés. Les agriculteurs qui produisent des légumes ou bien des céréales destinées à l’alimentation humaine ont l’obligation de recourir à ces semences certifiées et doivent souvent les racheter chaque année, car la plupart sont des hybrides, donc non reproductibles. La plupart sont aussi colorées, enrobées de produits phytosanitaires souvent systémiques pour favoriser la germination et repousser les prédateurs (champignons, parasites, insectes, oiseaux). En marge de ce circuit officiel, différents réseaux et associations revendiquent la libre circulation des graines, ainsi que la liberté de leur reproduction et contribuent ainsi au maintien des variétés anciennes en les commercialisant à leurs risques et périls ou bien en les échangeant. «Nous sommes donc dans une opposition frontale, avec d’un côté des semences certifiées, standardisées, légales qui produisent des légumes de même forme, de même calibre, de couleur semblable. Et de l’autre des semences de variétés paysannes, naturelles, adaptées à leur terroir, librement échangées et produisant des légumes aux formes variées, au goût savoureux, de facto illégales», explique Thierry Ardouin

Au-delà de cette guerre des graines, toutes les semences utilisées dans l’agriculture moderne sont issues de variétés sauvages. Et c’est parce que depuis des centaines d’années, l’homme sélectionne avec soin et échange en toute liberté les variétés les plus adaptées à son terroir que nous bénéficions d’une telle diversité.

La graine est une merveille d’apparence. Elle est une perfection de forme et de couleur. Elle possède une morphologie à la fois nécessaire et bizarre, propre à susciter l’étonnement, l’interrogation ou la contemplation. Choisies, éclairées et cadrées avec le plus grand soin, ces graines perturbent notre subjectivité : elles deviennent des symboles qui, loin d’une image générique, interrogent notre rapport à l’origine.

Pour l’allemande Ursula Böhmer, son travail porte à trouver une confrontation subtile entre les êtres humains et les animaux en soulignant l’effet de regarder et d’être vu. «Au moment de la prise de vue, l’animal est pour moi un partenaire égal, non pas un objet de contemplation, mais un sujet inscrit dans un processus de communication. Le regard que je porte sur l’autre être m’est renvoyé, traité. Et dans le regard de ces autres êtres, je ne reconnais pas uniquement le fait de leur propre conscience, mais dans la reconnaissance des animaux, je deviens aussi consciente de moi-même. Pour mon projet conceptuel All Ladies, j’ai réalisé des portraits de vaches, plus précisément d’anciennes races de bétail à travers toute l’Europe. Bien que j’aie utilisé une représentation typologique neutre pour mon projet, je me suis concentrée sur ce qui est particulier et j’ai essayé de montrer chaque vache en tant qu’individu. De plus, mes photographies interrogent des idées sur la biodiversité et l’influence de la reproduction. Ainsi, je documente la variété des races qui se sont développées dans le contexte des différentes cultures européennes et - de manière transcendante - je fais un portrait de ces cultures.» souligne-t-elle

Pour Alexa Brunet, elle cherche à montrer la transformation du paysage agricole. Dystopia est une série de photographies d’anticipation sur les mutations du paysage agricole de la photographe Alexa Brunet et du journaliste Patrick Herman. Avec l’aide de figurants volontaires et des moyens visuels simples, ils mettent en scène les transformations de l’activité paysanne liées à l’industrialisation, la course à la productivité, à la disparition des terres cultivées et des paysans, les conséquences de l’usage des OGM et pesticides, la déshumanisation du métier, etc.

À travers l’association de photographies scénarisées et de textes journalistiques fouillés, ils imaginent ce qui n’est pas encore arrivé, et illustrent avec acidité les transformations inéluctables de l’activité agricole française.

Selon la photographe Alexa Brunet, «Depuis les années 70, 60 % des agriculteurs ont disparu et parmi les survivants, le suicide a un taux de prévalence de 20 %, supérieur à la moyenne nationale. L’érosion des sols s’aggrave sans cesse avec la perte de la matière organique, indispensable à la vie. Des centaines de races animales ont disparu. Les pesticides se retrouvent dans nos assiettes et les algues vertes sur les côtes. Le modèle agroalimentaire breton est en faillite tandis que la faim gagne dans le monde. Derrière la modernisation se dissimulait une industrialisation encouragée par l’État, l’utopie des années 60 est devenue dystopie. Ce retournement, Dystopia le raconte par les mots et par les images. 2030, c’est déjà demain.» Donc, il est temps de prendre la pose une pause pour découvrir cette exposition !

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