L'Oise Agricole 17 décembre 2020 � 09h00 | Par D.

Valfrance s’adapte et gagne en performance

En raison de la crise sanitaire, la coopérative Valfrance a choisi de réaliser son assemblée générale en visioconférence le 10 décembre, l’occasion de revenir sur les évènements de l’année écoulée et d’établir les objectifs de l’année suivante.

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- © Valfrance

La collecte 2019-2020 a été la meilleure collecte historique de la coopérative Valfrance, dépassant de très peu les collectes 2009-2010 et 2014-2015. La collecte s’élève cette année à 874.822 tonnes, dont 43.007 tonnes de semences et 6.877 tonnes de bio, en hausse sensible de 139.515 tonnes par rapport à l’année dernière. Le blé représente 64 % des volumes, soit plus de 560.000 tonnes, semences comprises, le maïs représente 12 % de la collecte, soit 105.642 tonnes, le colza 5 %, soit 44.377 tonnes, et les orges 15,9 %, soit près de 139.000 tonnes.

Ces excellents rendements ont cependant été corrélés à des prix qui restent insuffisants à l’équilibre financier. Ils ont néanmoins induit un chiffre d’affaires global de 251,3 M€ pour Valfrance, dont 164,6 M€ en céréales et oléo-protéagineux (contre 151 M€ l’année dernière). «Compte tenu de trésoreries toujours plus tendues chez nos sociétaires et avec l’aide de nos partenaires bancaires, nous avons maintenu les prêts de trésorerie tripartites, permettant ainsi aux sociétaires souscripteurs de régler leurs échéances Appros 2019-2020 en temps et en heure à la coopérative (prêts remboursables moisson 2020 ou déstockage ferme printemps 2021).

Aidé par ce mécanisme et malgré la baisse significative du nombre de prêts tripartites signés, le chiffre d’affaires Approvisionnement & Services s’élève à près de 87 M€, tandis que le poste créances sociétaires se dégrade du fait de la baisse du nombre de prêts tripartites», explique Christophe Grison, président de Valfrance.

Une production élevée

Sécheresse et canicule, le climat a bouleversé la récolte 2019. Le rendement moyen du blé tendre s’installe à près de 90 q/ha, c’est-à-dire au-dessus de la moyenne olympique identifiée à 84 q/ha. La qualité du blé tendre est excellente, avec notamment des poids spécifiques particulièrement élevés (près de 80 kg/hl) et de très bons taux de protéines (plus de 11,2 %).

Concernant l’orge brassicole, les rendements sont en hausse de près de 15 % par rapport à une année dite classique, pour des taux de protéines qui se positionnent à des niveaux globalement bas, mais proches de ceux requis par le marché brassicole. Le colza a eu une levée tardive. Un démarrage lent et des insectes agressifs notamment à l’automne ont entraîné des rendements mitigés, la moyenne s’établissant autour de 34 q/ha.

L’excès d’humidité de l’hiver et la sécheresse du printemps ont affecté le développement des cultures, avec un PMG (poids de mille grains) faible. Pour le maïs en grain, le bilan se montre en demi-teinte au global. Les rendements démarrent à moins de 90 q/ha, pour une moyenne proche des 100 q/ha. En cause, les conditions climatiques caniculaires de l’été 2019, avec des résultats très hétérogènes entre les secteurs de productions.

La collecte 2019 certifiée Agriculture biologique est en hausse. Le marché se spécialise avec l’apparition de nouveaux débouchés et de nouveaux produits, ce qui tend également à diversifier les rotations possibles sur les exploitations ( exemples : avoine blanche, tournesol…). «Les stations de semences ont dû s’adapter aux changements de variétés, voire de production, tout au long de la campagne. À l’automne, les usines ont livré 21.700 tonnes de semences autogames sur l’ensemble des marchés. Cette quantité reste stable par rapport à la campagne précédente. Il est à noter que les ventes ont progressé sur le circuit long de 5 %. Sur cet automne atypique, nous avons ensaché plus de 8.000 tonnes de céréales et de protéagineux de printemps comparées aux 5.000 tonnes habituelles. A contrario, les semences d’automne non implantées ont occasionné de nombreux retour,s ce qui a créé le stock dit stock de report. Nous avons atteint 1.500 tonnes, ce qui engendre une problématique de stockage», explique Laurent Vittoz, directeur générale de la coopérative.

Valfrance Semences maintient un partenariat fort avec une augmentation du nombre d’hectares de multiplication qui passe de 291 ha à 365 ha. Malgré tout, le volume de prestations usine reste stable à 2.600 tonnes. Ceci s’explique par une mise en stock stratégique de lots de la part de Syngenta ,mais aussi par un rendement hectare décevant.

Une restructuration pour une meilleure performance

L’ordonnance sur la séparation du conseil et de la vente, qui figurait dans le programme du candidat Macron, a été débattue au mois d’octobre 2020. Les coopératives devront prendre une décision courant décembre afin d’opter pour l’une ou l’autre des activités. Afin d’anticiper ces profonds changements, Valfrance a souhaité prendre les devants en proposant une gamme de services répondant aux attentes des sociétaires.

Différentes offres individuelles sont proposées, les agriculteurs pouvant faire le choix de souscrire à l’ensemble des services proposés sous la forme d’un Pack Agile complet. «Cette politique novatrice a été portée par le conseil d’administration ainsi que par les équipes terrain et s’est révélée appréciée des sociétaires. Les résultats de cette première année en sont la preuve. Cette politique de services sera adaptable au fur et à mesure du temps afin de correspondre au mieux aux besoins futurs de nos adhérents et à la réglementation qui nous est imposée», souligne Christophe Grison.

Depuis plusieurs années, la coopérative a choisi d’investir dans la productivité des usines. À Verneuil-l’Étang, les capacités de triage étaient trop justes en amont du traitement et du conditionnement. Valfrance a fait le choix de modifier le trieur alvéolaire en y ajoutant un cylindre et en remplaçant une table densimétrique vieillissante. Ces modifications ont permis de passer de 12 t/heure à 17 t/heure, ce qui permet d’alimenter l’ensachage sans interruption. «À Senlis, pour gagner en capacité d’ensachage maïs, nous avons axé les investissements sur le traitement et le conditionnement. Après 26 ans de bons et loyaux services, nous avons changé toute la chaîne n°2. Une nouvelle chaine équipée d’une machine de traitement de semences, d’une nouvelle unité d’ensachage-palettisation et d’un big bagueur a été installée. Cela nous permet d’augmenter les cadences et de répondre aux différentes demandes de nos donneurs d’ordres en terme de planning», ajoute Laurent Vittoz. Dès la première année d’utilisation, l’usine de Senlis a fabriqué 11.000 t de céréales au lieu des 8.000 t habituellement.

L’incident survenu l’an dernier sur le site de Nangis a incité la coopérative à réévaluer et repenser le parc de silos dans sa globalité. Les importants investissements doivent servir à pérenniser les installations sur le long terme. «Nous comptons aujourd’hui 30 silos dont la moyenne d’âge est d’environ 60 ans. Aujourd’hui en 2020, il est essentiel d’analyser notre maillage actuel et de le projeter sur les 30 prochaines années. L’évolution du machinisme, la modernisation des outils, l’urbanisation autour de certains sites, les évolutions réglementaires… sont autant de raisons d’adopter une vision long terme et d’être acteur de nos investissements», exprime Laurent Vittoz.

Trois projets prioritaires ont été identifiés. La commission a évalué chaque site selon trois critères : la vétusté de l’actif, la pression de l’environnement (sa localisation, l’aspect réglementaire, l’urbanisme…) et son niveau d’activité. «Ce travail nous a permis d’identifier 3 projets prioritaires sur lesquels concentrer notre réflexion : les silos de Nangis, de Brie-Comte-Robert (abordé en association avec le silo de Tournan-en-Brie) et de Crécy-la-Chapelle (avec Fublaines)» ajoute-t-il. Le silo de Brie-Comte-Robert fait partie des installations les plus anciennes. Il est situé en plein centre-ville et est limité à une activité de collecte. Néanmoins, il reste un point stratégique important étant donné qu’il collecte jusqu’à 11.000 t de céréales. Une piste de réflexion pour ce site serait de simplifier son installation en créant par exemple une plateforme et si possible de le délocaliser hors de la ville.

Outre ces démarches d’investissements sur les silos, la force de la coopérative est la démarche RSE.Les 13 enjeux prioritaires ont été regroupés en 4 piliers sous le sigle Agri (Agiles, Générations, Responsables, Inspirés) eux-mêmes concrétisés en projets pilotés par l’équipe RSE. Valfrance joue aussi sur la parité homme-femme pour enlever cette image masculine dans l’agriculture. «Historiquement un métier d’hommes, la profession agricole se féminise, jusque dans les silos. Parce qu’elles ont montré leurs compétences pour ces métiers, Valfrance a fait le choix de promouvoir des femmes à ces postes à responsabilités», affirme Laurent Vittoz.

«Avec le conseil d’administration, notre priorité est de préparer l’avenir de la coopérative et de faire croître ses performances opérationnelles pour continuer à vous accompagner du mieux possible et de la manière la plus agile possible, mais tout en étant conscient des changements structurels qui s’amorcent dans le monde agricole ; car anticiper, c’est gérer» conclut le président de Valfrance

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