L'Oise Agricole 09 janvier 2020 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

«Nos OP sont constituées, vivantes et elles dérangent !»

Hans Dekkers, président du Syndicat betteravier de l’Oise, répond à nos questions.

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Hans Dekkers, président du Syndicat betteravier de l’Oise.
Hans Dekkers, président du Syndicat betteravier de l’Oise. - © Dominique Lapeyre-Cave

Entre les diverses communications des OP de Roye et d’Etrépagny et celles de Saint Louis Sucre, où en est-on précisément d’un point de vue juridique ?

Hans Dekkers : Effectivement, l’envoi de courriers recommandés aux planteurs pourrait marquer un tournant radical dans les relations que souhaite avoir Saint Louis Sucre avec ses planteurs. Les betteraviers de Roye qui n’avaient pas renvoyé leur contrat se sont vus notifier par lettre recommandée avec AR qu’ils ne produiraient plus de betteraves pour SLS. Chacun appréciera les invraisemblances d’une telle procédure. Néanmoins, l’OP Scica de Roye reste active pour offrir un débouché commercial aux betteraves que ces planteurs souhaitent continuer à produire. Ils peuvent bien sûr adhérer en direct à Cristal Union ou à Tereos, mais si tel n’est pas leur choix, qu’ils sachent qu’ils restent toujours planteurs de l’OP. L’OP continue à démarcher pour eux, il n’est pas question de laisser quiconque sur le bord de la route.

Pour leur part, les betteraviers notifiés à Etrépagny ont également reçu un courrier recommandé, tout du moins ceux qui n’avaient pas renvoyé de contrat SLS. Par cet envoi, SLS signifie officiellement que la date du 10 janvier 2020 constitue une ligne rouge au-delà de laquelle il ne sera plus possible de faire valoir son intention de contracter avec SLS. On pourra noter que la méthode est légèrement plus interactive, avec des sommations avant la sanction. Et la raison en est simple : avec 55 % d’adhésions à l’OP d’Etrépagny et un nombre réduit d’envois de contrat SLS, sous la pression, la pertinence de l’OP comme outil de négociation commence à émerger. Lorsque nous sommes suffisamment nombreux à exprimer un refus, nous pouvons encore être désirés !

Cela étant, nous ne pouvons que faire le constat de l’énorme chemin parcouru en 2019 avec les OP. Mais ce parcours a été semé d’embûches et ces freins nous ont empêchés d’aboutir totalement pour les contrats 2020. Aujourd’hui, nous privilégions de préparer les betteraves 2021, afin de capitaliser au mieux sur tout ce travail économique et juridique qui a abouti, je le rappelle, à la signature du décret de reconnaissance de l’OP d’Étrépagny le 20 décembre, suivi de sa publication au JO du 29 décembre. Ce texte est très court et avec un effort, on pourrait l’apprendre par cœur. Mais il constituera les fondations de ce que vont devenir les relations entre l’acheteur/transformateur et les producteurs, au sein d’une filière qui doit faire face à un monde de plus en plus dérégulé.

Quelles sont les échéances à venir ?

H. D. : Les élus de l’OP doivent obtenir une rencontre avec les dirigeants de SLS. Nous avons sollicité le médiateur aux affaires des relations agricoles ; cette médiation pourrait se tenir courant janvier 2020.

Que conseillez-vous aux planteurs de Roye et d’Étrépagny ?

H. D. : Pour les planteurs d’Étrépagny qui sont restés fidèles à l’OP et qui souhaitent toujours produire des betteraves, nous leur conseillons de garder un pied chez SLS. Cette solution pourrait passer par la signature d’un contrat SLS avec le minimum de surface qui leur semble acceptable. S’exposer au risque d’un nouvel oukase de SLS nous semble dangereux pour l’avenir de la betterave sur leur exploitation.

Pour les planteurs de Roye qui sont sans contrat, l’OP de Roye va continuer ses démarches pour trouver un débouché commercial pour les betteraves que ceux-ci souhaitent continuer à produire. Dans tous les cas, les deux OP continuent à exister par les adhésions reçues tout au long de l’année 2019. Elles sont évidemment toujours ouvertes.

Est-ce un échec pour les OP ?

H. D. : Ce n’est pas une victoire. Mais est-ce vraiment sur un pas de temps aussi court qu’il faille vraiment évaluer l’efficacité de l’OP ? Nous avons certainement commis des erreurs. Mais lorsque l’on travaille avec le cycle de la nature, prendre 13 mois au lieu de 12 revient à faire en 2 ans ce que l’on espérait faire en une année. Pour jauger l’efficacité de notre travail au cours des 12 derniers mois, je n’affirmerai pas que la bouteille déborde, mais je peux objectivement vous assurer qu’elle est largement à moitié pleine. Nos OP sont constituées et elles sont bien vivantes, puisqu’elles dérangent.

Quel est l’objectif maintenant ?

H. D. : L’objectif est devant nous. La recherche du prix de betteraves équitable s’apparentera toujours à un objectif complexe, car tout est en mouvement autour de nous et tout le raisonnement qui prévaut pendant un débat, peut déjà être obsolète à l’instant où la décision est prise.

Que chacun sache rester humble. Du côté sucrier, il est illusoire d’espérer faire vivre durablement un contrat qui n’a été négocié avec aucun représentant de la majorité des producteurs de betteraves. De notre côté, nous savons que nous devons retourner au contact des planteurs pour continuer à en convaincre de nouveaux que leur avenir betteravier est dans l’OP.

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