L'Oise Agricole 02 avril 2020 à 11h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Cultures industrielles : prudence sur les emblavements 2020

La crise sanitaire actuelle et la paralysie de nombreuses industries de transformation, notamment les filatures chinoises, font craindre une baisse de consommation importante des produits transformés issus des pommes de terre industrielles et du lin textile.

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Il faut limiter les surfaces en lin 2020 selon l'AGPL.
Il faut limiter les surfaces en lin 2020 selon l'AGPL. - © j.-c. gutner

Les interprofessions et même les transformateurs tirent la sonnette d'alarme et avertissent les producteurs d'être prudents quant aux emblavements en cours ou à venir.

Arnaud Delacour, président de l'UNPT (Union nationale des producteurs de pommes de terre), le clame sans détour : «On estime aujourd'hui à 500.000 tonnes les pommes de terre françaises, aujourd'hui en stock, qui pourraient ne pas être transformées avant la fin de la campagne.»

Sur le marché du lin, même constat de certains teilleurs privés : les filatures de lin en Chine, en Europe de l'Est et en Inde sont à l'arrêt, parfois depuis plus de deux mois. La fabrication des vêtements en lin est stoppée et la consommation sera en forte baisse. Les marques de vêtements anticipent le phénomène et ne commandent plus ou reportent.

Même si les activités reprennent dans quelques semaines, il sera trop tard et déjà les cours du coton chutent.

Selon la coopérative Lin 2000 de Grandvilliers, les difficultés avaient déjà commencé avec les grèves dans les ports, notamment celui du Havre, empêchant des conteneurs de fibres de partir vers la Chine. «Les filatures chinoises redémarrent lentement et permettent d'écouler ces stocks. Mais c'est vrai qu'il faut s'attendre à une chute de consommmation. Sur les cours, il est difficile de se faire une idée car le lin représente moins de 1 % du marché mondial de la fibre.»

Pour les pommes de terre, selon Arnaud Delacour, «la hausse de la consommation de produits transformés et de pommes de terre fraiches en magasins ne permettra pas d'absorber des volumes suffisants. Les féculeries, qui travaillent plus d'1 million de tonnes de pommes de terre spécifiques sous contrat, sont aujourd'hui fermées, en cours de nettoyage et de maintenance intercampagne.»

La filière des pommes de terre en frais ou de transformation recherche déjà des alternatives pour écouler les stocks : exportation, alimentation animale, méthanisation, transformation en alcool, stockage public... pour ne pas déstabiliser des équilibres déjà fragiles. La campagne actuelle est donc d'ores et déjà perturbée et les quelques signes encourageants ne parviendront pas à rétablir totalement l'équilibre.

Pour le lin, dont les cours étaient plutôt élevés alors que des qualités moyennes de fibres trouvent maintenant preneurs pour des vêtements de qualité moindre, «cet épisode permet de recaler le marché. Ce que nous recherchons, c'est un équilibre entre toutes les productions, d'excellente et de moindre qualités, et la consommation : pas de paille stockée chez le producteur et pas de fibre en trop chez le teilleur.»

 

Prudence pour 2020

Si le sort en est jeté ou presque pour 2019-2020, les acteurs des filières industrielles s'inquiètent pour la prochaine campagne dont les emblavements sont en cours. Ils incitent à la modération des semis et des plantations.

Arnaud Delacour invite les producteurs de pommes de terre à se rapprocher de leur industriel ou de leur client en frais pour faire le point de la situation : situation et activité actuelle, conséquences sur les contrats en cours (lisibilité sur les expéditions, les plannings) pour ce qui concerne la récolte 2019 et conséquences sur les surfaces de plantation (récolte 2020). «Le report potentiel de certains volumes transformés en juillet et août oblige en effet chacun à prendre ses responsabilités sur les plantations à venir», annonce-t-il.

Pour le lin, même appel à modérer les surfaces. «Depuis plusieurs années, de nouveaux producteurs se mettent à faire du lin et les déjà liniculteurs ont eu tendance à augmenter les surfaces. Le marché suivait mais, en cette crise du coronavirus et face à l'incertitude quant à ses conséquences sur le marché, l'AGPL (Association générale des producteurs de lin) appelle à une modération des surfaces semées. Il est primordial d'éviter la surproduction», concède-t-on chez Lin 2000 et certains teilleurs. Même si les semis sont déjà avancés, il est encore temps de moins semer ou de ne pas semer les fourrières qui produisent souvent des fibres de moindre qualité. Bon nombre d'opérateurs sont prêts à reprendre les semences qui ne seraient pas utilisées.

L'équilibre dans les filières ne se fera pas sans la solidarité entre ses différents maillons. Solidarité et responsabilité, des notions que la crise du Covid-19 aura remis au centre des préoccupations.

Pommes de terre 2020 : recommandations sur les plantations

L'UNPT attire l'attention sur la nécessité de conserver les pommes de terre dans les meilleures conditions de température, en veillant particulièrement à maîtriser la germination (attention, date limite de vente du CIPC le 8 avril 2020). Elle conseille aussi de vérifier, conjointement et contradictoirement avec leurs acheteurs, la qualité de leurs pommes de terre en stock à la période de livraison prévue. Malgré la suppression de nombreux contrats de hâtives pour l'industrie, les reports de transformation de volumes de la campagne en cours en juillet et août, obligent les producteurs à prendre leurs responsabilités pour les plantations à venir. L'UNPT considère que les surfaces de pommes de terre doivent être maîtrisées, car une projection 2020, basée sur les surfaces 2019 et un rendement moyen, déboucherait sur une surproduction. Dans ces conditions, chaque producteur doit donc veiller à produire la quantité et la qualité pour un débouché bien identifié, en fonction de son acheteur. Le marché du libre sur l'industrie présente, de fait, un niveau de risque extrêmement élevé.

La contractualisation structure une filière. Les producteurs de pomme de terre doivent signer des contrats EGA-compatibles (conformes à l'esprit des États généraux de l'alimentation) leur assurant une juste rémunération et un revenu sécurisé. L'UNPT diffuse un contrat-type, disponible sur son site internet et sur demande, auquel les producteurs peuvent se référer. Les producteurs doivent s'engager sur un marché sans se sur-couvrir, et en étant vigilants sur certains types de contrats très risqués pour l'amont agricole.

En ce qui concerne le plant, l'UNPT invite l'ensemble des agriculteurs et des producteurs et, d'une manière générale, l'ensemble de la filière, à respecter, non seulement la réglementation, mais également les bonnes pratiques agricoles et sanitaires. L'introduction en France de plants de ferme étrangers est interdite.

Lait : la FNPL en faveur d'un freinage indemnisé de la production

Face à la crise sanitaire qui perturbe les circuits commerciaux (fermeture de la restauration hors foyer, interdiction des marchés ouverts, changement du comportement des consommateurs), la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) encourage les producteurs à freiner leur production. Les éleveurs pourraient lisser le pic de production saisonnier en jouant sur l'alimentation et/ou le tarissement anticipé des vaches. Ils éviteraient ainsi l'engorgement des outils de transformation et la baisse brutale des cours. Mais cet effort pour les éleveurs qui s'engagent dans cette voie sur une base volontaire doit être accompagné par un dispositif d'indemnisation collectif, estime la FNPL.

«Nous demandons aux pouvoirs publics de prendre part à ce dispositif de solidarité créé par l'interprofession et à l'Europe d'autoriser ces aides aux réductions de volume», insiste-t-elle. Cet engagement des producteurs doit être conditionné également par celui des partenaires, la filière de poursuivre la collecte et la transformation sur l'ensemble du territoire et de maintenir les prix, voire de les augmenter, en contrepartie de la modération des volumes.

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