L'Oise Agricole 20 juin 2019 à 10h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

«Tereos doit se recentrer sur son coeur de métier»

À la veille de l'assemblée générale de la région Picardie Ouest prévue ce mardi 18 juin, Gilles Bollé, un des ex-exclus de la coopérative et membre de l'ADCT (Association de défense des coopérateurs de Tereos) fait le point de la situation.

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Gilles Bollé, qui vient d'être réélu à l'assemblée générale de la région Picardie Ouest, est inquiet sur la situation financière du groupe. Les assemblées de région se poursuivent avant la grande assemblée du 26 juin.
Gilles Bollé, qui vient d'être réélu à l'assemblée générale de la région Picardie Ouest, est inquiet sur la situation financière du groupe. Les assemblées de région se poursuivent avant la grande assemblée du 26 juin. - © Dominique Lapeyre-Cavé

La semaine précédente, le 12 juin, une réunion visait à préparer cette assemblée générale et à présenter le plan de redressement de la coopérative. Selon Gilles Bollé, les nombreuses questions traduisent l'inquiétude des coopérateurs quant l'avenir de leur groupe sucrier et, plus généralement, de la filière betterave.

Quelle est la situation de Tereos ?

Gilles Bollé : J'ai pu aller consulter les comptes et ils font apparaître, pour l'exercice 2018-2019, un résultat négatif de - 260,5 millions d'euros, à comparer aux - 18,1 millions d'euros de 2017-2018. Ces mauvais résultats de l'entreprise se concrétisent par un prix de betteraves à 19 EUR/t au 31 mars, ce qui est loin d'être satisfaisant. Pour nous, ces mauvais résultats ont deux causes essentielles : certes, l'effondrement des cours du sucre que personne ne peut nier, mais aussi la mauvaise gestion du groupe.

Justement, que conviendrait-il de faire en matière de gestion ?

G.B. : Je crois que le groupe doit se recentrer sur son coeur de métier. Le groupe possède de nombreuses filiales dans le monde dont certaines sont déficitaires régulièrement et dont il faudrait se séparer au plus vite. Par exemple, les activités canne à sucre au Mozambique, l'usine de transformation de maïs et de manioc au Brésil, les filiales chinoise, roumaine, indonésienne génèrent plus de 50 millions de pertes tous les ans. Arrêter cette hémorragie relève du bon sens. De même, on peut imaginer se désengager du capital détenu dans des entreprises lointaines qui, pour le coup, fonctionnent bien. Cela serait facile à faire et donnerait du cash. Enfin, il faut diminuer les frais généraux qui ont fortement augmenté et les ramener à des niveaux acceptables. Par contre, à l'ADCT, nous pensons qu'il faut mettre le paquet sur trois filiales qui font la force de Tereos : Tereos France pour l'avenir de nos betteraves, Tereos Syral les amidonneries à partir de blé et maïs locaux, et enfin Tereos Guarani au Brésil qui est une entreprise à l'équilibre, mais dont nous pensons qu'elle pourrait mieux fonctionner.

Concrètement, comment faudrait-il faire ?

G.B. : D'abord mettre à plat la situation en faisant réaliser trois audits indépendants : un audit financier, un audit de gouvernance et un audit technique des usines. Cela permettrait de prendre les décisions les plus à même de renforcer les trois entités citées précédemment et nous recentrer sur l'essentiel qui assure le revenu des coopérateurs.

On parle d'ouverture du capital de Tereos. Pourquoi ?

G.B. : Tereos a un problème de financement et ne semble plus avoir la cote auprès des banquiers. Ce que nous annoncions depuis 2 ans s'est réalisé : mauvais résultats, surendettement et la seule issue pour les dirigeants actuels est sans doute l'ouverture du capital. Pour preuve, la vente de notre participation dans ETEA pour 220 MEUR (50 % d'une amidonnerie en Italie et 50 % d'une distillerie en Angleterre) qui, d'ailleurs, nous ramenaient régulièrement 20 MEUR. À l'ADCT, nous nous opposons à cette ouverture de capital car perdre le contrôle de Tereos, c'est cantonner la coopérative et donc les planteurs à n'être que des fournisseurs de matière première. Nous ne voulons pas être une coopérative d'approvisionnement d'un groupe sucrier semi-privé. Sinon, nous serions revenus à l'époque de Béghin Say. L'idée de départ des planteurs était d'investir dans un outil de transformation qui permette de rapporter à l'agriculture et donc aux coopérateurs une partie de la valeur ajoutée des produits issus de la betterave. Sinon, nous ne serons que la variable d'ajustement. Nous n'avons pas fait tout cela pour revenir à la situation de départ !

Que va-t-il se passer maintenant ?

G.B. : Lors de l'assemblée de région demain, un tiers des conseillers sont à renouveler, soit six postes, dont celui de notre ami Luc Roland décédé il y a peu. 860 planteurs sont invités à voter. Ensuite, le 26 juin, aura lieu l'assemblée générale plénière qui réunira les 180 conseillers de région, dont le tiers aura été fraîchement élu. Il leur sera demandé d'approuver les comptes et de procéder au renouvellement du conseil de surveillance. Normalement, sur les 21 membres qu'il comprend, un tiers, donc 7 personnes, sont à élire. 6 autres postes, qui sont co-optés ceux-là, sont à renouveler, ce qui fait 13 nouveaux membres en principe. D'où l'importance des élections cette année.

Certains contestent la répartition géographique des représentants des planteurs, qui fait la part belle à certains secteurs. Comment voyez-vous cette difficulté ?

G.B. : Je pense qu'il faut revenir à une section par usine. La répartition actuelle, en opérant des regroupements, a éloigné les planteurs de leur région. Du coup, il y a beaucoup moins de participation car les planteurs ne se déplacent pas à des réunions qui sont trop éloignées. Il faut remettre le coopérateur dans la boucle de décisions et toutes les usines doivent être représentées au conseil de surveillance. C'est comme cela que Tereos retrouvera le bon fonctionnement nécessaire à sa poursuite.

Réélection à l'assemblée générale du 18 juin

L'assemblée générale de la région Picaride-Ouest s'est déroulée le 18 juin à Jaux. Sur les 860 planteurs de la région, 389 étaient représentés, soit directement, soit en ayant donné des pouvoirs.

De nombreux questions ont été posées au membres du conseil de surveillance présents, notamment sur le financement de Tereos et l'avenir du groupe. Le déficit de l'exercice de 260 millions d'euros et l'ouverture du capital ont soulevé des inquiétudes.

Enfin, il a été procédé au renouvellement des conseillers. Cinq ont été réélus : Nicolas Sainte Beuve, Jean-Pierre Bricout, Marc Lamoureux, Michel Lartigue et Pierre De Wilde. Après son exclusion, Gilles Bollé a été réélu également.

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