L'Oise Agricole 10 avril 2020 à 15h00 | Par Alix Penichou, agrapresse

Covid-19 : effets relatifs sur l'apiculture locale

Interapi, l'interprofession apicole, alerte sur l'impact «catastrophique» du confinement pour la filière. En Picardie, des apiculteurs relativisent. La mauvaise météo serait plus néfaste.

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C'est le début de la saison pour les apiculteurs, qui sont plus préoccupés par leurs ruches que par les ventes.
C'est le début de la saison pour les apiculteurs, qui sont plus préoccupés par leurs ruches que par les ventes. - © Pixabay

«La fin de la vente sur les marchés, pour nous c'est une catastrophe», déplore Éric Lelong, président de la jeune interprofession apicole, Interapi. Car d'après les chiffres 2018 de France AgriMer, 33 % du miel produit en France seraient commercialisés en vente directe. Une note technique de la DGAL (direction générale de l'alimentation) est venue préciser le 20 mars les modalités de continuité de l'activité apicole. Si la transhumance des ruches, et les activités de production en général demeurent autorisées, l'accueil des groupes et les formations doivent être reportés. Malgré ces dispositions, Éric Lelong attend déjà «des effets durables» pour sa filière, entre la baisse attendue de la consommation dans ce contexte de crise, et les difficultés techniques.

Le confinement pourrait empêcher les apiculteurs de trouver le matériel nécessaire, cire, cadre et combinaisons, en raison des restrictions de déplacements en Asie où en Europe de l'Est, là où s'approvisionnent les fournisseurs français. «On aura peut-être des pénuries d'ici un mois, et ça risque d'être compliqué», s'inquiète Eric Lelong, alors que la saison apicole redémarre. Mauvais timing en termes de saison, mais également de campagne : la crise du coronavirus intervient juste après la récolte historiquement basse de 2019, avec moins de 10 000 t contre 28 000 t en 2018.

Pour Philippe Bequet, à la tête de la Miellerie de l'Halluette, à Pont-Noyelles, les effets du confinement sont «plutôt légers». «Je vends dans les magasins autorisés à rester ouverts», confie-t-il. Les abeilles, sorties mi-mars avec deux ou trois semaines d'avance, feront du miel de printemps sur place, puis doivent transhumer dans l'Oise pour le miel de tilleul et de châtaignier, et dans l'Aisne pour le miel d'acacia, vers le début du mois de mai. «On est autorisé à transhumer, mais d'ici là, j'espère que le confinement sera levé.» Philippe a bien failli ne pas recevoir le matériel qu'il avait commandé à l'occasion de son récent déménagement (il était installé à Toutencourt jusqu'ici), mais la logistique (des systèmes de drive et des transporteurs) lui ont permis de recevoir sa commande à temps. Seul «petit désagrément» : il n'a pas pu faire réviser son véhicule avant la transhumance. Ce qu'il redoute le plus : «attraper le virus et ne plus pouvoir travailler alors que la saison redémarre.»

Le miel des Ruchers du bec à miel, dans l'Oise, s'est en revanche trouvé sans point de vente du jour au lendemain. Le seul marché auquel Gwen Le Fichous participe, à Beauvais, est fermé. «Je n'y étais de toute façon pas allé la dernière semaine, car je voulais éviter trop de contact pour protéger mes proches du virus», avoue l'apiculteur. Des contrats de vente aux Amap ont été annulés, et les restaurateurs qu'il livre, comme la Table de Céline, à Beauvais, sont fermés. «Mars est pourtant un bon mois de vente, car les gens consomment du miel en changement de saison. J'estime perdre 40 % de recettes.» Alors pour vendre son miel, Gwen s'organise autrement. «J'ai fait appel à mon réseau et j'ai fait une journée entière de livraisons à domicile. D'autres producteurs, fromagers et maraîchers qui ont fermé leur magasin et qui vont à domicile, vont aussi proposer mon miel. Nous, apiculteurs, avons l'habitude de nous adapter de part la nature de notre métier.» La profession compte beaucoup sur la solidarité des consommateurs. «Nous les incitons à consommer local.»

La météo plus inquiétante

Laurent Simon, apiculteur dans l'Aisne, à Chézy-en-Orxois, vend également presque tout en direct, et beaucoup au marché. «Nous sommes impactés par quelques fermetures de marchés depuis quinze jours, mais avant cela, les marchés fonctionnaient très bien car les gens les préféraient aux grandes surfaces. Alors ça compense un peu.» Le professionnel ne veut pas crier à la catastrophe de ce côté là : «Nous arrivons à la fin de nos stocks 2019 et allons seulement débuter la nouvelle saison. Et puis la situation devrait s'arranger d'ici quelques semaines. À cette époque, nous sommes plus aux ruches qu'à la vente.»

Ce qui l'inquiète plus, c'est la météo : des températures froides, avec des gelées nocturnes qui ont abîmé les premières fleurs, un vent nord nord-est séchant, qui fait que les fleurs ne sécrètent pas de nectar. «Avec ces conditions, les colonies ne se développent pas. La reine limite sa ponte, il y a donc moins de jeunes abeilles, donc mois de gelée royale pour nourrir la reine, donc un sac d'oeuf restreint...» Un vrai cercle vicieux. Les abeilles sont pourtant à un moment clé du développement de leur colonie, qui détermine la saison à venir.

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