L'Oise Agricole 15 octobre 2020 à 09h00 | Par A.J.

Regards sur la consommation alimentaire post-Covid

La Covid-19 génère un grand nombre d’incertitudes tant sanitaires qu’économiques. Pour comprendre les évolutions de l’alimentation des Français qui en découleront, FranceAgriMer a imaginé cinq scénarios prospectifs allant du virage écologique, à la convivialité retrouvée en passant par une précarité alimentaire accrue.

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La restauration hors foyer est celle qui subit encore actuellement
les plus gros effets de la crise.
La restauration hors foyer est celle qui subit encore actuellement les plus gros effets de la crise. - © J.-C. Gutner

Si le confinement causé par la Covid-19 a marqué le retour du fait maison et la montée en puissance du commerce en ligne, que restera-t-il des tendances de consommations préexistantes ? La crise laissera-t-elle des séquelles dans les habitudes alimentaires ? Affectera-t-elle les perceptions associées aux actes d’achat et de consommation ? Pour répondre à ces questions et aiguiller tant les pouvoirs publics que les filières dans leurs décisions stratégiques, FranceAgriMer a imaginé cinq scénarios de consommation post-Covid publiés dans une note prospective du 29 septembre. Grâce à cet exercice, chaque acteur peut s’interroger sur sa place dans chaque scénario et identifier ses marges de manoeuvre pour infléchir le futur. «Ces cinq scénarios prospectifs sont de la pâte à modeler pour réfléchir, préconise Patrick Aigrain, chef du service Analyses et fonctions transversales et multifilières à FranceAgriMer. Les différents acteurs de la sphère agroalimentaire, et notamment les filières, peuvent adopter une attitude stratégique et se questionner sur la direction voulue et les actions à mettre en oeuvre pour y parvenir.»

L’après-guerre

«Le scénario de l’après-guerre correspond à des scènes de liesse, comme ce qu’a connu la France à la Libération. L’urgence est de reprendre la vie d’avant», explique Françoise Brugière, cheffe de la mission prospective de FranceAgriMer interrogée par Agra Presse. Ici, un vaccin est disponible et la priorité est à la relance économique. Les préoccupations environnementales passent au second plan. La convivialité, la fête, les déplacements, la culture, le tourisme sont les nouvelles priorités permettant aux fast-foods, snacking, bars, et consommation hors domicile en général de connaître un rebond important. Le recul de l’alimentation santé se fait donc au profit de l’alimentation festive. Les productions, locales, bio et en circuits courts sont possibles mais le prix reste une donnée primordiale dans l’acte d’achat. Ce qui compte c’est avec qui et dans quelles circonstances on mange, davantage que ce que l’on mange.

Alimentation contrôlée

Avec une sortie de confinement qui s’éternise, l’alimentation contrôlée est un scénario où la population est en état de stress permanent, où le discours liant crise sanitaire et changement climatique a été adopté et où la relance économique passe par une économie verte et néoprotectionniste. Télétravail et e-commerce sont plébiscités. Les repas, quasi exclusivement livrés, sont pris en solitaire. «Une part de plus en plus dominante de la population se nourrit grâce à des solutions-repas livrées [...] Divers systèmes de distribution sont testés avec des points de retrait, de la place de village à la barre d’immeuble (en attendant la livraison par drone)», explique la note. Les hypermarchés ferment et la restauration à table perd ses clients. Et «à terme, les nouveaux appartements sont construits sans cuisine», poursuit François Brugière.

Produits nationaux sauf pour l’entrée de gamme

Une reprise de l’épidémie à l’hiver 2020-2021 mine l’économie malgré un fort soutien public. Pour éviter l’implosion, l’Union européenne assouplit son cadre et chaque pays met en place ses propres politiques. En France, le gouvernement opte pour un New Deal associant relance et réorientation de l’économie. «La Pac est sacrifiée, mais les aides nationales prennent le relais», envisage FranceAgriMer. Les aides à l’agriculture visent à limiter raisonnablement la dépendance aux importations. Mais les choix de consommation dépendent en très grande majorité du pouvoir d’achat mais aussi du risque sanitaire. Et, finalement, la demande est tiraillée entre, d’une part, une grande précarité économique qui nécessite un recours aux importations, notamment pour que la restauration collective joue son rôle social, et, d’autre part, une forte demande en produits nationaux.

Feux verts

Dans ce scénario, place à une alimentation saine accompagnant une transition environnementale et écologique. L’Europe met en place un Green Deal et les aides sont clairement conditionnées à la réussite d’objectifs environnementaux. Le télétravail et la digitalisation sont vus comme des réponses pertinentes pour lutter contre le changement climatique. «Pour les Français, l’alimentation c’est la santé et une bonne hygiène de vie va assurer une bonne résistance aux maladies», résume Françoise Brugière. Le consommer moins mais mieux devient le leitmotiv des choix des consommateurs. Les protéines animales sont mises de côté. Les grandes surfaces s’orientent vers des offres santé et écologiques. Les circuits de ventes directes sont plébiscités. Mais cette consommation n’est pas accessible à tous et génère des frustrations pour les consommateurs les plus modestes.

Précarité alimentaire

Une forte crise économique, une épidémie qui reprend, un nouveau confinement et une intervention publique limitée soulèvent une vague de contestation et induisent de fortes tensions dans l’hexagone. L’appauvrissement des ménages fait du prix l’unique critère de choix de consommation alimentaire. Les discounteurs, les épiceries solidaires ainsi que le fait maison à partir de produits bruts pour économiser sur le packaging sont favorisés par les consommateurs. La viande est un produit de luxe. La guerre des prix est relancée en grande surface et les marques de distributeurs prennent un poids prépondérant. «Dans ce scénario se développe également l’autoproduction. Les villes se vident de leurs habitants à la recherche d’une autonomie alimentaire à la campagne», imagine Françoise Brugière.

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