L'Oise Agricole 31 octobre 2019 à 10h00 | Par Vincent Fermon

«L’État doit nous laisser décider de notre avenir énergétique»

Conseiller régional des Hauts-de-France délégué à la politique de l’énergie et à la transition énergétique, Frédéric Nihous porte un regard critique sur le développement de l’énergie éolienne tout en assurant la promotion d’autres types d’énergies renouvelables.

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Frédéric Nihous, conseiller régional des Hauts-de-France délégué à la politique de l’énergie et à la transition énergétique
Frédéric Nihous, conseiller régional des Hauts-de-France délégué à la politique de l’énergie et à la transition énergétique - © Agence de presse

Quel regard portez-vous sur le développement de l’énergie éolienne dans la région Hauts-de-France ?

Il y en a trop ! Nous avons atteint le seuil de saturation. Les objectifs qui avaient été fixés en 2012 dans les schémas régionaux Climat-Air-Energie des ex-régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie sont aujourd’hui largement dépassés.

Notre région représente 8 % du territoire national, compte 10 % de la population nationale et on y produit 28 % de l’énergie éolienne française avec 1 600 machines construites ou en projet. Il y a clairement un déséquilibre. Au delà de la saturation que l’on ressent, il y a aussi des conséquences sur la santé humaine et animale, sur l’environnement... En 2017, l’Académie de médecine a sorti un rapport accablant sur les conséquences des éoliennes pour les populations qui vivent à proximité : stress, fatigue, nausées... Au niveau agricole, on constate une baisse du rendement laitier, par exemple. Mais on n’entend que très peu de choses sur ces sujets. Notre Région est prête à financier des études sur ces questions à partir du moment où des protocoles lui seront présentés. En termes d’image, il y en a qui trouvent cela joli. Nous trouvons, au contraire, que ces éoliennes n’ont rien à faire dans nos paysages alors que nous faisons tout notre possible pour rendre nos territoires plus attractifs.

Malgré une opposition citoyenne et politique, de nouveaux parcs éoliens continuent à sortir de terre ou sont en discussion... Il y a clairement un déficit démocratique sur le sujet. Quand les territoires concernés par un projet d’implantation donnent leurs avis, ils doivent être entendus et pris en compte. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Nous ne sommes pas dans une opposition bête et méchante. Nous demandons simplement que l’État nous laisse décider de notre avenir en matière énergétique.

Tout est-il à jeter dans l’éolien ?

Il y a un certain nombre de machines installées et nous devons faire avec. Néanmoins, on doit se poser la question de «l’après». Notre région continue de souffrir des conséquences de l’exploitation minière, trente ans avant la fermeture des mines. Nous ne voudrions pas vivre la même chose avec l’éolien, en laissant faire n’importe quoi.

Quel est le poids de la Région dans la décision de promoteurs d’installer ou pas des éoliennes sur le territoire des Hauts-de-France ?

Notre poids est limité, mais les élus régionaux s’engagent à intervenir comme porte-parole pour des collectifs d’opposants à l’implantation de nouvelles éoliennes. Récemment, j’ai participé avec plusieurs collègues à une

réunion d’information sur un projet à Herbécourt. La Région se fait le relais de craintes sur le terrain et a décidé qu’elle n’apporterait aucun soutien financier au développement de projets éoliens. Dans le même temps, nous faisons la promotion d’autres sources d’énergies renouvelables parce que nous pensons qu’il existe de forts potentiels de développement ailleurs.

Etes-vous favorables, comme le proposent d’autres élus, à la mise en place d’outils de planification des installations éoliennes ?

Ces outils sont une manière de gagner du temps pour ceux qui ont intérêt à voir des éoliennes s’implanter, mais ils ne règlent en rien la question. Dans d’autres régions, ces outils de planification existent, mais il s’agit de régions moins impactées que la notre. Chez nous, pas besoin d’observatoire pour voir que nous avons largement apporté notre contribution au développement de l’éolien. Il est facile de dire que l’on veut développer ce type d’énergie quand les projets ne se font pas chez soi. Je regrette que l’État soit à ce point obsédé par le développement de l’éolien, lequel bénéficie d’un lobbying fort.

Le remplacement des premières machines installées dans la région ne pourrait-il pas être l’occasion de les remplacer par des machines plus grandes, plus puissantes et donc moins nombreuses pour une puissance équivalente ?

Nous nous attendons à une évolution technologique dans les années à venir, c’est une évidence, mais je ne crois pas du tout au fait que cela va réduire le nombre de mâts installés. S’ils sont plus grands, ce seront juste des machines à cash plus importantes et des nuisances plus fortes.

Quelles sont les alternatives à l’énergie éolienne que la Région des Hauts-de-France souhaite soutenir ?

Nous voulons devenir une région de pointe dans les énergies renouvelables. En 2018, nous avons voté un mix énergétique qui prévoit le doublement des énergies renouvelable d’ici 2030. Cela doit passer par une augmentation par dix de l’énergie solaire, un développement de la méthanisation. Si ces deux sources d’énergies sont des priorités, nous ne nous interdisons rien. On travaille par exemple sur l’hydrogène, sur l’hydraulique marine, les réseaux énergétiques intelligents... Pour développer le solaire, on pourrait par exemple utiliser un certain nombre de friches, les toits de certains bâtiment, sans consommer des terres agricoles. En tant que première région agricole de France, nous aimerions développer la méthanisation agricole. Étant donné que nous sommes une ancienne région minière, nous avons aussi un potentiel de gaz de mine à exploiter sous nos pieds.

Le développement de la méthanisation, pour ne citer que lui, se heurte lui aussi à une forme d’opposition citoyenne dans certains territoires ?

Certains projets de méthanisation posent problème, c’est vrai. C’est pour éviter cela que la vice-présidente en charge de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la bioéconomie, Marie-Sophie Lesne, a proposé une charte aux porteurs de projet. On y retrouve un certain nombre de recommandations pour faciliter l’acceptabilité des projets de méthanisation. Étant donné qu’il s’agit d’une source d’énergie relativement nouvelle, il y a sans doute des choses à améliorer et il faut chercher une montée en gamme des projets. On réfléchit par exemple à de nouveaux types de méthaniseurs. Ensuite, le dialogue territorial est très important. Même si un méthaniseur a son lot de nuisances, nous considérons qu’il en crée moins qu’une éolienne.

Le 11 octobre dernier, la préfète de la Somme organisait à Amiens une réunion sur le thème de l’éolien, avec différents partenaires. Y étiez-vous ?

Je n’y étais pas, mais la Région Hauts-de-France était représentée par son président, Xavier Bertrand, qui a pu rappeler la position de la Région en matière d’énergie éolienne. Il faut saluer cette initiative de la part de la préfète de la Somme, cela est très courageux. Notre président de région a souligné notre volonté de développer d’autres énergies renouvelables et a demandé que l’on nous donne les moyens de le faire. Nous avons besoin d’un nouvel acte de décentralisation grâce auquel la politique énergétique serait régionalisée, et non plus nationale.

Une étude parlementaire sur la production d’énergie dans le secteur agricole

L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) lance une étude sur la production d’énergie dans le secteur agricole en France, a indiqué le Sénat le 18 octobre. Le champ du rapport couvrira l’utilisation des bâtiments, des sols et des sous-sols agricoles pour tout type de production d’énergie : les biocarburants et la valorisation de la biomasse, à travers par exemple la combustion et la méthanisation, mais aussi l’énergie éolienne, l’énergie photovoltaïque, le solaire thermique, les pompes à chaleur, la petite hydroélectricité. Pour le député Jean-Luc Fugit, qui est un des deux rapporteurs, le secteur agricole, qui représente en France environ 20 % de la production d’énergies renouvelables, pourrait voir sa contribution croître. Après son adoption par l’Opecst à la mi-février 2020, le rapport sera présenté au Salon de l’agriculture.

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