L'Oise Agricole 13 décembre 2018 à 11h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Un méthaniseur alimenté par un atelier taurillons

AgriKomp, constructeur de méthaniseurs et leader en France avec 67 unités proposait une visite chez Camille Dufour, agriculteur à Verderel-lès-Sauqueuse.

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Le fumier est introduit dans le digesteur à raison de 9 t/jour, par dose de 300 kg.
Le fumier est introduit dans le digesteur à raison de 9 t/jour, par dose de 300 kg. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Malgré une météo à ne pas mettre un chat dehors, les agriculteurs de l’Oise se sont pressés nombreux, 400 visiteurs environ sur toute la journée, à cette porte ouverte. Il faut dire qu’après des années d’hésitation, la méthanisation se développe enfin dans notre département. Plusieurs sites sont déjà en production et de nombreux autres en gestation.

Celui de Camille Dufour, en cogénération (production d’électricité), fonctionne depuis un an environ et fait suite à la création d’un atelier de 300 taurillons sur l’exploitation. Les 9 tonnes par jour de fumier sont utilisées quotidiennement dans le digesteur et représentent 80 % des approvisionnements, les 20 % restants sont du maïs et des déchets organiques. L’introduction dans le digesteur se fait grâce à un système semblable à un épandeur, avec un fond poussant qui introduit le fumier 300 kilos par 300 kilos, automatiquement. Cette ration est établie pour produire 150 kW et pourrait même être montée à 250 kW par simple changement de la génératrice.

Le fumier se voit ajouter 2 m3 par jour de liquide (lisier ou eaux brunes) pour arriver à un taux de matière sèche de 12 % maximum et est mélangé par un agitateur qui tourne lentement (10 tours/minute). Le système se veut simple et robuste, l’entretien se fait par l’extérieur. Par contre, il faut vidanger le fond du digesteur tous les 6 ou 7 ans, un entretien réalisé par une entreprise spécialisée qui évacue les sédiments contenant essentiellement de la terre, du sable et des cailloux.

Parallèlement, le mélange eau + fumier est chauffé à 43 °C grâce à des tubes pour que la production de biométhane en conditions anaérobies se développe et une désulfurisation du biogaz est opérée dans le digesteur. 80 % du biométhane est produit dans le digesteur, les 20 % restant le sont lors du stockage, dans une fosse située à proximité.

Les fosses sont en béton ferraillé de 20 cm d’épaisseur, lequel est coulé dans un coffrage qui sert d’isolant et protège le béton des attaques de gaz. Les modules contenant les pompes et le co-générateur sont livrés montés dans des modules par AgriKomp, ce qui simplifie la construction.

C’est donc un gaz propre, désulfurisé, qui entraîne le cogénérateur pour la production d’électricité. Celui-ci est composé d’un moteur Scania. Le méthane est utilisé à 70 % pour produire de l’électricité et 30 % sert à chauffer le digesteur.

Enfin, le gaz résiduel, essentiellement du CO2 est asséché, surpressé et passe dans un filtre à charbon pour enlever tout le soufre. Parallèlement, le digestat est envoyé dans une cuve de stockage où du méthane est encore récupéré puis passe dans un séparateur. Le liquide, qui représente les 2/3 du digestat, est stocké dans une cuve qui existait déjà sur le site avant d’être épandu et le solide tombe par gravité du séparateur. La matière est sans odeur et ressemble à un compost sans fibres. Il sera épandu ensuite après un stockage à l’abri.

Camille Dufour
Camille Dufour - © Dominique Lapeyre-Cavé

«Un méthaniseur ne fonctionne correctement que si l’on s’en occupe bien»

À 28 ans, titulaire d’un BTS technico-commercial, Camille Dufour s’est installé en février 2015 sur l’exploitation familiale. «Pour me faire une place à côté de mon père, je n’ai pas souhaité continuer son élevage de porcs qui en a profité pour le fermer. Par contre, j’ai créé un atelier de 300 taurillons et, très vite, l’idée de la méthanisation s’est imposée» expose le jeune homme. Pour parfaire son projet, il visite l’exploitation des frères Stammose, à Versigny, qui, comme lui, font tourner leur méthaniseur avec le fumier de leur atelier d’engraissement. «J’ai opté pour la cogénération car, avec les taurillons, j’avais l’assurance du gisement.»

Il aura fallu deux ans et demi pour que le méthaniseur voie le jour. C’est la société Agrikomp qui l’a conçu et installé mais Camille Dufour a beaucoup participé aux travaux de construction.

L’unité tourne depuis 6 mois maintenant et, avec le recul, Camille se réjouit de son choix. «Au départ, lors de la mise en route, il ne faut pas être trop stressé car il y a environ 70 alarmes par jour. Mais on apprend à gérer l’installation et je ne regrette vraiment pas mon choix. Néanmoins, cela suppose d’être présent et méticuleux. Un méthaniseur ne tourne bien et n’est rentable que si l’agriculteur s’en occupe bien» assure Camille. Selon lui, c’est vraiment une installation faite pour les éleveurs qui ont l’habitude de la contrainte de travail quotidien.Globalement, le projet n’a pas rencontré de grosses difficultés lors de sa mise en place. «Notre ferme est excentrée et les voisins savaient que, depuis toujours, nous essayons de limiter les nuisances, notamment lorsqu’il y avait l’élevage de porcs. Du coup, ils nous ont fait confiance. De même pour le banquier car, à l’époque, il y avait peu de méthaniseurs dans la région et c’était relativement nouveau.»

Des projets en vue ? Camille s’intéresse à la production de bio GNV (gaz naturel pour véhicule) qui semble être amenée à se développer. L’agriculture n’en a pas fini de prouver qu’elle est une solution à la transition énergétique et que les agriculteurs sont prêts à s’y investir.

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