L'Oise Agricole 09 avril 2020 à 10h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

«Le lin, une plante vertueuse aux usages multiples»

Jean-Pierre Ricard, agriculteur à Breteuil, est le nouveau président de la section lin. Rencontre.

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Jean-Pierre Ricard, agriculteur à Breteuil.
Jean-Pierre Ricard, agriculteur à Breteuil. - © Dominique Lapeyre-Cave

Quel parcours vous a amené à devenir agriculteur à Breteuil ?

Mes parents étaient déjà agriculteurs à Breteuil, sur une exploitation plus petite. Après mon BTA, j'ai effectué mon service militaire avant de revenir m'installer en Gaec avec mes parents. À l'époque, il y avait un troupeau laitier, des herbages et de la polyculture. Il y avait aussi un vacher et un chauffeur. Quand ils ont pris leur retraite, s'est posée la question d'embaucher à nouveau. J'ai alors décidé d'abandonner la production laitière. Après mon mariage et l'agrandissement de l'exploitation, mon épouse, qui travaillait à l'extérieur, est revenue à mes côtés et s'est installée pour me seconder. Nous avons monté un troupeau de vaches allaitantes en race Blonde d'Aquitaine et récemment quelques Parthenaises. Et puis j'ai introduit de nouvelles cultures dans mon assolement. Depuis cinq ans, je fais du lin fibre et de la multiplication de semences de lin textile en contrat avec la coopérative Lin 2000. Je cultive également cinq hectares de lentilles, en contrat avec Nat'Up (ex Cap Seine).

Et puis je me suis lancé dans la pomme de terre fécule suite à l'appel lancé par la coopérative féculière de Vecquemont. Avec un voisin, nous avons acheté du matériel d'occasion et je cultive désormais 15 ha de pommes de terre fécule. Sinon, les autres cultures de la ferme sont le blé, le colza, l'escourgeon, la luzerne et les betteraves sucrières. Je travaille avec un jeune salarié à mi-temps qui avait fait son apprentissage sur l'exploitation.

Comment vous êtes-vous engagé syndicalement ?

Dans notre secteur comme ailleurs, nous sommes de moins en moins nombreux et rares sont ceux qui veulent bien prendre des responsabilités. Alexandre Dugrosprez voulait arrêter la section lin pour prendre la présidence du SEA de Breteuil-Froissy, il ne pouvait pas cumuler les deux. Il m'a alors proposé de le remplacer à la section lin, j'ai accepté de me porter candidat et j'ai été élu président à l'unanimité. Du coup, je suis devenu administrateur à l'AGPL (Association générale des producteurs de lin).

Quelles sont les problématiques du lin  ?

Cela ne fait pas très longtemps que je cultive du lin. Mais, avec la baisse des cours du blé et le années difficiles comme 2016, de nombreux agriculteurs ont cherché à diversifier leur assolement et à cultiver des cultures industrielles, lin ou pommes de terre.

Depuis quelques années, le lin tire son épingle du jeu, c'est une culture qui marche bien, avec des prix très intéressants. Le danger est que beaucoup se mettent à produire et ne déséquilibrent le marché. Les teilleurs belges sont toujours à la recherche de nouvelles surfaces qui pourraient casser le marché. Et puis l'actuelle crise du Covid-19 fait peser une incertitude sur les marchés. En effet, actuellement, après quelques mois d'arrêt, les filatures chinoises reprennent doucement et vont d'abord écouler les stocks. D'ores et déjà, on peut s'attendre à devoir baisser les surfaces en 2021. Et l'idéal est de commencer dès cette année pour ne pas peser trop sur les marchés. Du coup, comme je viens juste de semer, j'ai réduit ma surface de lin fibre que je vais compenser, si j'ai assez de semences, par celle consacrée à la multiplication de semences. Les semis se déroulent actuellement dans de bonnes conditions, même s'il faut plus travailler le sol. En effet, après les pluies abondantes de cet automne et cet hiver, le fort vent d'est de ces deux dernières semaines a desséché la terre, créant une croûte. Juste dessous, la terre est bien mais, plus profond, elle est gorgée d'eau, pâteuse. Du coup, comme aucune précipitation conséquente n'est annoncée, je me demande si je ne vais pas rouler mes lins, bien que cela soit souvent déconseillé !

Quelles sont les qualités nécessaires pour être président de section lin ?

D'abord, je pense qu'il faut être à l'écoute du terrain, connaître les préoccupations des liniculteurs et savoir y répondre. Pour cela, je vais participer aux réunions de l'AGPL, suivre leurs messages pour les retransmettre aux membres de la section. Et puis la section doit être un lieu d'échanges entre les membres où nous pourrons évoquer tous les aspects de la production et les activités de la filière. Les relations doivent être bonnes avec les autres acteurs et notamment Lin 2000. J'avoue que c'est une nouvelle responsabilité pour moi et je dois apprendre à animer la section.

Sur quels sujets souhaitez-vous travailler ?

La communication autour des usages connus et méconnus du lin textile sont à mettre en avant. Cette plante a de nombreuses qualités et notamment sa sobriété puisqu'elle est cultivée par peu d'intrants. Pas de fongicide, peu d'engrais... Voilà des points à faire connaître. Et puis on utilise tout : les graines, gorgées d'oméga 3, les fibres pour le textile et les anas pour des usages dans le bâtiment, l'automobile ou l'isolation.

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