L'Oise Agricole 28 février 2019 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé, l’Agriculteur Normand

Südzucker ou la politique de la terre brûlée

Hans Dekkers, président du Syndicat betteravier de l’Oise, réagit à l’annonce de la fermeture des sucreries d’Eppeville et de Cagny.

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Hans Dekkers, président du Syndicat betteravier de l’Oise, réagit à la fermeture des usines d’Eppeville et de Cagny par le groupe Saint Louis Sucre.
Hans Dekkers, président du Syndicat betteravier de l’Oise, réagit à la fermeture des usines d’Eppeville et de Cagny par le groupe Saint Louis Sucre. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Le 14 février dernier, Saint Louis Sucre a annoncé la fermeture de deux de ses quatre usines en France, Cagny dans le Calvados et Eppeville dans la Somme. Vous attendiez-vous à cette annonce ?

Hans Dekkers : Il est toujours possible de s’attendre au pire. On peut alors exprimer un soulagement si ce pire ne se produit pas. Mais les volumes d’arrêt annoncés par Südzucker rendaient plausible ce scénario avant même l’annonce du 14 février, à savoir le projet de fermeture des usines de Cagny et Eppeville.

À quoi sont dues ces fermetures selon vous ?

H. D. : J’y vois surtout un manque de courage de la part de nos partenaires allemands, doublé d’une bonne dose d’égoïsme. La bascule dans un monde sans quotas, a eu lieu il y a moins de 17 mois et l’on abandonne déjà en si peu de temps l’envie de se positionner durablement sur le marché mondial, afin d’optimiser l’utilisation de nos usines !

En guise de quoi, Südzucker décide de se recroqueviller sur le marché européen en espérant que les autres opérateurs sucriers fassent de même. Pour s’affranchir des turbulences de la fin des quotas, Südzucker a décidé de tourner le dos à un monde qui aura pourtant besoin de 40 millions de tonnes de sucre supplémentaires d’ici 2030. Mais n’oublions pas que Südzucker est une société cotée en bourse à Francfort, et la bourse n’aime pas l’incertitude. Afin que mes mots ne dépassent pas ma pensée, je me contenterai de dire que cela est «regrettable».

Quelles actions vont mener les syndicats betteraviers des différents départements impactés par les fermetures ? Quels leviers pensez-vous actionner ?

H. D. : Nous souhaitons exprimer que ces décisions prises dans l’urgence font prévaloir une vision à court terme de la production de sucre. Comment accepter que l’on mutile ainsi deux des plus beaux bassins betteraviers français ?

Combien de planteurs de l’Oise seraient concernés par la fermeture du site de production d’Eppeville ?

H. D. :180 planteurs du département seraient concernés par la fermeture d’Eppeville.

Les betteraves des planteurs Saint Louis Sucre de l’Oise sont essentiellement transformées à Étrépagny (Eure). Pensez-vous que la fermeture de Cagny puisse avoir des répercussions sur l’usine d’Etrepagny ? Quelles conséquences peut-on imaginer ?

H. D. : A priori, les conséquences sur des diminutions de surface imposées aux actuels planteurs d’Étrépagny auraient davantage pour origine la fermeture d’Eppeville. Les planteurs les plus à l’Ouest de la zone de Roye seraient de nouveau notifiés par l’usine d’Étrépagny. Cette augmentation du nombre de planteurs à Étrépagny aurait, à production totale équivalente sur le site, un effet sur les surfaces individuelles. Pour les planteurs de Cagny, ils sont malheureusement très peu nombreux à pouvoir espérer continuer la production de betteraves dans le scénario que Südzucker veut imposer.

Que peut-on penser de la stratégie industrielle menée par Südzucker en France ?

H. D. : Je crains que ce ne soit la stratégie de la terre brûlée, ou comment imposer un arrêt à une filière plus compétitive que la filière betterave-sucre allemande, dans le seul but d’espérer survivre mieux en Allemagne.

Globalement, la crise de gouvernance qui secoue le groupe Tereos et les fermetures d’usines de Saint- Louis Sucre annoncent-elles une remise en cause de la culture de la betterave en France ?

H. D. : Il pourrait en être ainsi si l’on ne sait pas appréhender ces deux événements comme il se doit. Dans une coopérative, les adhérents ne peuvent pas prétendre savoir tout faire. Ils doivent cependant construire un mode de gouvernance qui leur laisse la possibilité d’établir ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Face à l’ annonce de la fermeture d’usine, je veux juste rappeler que toute forme de résignation nous rendrait coupables vis-à-vis de la génération qui nous succèdera. Il faut que Südzucker sache que nous construirons un avenir betterave-sucre, avec ou sans Saint Louis.

Forte mobilisation devant la sucrerie de Cagny vendredi dernier.
Forte mobilisation devant la sucrerie de Cagny vendredi dernier. - © Agence de presse

«On ne lâche rien !»

Près de 400 manifestants, planteurs de betteraves en tête mais aussi employés en CDI ou CDD de la sucrerie, prestataires de services (entrepreneurs de travaux agricoles, distributeurs de matériels betteraviers...), sous-traitants et élus (locaux, départementaux, régionaux) se sont retrouvés vendredi dernier, de 10 h à 14 h, sur le tarmac de l’usine Saint Louis Sucre de Cagny (14) pour dire non à la fermeture d’un outil compétitif.

Une offre de reprise de Cagny

«Südzucker parle d’arrêt de production mais pas de fermeture. C’est de l’enfumage total. A terme, c’est rayer ce bassin de production de la carte qu’il souhaite». Dans sa première prise de parole de la matinée, Patrick Dechaufour (président du syndicat betteravier CSOB) a décrypté les réelles intentions du sucrier allemand.

«Ce genre de capitalisme sauvage, je ne l’accepte pas. Ce serait un désastre pour nos exploitations, un désastre pour l’économie locale... Cagny est un outil compétitif. Il faut que Cagny continue à fonctionner». La ficelle est effectivement un peu grosse.

La vision stratégique de Südzucker visant à transporter les betteraves bas-normandes vers Etrépagny (27) distant de 180 km de Caen pour se faire écraser n’a pas de sens économique. Sans parler du bilan carbone...

«Il n’y a rien à attendre de Saint Louis Sucre. Moi, je veux voir les dirigeants de Südzucker Il faut amener les Allemands à revenir sur leur décision », juge désormais Patrick Dechaufour. Sinon ? «Sinon, il faut faire une offre de reprise de l’usine pour continuer à faire de la betterave dans notre région. Il n’y a pas de fatalité. Mais, pour cela, j’ai besoin d’une mobilisation sans faille, y compris de nos élus locaux, départementaux, régionaux et de nos différents ministres concernés». Parallèlement à cette action, ce vendredi 1er mars, les planteurs étaient appelés à manifester devant la sucrerie d’Eppeville, de 10 à 14 h.

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