L'Oise Agricole 23 avril 2020 à 09h00 | Par YG, VF

Un bras de fer pour profiter du redémarrage

D’après l’interprofession Interbev, les abattages et la consommation repartent, mais les prix à la production restent en retrait. D’où l’appel de la Fédération nationale bovine (FNB) à retenir leurs animaux pour obtenir de meilleurs prix.

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Le 15 avril, la Fédération nationale bovine (FNB) appelait les éleveurs «à retenir, au maximum, leurs animaux en ferme». Un bras de fer qui vise à faire aboutir sa demande, formulée le 29 mars, d’instaurer «un prix minimum payé aux éleveurs à hauteur de notre coût de production» pendant l’état d’urgence sanitaire.
Le 15 avril, la Fédération nationale bovine (FNB) appelait les éleveurs «à retenir, au maximum, leurs animaux en ferme». Un bras de fer qui vise à faire aboutir sa demande, formulée le 29 mars, d’instaurer «un prix minimum payé aux éleveurs à hauteur de notre coût de production» pendant l’état d’urgence sanitaire. - © Sophie Bourgeois

Vers un retour à la normale en viande bovine ? Après plusieurs semaines chahutées, «on retrouve l’équilibre en termes d’abattage et de consommation», assurait Guy Hermouet, président de la section bovine d’Interbev, l’interprofession bétail et viandes, le 16 avril. «On observe une reprise des abattages en semaine 15, au niveau d’une année normale. Ils ont augmenté de 12 % en jeunes bovins allaitants et de 8 % en jeunes bovins laitiers, après un repli global de 7 % entre les semaines 11 et 15. » Un constat partagé, selon cet éleveur vendéen, par tous les membres du bureau d’Interbev lors d’une réunion le 14 avril.

Autre signe encourageant : «Les distributeurs et les entreprises nous disent que la consommation évolue en mode estival et se tourne vers les pièces à griller», relève Guy Hermouet. De quoi améliorer l’équilibre carcasse, pénalisé depuis le début du confinement par l’envolée des ventes de steak haché. «La consommation de viande bovine par les ménages répond bien, elle fait partie des produits qui s’en sortent le mieux, résume-t-il, tout en appelant à la prudence».

Les ventes de steak haché ont flambé de 33 %

Car malgré cette embellie, «le prix à la production n’y est pas», regrette le responsable d’Interbev, avec «une baisse de 2 % par rapport à 2019». Une situation dénoncée par la Fédération nationale bovine (FNB). Le 15 avril, l’organisation appelait les éleveurs «à retenir, au maximum, leurs animaux en ferme». Un bras de fer qui vise à faire aboutir sa demande, formulée le 29 mars, d’instaurer «un prix minimum payé aux éleveurs à hauteur de notre coût de production» pendant l’état d’urgence sanitaire. La FNB demandait alors – comme avant la crise du Covid-19 – une revalorisation de 1E/kg, soit «une hausse théorique du prix consommateur de 15 centimes par steak». Sa requête n’a reçu aucune réponse de la part des pouvoirs publics, regrette le syndicat, qui dénonce aussi «l’attitude irresponsable des acteurs de l’aval de sa filiere».

«On nous dit que comme on vend plus de steak haché, il y a un déséquilibre», explique Guy Hermouet, par ailleurs ancien responsable national de la FNB. D’après lui, le panéliste IRI aurait constaté une flambée des ventes de viande hachée et de produits élaborés de 33 % entre la semaine 11 et la semaine 14 (avec une pointe de + 75 % pour les surgelés). Dans le même temps, la viande piécée aurait progressé de «seulement» 14 %.

Polémique sur le niveau des stocks sur pied

Un travail est en cours au sein d’Interbev pour «avoir un peu plus de transparence» sur le segment du haché, rappelle Guy Hermouet. «Aujourd’hui, la transformation absorbe 70 % de la carcasse, on ne peut pas avoir le même comportement qu’il y a quelques années, quand seulement 30 % étaient transformés», martèle-t-il.

Lancée pendant les États généraux de l’alimentation, cette démarche «tournait en rond depuis longtemps», déplore-t-il. Les déséquilibres nés de la crise sanitaire pourraient la relancer. La prépondérance du haché n’est pas la seule explication de la faiblesse des prix payés aux éleveurs. «Des opérateurs proposent des animaux à n’importe quel prix, du moment qu’ils partent des fermes», constate M. Hermouet. «Certaines organisations de producteurs ont parlé de 11 000, voire 18 000 animaux en stock, ajoute- t-il. Ces chiffres démentiels ont provoqué la panique.» D’après Interbev, ces chiffres comprennent le total des animaux présents dans les fermes par rapport à 2019. Ils reflètent un pic des naissances observé à l’automne 2018, mais ils comptabilisent aussi les animaux destinés à être vendus... sachant que la France «abat ou exporte en vif 14 000 animaux par semaine».

«Les exportations vers la Chine repartent»

Le surstock réel tournerait plutôt «autour de quelques milliers d’animaux au 1er avril», estime Guy Hermouet. Un niveau «résorbable» par l’export, en vif comme en viande. «Les exportations vers la Chine repartent», rapporte l’éleveur, après avoir été bloquées au début de l’année par l’immobilisation des containers. D’après Interbev, les expéditions totalisent «100 tonnes de viande en mars, avec des engagements de prix qui correspondent à ce qui était convenu avant le confinement».

Dans le meilleur des cas, les différents débouchés à l’export pourraient permettre de réduire le surplus dans les élevages à «environ 600 animaux supplémentaires par semaine», espère M. Hermouet. Interbev prévoyait de communiquer des chiffres précis en début de semaine du 20 avril ; des calculs réalisés par l’Institut de l’élevage (Idele) à partir des chiffres officiels de la base de données nationale de l’identification (BDNI). Une manière de clore la polémique, en espérant assainir le marché.

Les bouchers-charcutiers regrettent d’être pris pour cible

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les dernières piques lancées par le président de la Fédération nationale bovine (FNB) – Bruno Dufayet parle notamment de «l’attitude irresponsable des acteurs de l’aval de la filière» - ont été diversement appréciées des autres acteurs de la filière bovine française, et en particulier de la Confédération des bouchers-charcutiers-traiteurs (CFBCT). Le 16 avril dernier, son président Jean-François Guihard s’est en effet fendu d’un courrier dans lequel il évoque la «surprise» des adhérents de son organisation. La CFBCT regrette ainsi d’être considérée de la même manière que la grande distribution que les artisans bouchers ne portent pas vraiment dans leur coeur (lire notre entretien avec Jean-François Guihard du 3 avril 2020). «Nous ne pouvons tolérer d’être assimilés de manière aussi caricaturale, et en réalité totalement fausse, aux grandes et moyennes surfaces et leurs centrales d’achats, dont certaines se comportent, de manière totalement irresponsable», rapporte M. Guihard. Ce dernier rappelle dans le même temps qu’en raison de l’épidémie de Covid-19, «de nombreuses boucheries artisanales sur le territoire souffrent aussi», mais également que «dans leur écrasante majorité les artisans bouchers travaillent tout au long de l’année des viandes françaises, qu’ils sont nombreux à se fournir directement auprès de leurs éleveurs dans un partenariat gagnant où ils paient le juste prix et qu’ils restent le premier circuit de distribution des viandes Label rouge».

Didier Guillaume écarte la demande d’un prix minimum à la production

Le 16 avril, le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume a écarté la demande de la FNB, formulée le 29 mars d’instaurer «un prix minimum payé aux éleveurs à hauteur de notre coût de production» - soit un euro de plus au kilo - pendant l’état d’urgence sanitaire.

«Des prix d’intervention où l’argent public viendrait entériner le déséquilibre, je ne pense que ce ne serait pas une bonne mesure», a justifié Didier Guillaume lors d’une audition devant les députés de la commission des Affaires économiques. Le ministre a évoqué un entretien à venir avec le président de la FNB Bruno Dufayet. Dans un communiqué le 15 avril, son syndicat avait appelé les éleveurs «à retenir, au maximum, leurs animaux en ferme», afin d’obtenir de meilleurs prix. «Si tous les éleveurs retiennent leur animaux dans les cours de ferme, ça fera forcément poser des questions aux abattoirs», a reconnu le ministre. «Aujourd’hui, il n’y a aucune raison acceptable que le prix payé à l’éleveur baisse, là, au moment où il y a une demande qui augmente», a-t-il lancé, en réponse à une question du député de la Creuse, Jean-Baptiste Moreau.

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