L'Oise Agricole 07 mai 2020 à 11h00 | Par actuagri

D’ici 2050, une culture de blé plus septentrionale

D’ici 2050, la production de blé s’étendra sur un nouvel axe planétaire. Il reliera le nord des États-Unis au bassin de la Mer Noire en passant par la Scandinavie et les pays du nord d’Europe centrale. Plus à l’est, la culture du blé en Chine du nord bénéficiera aussi de la hausse des températures.

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Evolution du rendement des cultures de blé dans le monde d’ici 2050
par rapport à la situation actuelle.
Evolution du rendement des cultures de blé dans le monde d’ici 2050 par rapport à la situation actuelle. - © Bloomberg

Michel Portier, le président d’Agritel a présenté, il y a quelques semaines, la nouvelle géographie de la production mondiale de blé lors d’un colloque organisé par l’Association spécialiste des formations en alimentation et productions animales (Aftaa). Dans l’hémisphère nord, le bassin américain s’étendra de part et d’autre de la frontière qui sépare les États-Unis du Canada. Au cours des trente prochaines années, les conditions climatiques seront très favorables à l’extension de la production de blé en Sibérie, au nord de la Chine et outre-Atlantique. En Russie, l’aire de production de blé d’hiver (3,7 t/ha avec des records à plus de 7 t/ha) se développerait aux dépens des céréales de printemps beaucoup moins productives (1,7 t/ha). Mais selon le président d’Agritel, ce sont les pays situés au Nord, à l’Est et au Sud-est de la Mer Noire qui seraient les grands bénéficiaires du réchauffement climatique au cours des trente prochaines années. La Biélorussie, la Pologne, les pays baltes et la Scandinavie seraient aussi favorablement impactés par la hausse des températures. Les rendements pourraient progresser de plus de 25 % par rapport à leurs niveaux constatés au début des années 2000.

Situations contrastées

Dans les grands pays, à cheval sur plusieurs climats, les situations seront plus contrastées. Le sud de la Chine sera très affecté par le réchauffement climatique mais aussi le sud des États-Unis. Les rendements de blé pourraient baisser de plus de 25 % par rapport à ceux observés au début des années 2000. En Inde, la production de blé sera aussi plus difficile qu’actuellement sur les deux tiers du territoire mais aussi au Pakistan.

Dans l’hémisphère sud, les façades Est de l’Amérique du Sud (Argentine, Brésil) et d’Afrique seront aussi affectées par de telles baisses. Il en serait de même en Australie du sud. L’Europe occidentale dispose de marges importantes pour s’adapter au réchauffement climatique. Les rendements de blé resteront élevés même s’ils pourraient baisser. Mais dans trente ans, l’Europe occidentale fera face aux pays du Maghreb encore plus pénalisés qu’actuellement, par le climat en vigueur, pour produire des céréales et du blé en particulier. Or, cette région est actuellement la première région importatrice de blé de la planète (30 millions de tonnes en 2019-2020). L’Égypte et l’Algérie en achètent à eux deux 20 millions de tonnes.

Progrès agronomiques indispensables

Toutefois, de nouveaux progrès agronomiques pourraient en partie démentir, d’ici 2050, ces prédictions climatiques. Dans le bassin de la Mer Noire, les pratiques culturales ont généré des gains de productivité incommensurables. Dans de nombreux pays africains, la production agricole est structurellement insuffisante et peu productive. Aussi, le principal défi à relever d’ici 2050 sera l’adoption de pratiques culturales plus productives, adaptées au climat qui régnera alors.

Quoi qu’il en soit, la planète aura les moyens de nourrir 9-10 milliards d’habitants car elle produit déjà suffisamment de grains pour y parvenir compte tenu des pertes de récoltes importantes. Par ailleurs, la demande agricole sera différente de celle d’aujourd’hui. Les hommes modifieront d’ici 2050 leurs habitudes alimentaires. Mais il faudra aussi produire probablement plus de céréales et d’aliments pour animaux pour faire face à des périodes caniculaires. Les éleveurs devront aussi constituer davantage de stocks de fourrages prêts à être distribués en cas de pénurie.

Vient de paraître - Le blé, une ambition pour la France

Le confinement et la baisse des achats de pain et de pâtisseries provoquent une réduction des débouchés pour les blés, en France comme dans l’ensemble de l’Union européenne. En revanche, nos exportations sur le marché mondial sont révisées en forte hausse. Cela donne un relief particulier à la position que, dans son livre, Le blé, une ambition pour la France, défend Henri de Benoist. En effet, celui qui fut, de 1986 à 2005, président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB) et de la commission économique de la FNSEA, prône une politique d’exportation volontaire et dynamique de cette céréale stratégique. Selon lui, il y a place pour tous les exportateurs de blé sur un marché mondial dopé par la croissance démographique. Et les producteurs des pays en développement ne seront pas de trop sur leurs marchés nationaux si on veut nourrir correctement la population mondiale. À ceux qui, parmi les céréaliers, préféreraient une politique d’ajustement sur les besoins de la France et de l’Union européenne pour faire remonter les cours intérieurs, il rétorque qu’ils se bercent d’illusions car cela supposerait que tous les exportateurs mondiaux acceptent de réduire leur production. L’ancien responsable agricole ne cache pas que la réussite de cette politique exigera de gros efforts de la part des producteurs de blé. Ils devront impérativement réduire leurs coûts de production et, plus généralement, améliorer leur compétitivité. Tout cela en pratiquant une agriculture de plus en plus respectueuse de l’environnement et de la biodiversité. Cette nouvelle modernisation exigera du temps, de la persévérance et de gros efforts de recherche agronomique et cela aura un coût que la filière du blé a estimé à 10,2 milliards d’euros sur quinze ans. Enfin, il est nécessaire de réguler l’ensemble des marchés. Pour lui c’est «aux pays vendeurs de financer un stock de régulation mondial». Vaste projet pour l’après pandémie de coronavirus.

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