L'Oise Agricole 13 février 2021 a 11h00 | Par Claire Duhar (T&T)

Mieux repérer les plantes envahissantes

Le conservatoire botanique national de Bailleul vient d'actualiser son guide des plantes exotiques envahissantes des Hauts-de-France. Toujours plus nombreuses, ces espèces venues de l'autre bout du monde posent des problèmes environnementaux, économiques...

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Le rosier rugueux.
Le rosier rugueux. - © AYMERIC WATTERLOT, CBNBL, R. FRANÇOIS

Crassule de Helms, hydrocotyle à feuilles de renoncule, myriophylle hétérophylle... Ces doux noms pourraient être le futur cauchemar de la biodiversité des Hauts-de-France. Ces plantes exotiques envahissantes (PEE), introduites par les activités humaines dans la région, sont de plus en plus nombreuses. Elles prolifèrent en raison de concentrations trop importantes en azote et en phosphore dans les eaux et des sols favorables aux espèces à fort potentiel de biomasse. Et n'ont pas de prédateurs, car si ces espèces sont arrivées, ce n'est pas le cas de leurs organismes régulateurs (maladies, autres espèces...).

Des impacts sur les écosystèmes, l'économie...

«Certaines présentent une dynamique d'expansion forte et une capacité de formation de peuplement dense, qui représentent une menace pour le bon fonctionnement des écosystèmes, car elles dégradent les habitats et concurrencent ou remplacent les espèces indigènes, mais elles ont aussi des impacts à la fois écologique, économique voire sanitaire», introduit Benoît Delangue, chargé de mission scientifique au conservatoire botanique national de Bailleul et référent sur les plantes exotiques envahissantes.

La myriophylle hétérophylle est ainsi l'espère qui a la plus forte dynamique dans la région. Présente dans six communes en 2015, elle l'est aujourd'hui dans 37 et a fait son apparition dans le Nord. Des espèces aquatiques comme les jussies ont «tendance à mobiliser toute la surface du plan d'eau, privant de lumière les espèces en dessous, que ce soit la faune ou la flore». D'autres plantes terrestres forment «des herbiers monospécifiques qui entraînent une disparition locale des espèces et des végétations», poursuit ce spécialiste.

Entrave de la circulation naturelle de l'eau, navigation et pêche rendues impossibles, problème de visibilité sur des axes routiers, déstabilisation des berges, perte de qualité fourragère dans les prairies et même toxicité pour le bétail ou pour l'homme avec des risques lors de l'ingestion, des allergies, des lésions ou des brûlures, les impacts sont loin d'être anodins, même si pour le moment, ils sont cantonnés à certains secteurs.

Sensibilisation, actions, coordination

Mais comment lutter contre des plantes qui peuvent pousser jusqu'à huit centimètres par jour, pour les renouées, produire 300.000 graines par an, créer de nouveaux peuplements à partir d'un fragment de quelques millimètres ou produire des substances qui empêchent le développement des autres espèces à proximité ? Premier axe : la sensibilisation. Le conservatoire de Bailleul vient ainsi de sortir la troisième édition de son guide consacré aux plantes exotiques envahissantes*. Il permet notamment d'identifier les plantes dites envahissantes - de l'ordre d'une quarantaine - ou potentiellement invasives, et de savoir comment réagir.

Deuxième axe : la gestion de ces espèces et la restauration des milieux. «Il est important de privilégier une intervention rapide dès qu'une PEE est découverte, de mettre en oeuvre toutes les mesures de prévention nécessaires pour éviter la contamination des zones à proximité et de maintenir une veille de la zone gérée sur plusieurs années pour éviter une reprise de l'espèce qui a été traitée», insiste Marie Angot, chargée de mission sur les espèces envahissantes conservatoire d'espace naturel. «La remontée rapide des données est un enjeu pour apporter une réponse adaptée», ajoute Benoît Delangue. Il est aussi nécessaire de «prioriser les mesures de gestion avec une hiérarchisation des espèces exotiques en fonction de leurs menaces», note Guillaume Kotwica, chargé de mission à la Dreal. Une réflexion est en cours pour la «mise en place de brigades d'interventions». Troisième axe : mettre en oeuvre une stratégie régionale avec la création d'un observatoire des espèces exotiques envahissantes des Hauts-de-France, et une meilleure coordination entre les plus de 200 acteurs qui travaillent sur les PEE dans la région.

- © agence de presse

Benoît Delangue, chargé de mission au conservatoire national de botanique de Bailleul

«Accroître la sensibilisation»

Les plantes exotiques envahissantes sont-elles facilement repérables ?

Il y a des espèces où c'est délicat comme la Wollfie de Colombie que l'on ne distingue de l'espèce indigène qu'au microscope, mais dans l'ensemble, un oeil averti ne peut pas louper une plante exotique. Le problème, c'est que nous manquons de connaissances, tout comme les différents acteurs d'espaces naturels, de voiries, de cours d'eau... Un des enjeux est d'accroître la sensibilisation et les connaissances de ces personnes.

Quelles sont les plantes les plus préoccupantes ?

Difficile de hiérarchiser. On peut citer les grosses plantes aquatiques comme les jussies, l'hydrocotyle à feuilles de renoncule et la myriophylle hétérophylle, en pleine expansion. Il y a aussi la crassule de Helms, encore peu présente mais qui pose de sacré problème de gestion et qui est quasiment impossible à déloger si elle est installée sur plus de 10 m2. En plantes terrestres, il y a le rosier rugueux, le baccharis à feuilles d'Arroche...

Les agriculteurs ont-ils un rôle à jouer ?

Les agriculteurs vont vite se rendre compte si une espèce inhabituelle se propage, mais en général, les cultures intensives empêchent le développement d'autres espèces. Par contre, il peut y avoir un vrai potentiel de sensibilisation des chasseurs et des pêcheurs, qui pourraient être des relais de prévention.

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