L'Oise Agricole 20 septembre 2018 à 11h00 | Par Dorian Alinaghi

Vieillir mieux dans l’Oise, c’est possible !

En début d’année, l’établissement d’UniLaSalle à Beauvais a lancé un programme appelé Auton’al60. Il s’agit d’un projet innovant de prévention-santé autour de l’alimentation, de l’activité physique et mentale et du lien social destiné aux personnes de 60 ans et plus. Et les résultats sont très positifs.

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Les personnes qui ont besoin d’aide dans leur vie quotidienne en raison de leur dépendance et leurs proches bénéficient d’aides pour faire face aux dépenses : l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), les prestations proposées par la caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV), l’aide sociale à l’hébergement (ASH)…
Les personnes qui ont besoin d’aide dans leur vie quotidienne en raison de leur dépendance et leurs proches bénéficient d’aides pour faire face aux dépenses : l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), les prestations proposées par la caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV), l’aide sociale à l’hébergement (ASH)… - © Dorian Alinaghi

La perte d’autonomie varie selon les individus, elle n’est pas uniquement fonction de l’état de santé, mais aussi de l’environnement et de l’entourage sociale et psychologique. Les facteurs de risque sont multiples, incluant le manque d’accès à une alimentation équilibrée, d’activité physique ou de lien social. La prévention doit donc se fonder sur une approche multidimensionnelle mais est souvent peu étudiée par rapport à sa pertinence préventive.

D’un budget de 150 mille euros, le programme Auton’Al 60 vise à prévenir la perte d’autonomie liée à l’alimentation, à l’activité physique et au bien-être mental auprès de 100 bénéficiaires, âgés de 60 à 89 ans. 69 ateliers ont été réalisés en 5 mois (de février à juillet), sur 5 secteurs de l’Oise (Beauvais, Crèvecoeur, Milly-sur-Thérain, Bresles et Clermont) et portaient sur les sept thématiques suivantes : la perception sensorielle, l’équilibre alimentaire, l’activité sportive adaptée, visite pédagogique d’un marché et d’un super marché, pratique culinaire adaptée aux maladies chroniques liées à l’âge, l’APAt’à’pain, et la santé mentale. «On trouve cinq facteurs concernant la perte d’autonomie : l’isolement, l’alimentation, les chutes, l’activité physique, et la sur-médication. La prévention n’est pas une démarche naturelle en France. C’est un travail de longue haleine. Ce programme et les associations peuvent permettre de garantir une prévention et ainsi éviter les risques de perte d’autonomie aux personnes âgées.» affirme Sophie Levesque, vice-présidente chargée des personnes âgées et personnes handicapées

Au total, 91 séniors (27,8 % d’hommes et 71,9% de femmes) se sont inscrits au programme, avec un âge moyen de 69,1 %. Plus d’hommes, de plus de 75 ans, ont pu être recrutés que de femmes de la même tranche d’âge, avec 29,2% et 12,3% respectivement. 6,7 % déclarent avoir un degré d’autonomie avec des aides ponctuelles ou être en perte d’autonomie. 32,6 % de la population ont déclaré une absence de maladie chronique et 43,8 % ont une IMC (indice de masse corporelle) normale. La prévalence d’obésité est de 16,5%. Ces 91 bénéficiaires ont tous participé à au moins un atelier du programme. Ils ont été 72,6 % (soit 66 personnes) à être présents à au moins 6 ateliers, et 49,5 % à réaliser l’ensemble des 7 ateliers. «Un quart de la population française qui a plus de 60 ans. L’Oise est le département où le vieillissement est le plus prononcé dans les Hauts-de-France. D’après l’INSEE, Au 1er janvier 2050, en supposant que les tendances démographiques récentes se maintiennent, la France métropolitaine compterait 70,0 millions d’habitants, soit 9,3 millions de plus qu’en 2005. La population augmenterait sur toute la période, mais à un rythme de moins en moins rapide. En 2050, un habitant sur trois serait âgé de 60 ans ou plus, contre un sur cinq en 2005. La part des jeunes diminuerait, ainsi que celle des personnes d’âge actif. En 2050, 69 habitants seraient âgés de 60 ans ou plus pour 100 habitants de 20 à 59 ans, soit deux fois plus qu’en 2005. Ces résultats sont sensibles aux hypothèses retenues, mais aucun scénario ne remet en cause le vieillissement, qui est inéluctable. Donc il faut trouver un moyen pour diminuer la perte d’autonomie.» explique Cécile Buche-Foissy, ingénieur d’études alimentaire et santé et coordinatrice du programme Auton’Al 60

Plusieurs indicateurs clés ont été mesurés en début de programme, au milieu puis à la fin, afin d’évaluer l’impact des ateliers sur les habitudes des participants. Au niveau des habitudes alimentaires, le nombre de personnes suivant des régimes à teneur réduite en graisse, en sucre ou en sel ont augmenté au cours du programme (de 10% en début de programme à presque 20 % à la fin pour les graisses et le sel, et de 20 % à presque 30 % en fin de programme pour le sucre). 52,9 % des participants interrogés en fin de programme ont indiqué avoir diminué leur consommation de produits riches en matières grasse, 60,9% ont réduit leur consommation de sucre, et 52,9 % affirment consommer moins de sel.

Concernant l’activité physique des séniors, ils étaient 60 % à pratiquer du sport régulièrement en début de programme, et 80 % à la fin. Cette augmentation a été observée chez les personnes ayant participé à l’atelier « Activité sportive adaptée », mais pas pour les personnes interrogées n’ayant pas participé à l’atelier. Enfin 32,2 % des bénéficiaires ont démarré une nouvelle activité associative durant le programme Auton’al60 dans des associations sportives (5,5 %), culturelles (6,8%), loisirs (2,7%) ou sociales (8,2%).

Cependant, les variables mesurées pour la catégorie d’âge 66 – 69 ans sont de manière générale moins positives : leur état de santé est perçu comme moins bon. Ils pratiquent moins d’activité physique et ont un IMC ainsi qu’une prévalence de de personnes en surpoids (61,9 %) plus importante que pour les autres tranches d’âges. Cette population a été identifiée comme plus fragilisée. Le programme Auton’Al60 a eu des retombées positives de la part des bénéficiaires. Il a aussi permis de rassembler de nombreuses données sur la population ayant participée, qui ont permis de déterminer les participants comme étant de manière générale, plutôt actifs et en bonne santé. Cependant pour la pérennité et le développement futur d’un tel programme, qui pourrait être proposé à plus de bénéficiaires, quelques axes restent à améliorer. Les ateliers proposés semblent avoir couvert les principales thématiques de santé des séniors, à savoir l’alimentation, l’activité physique et la santé mentale. Les informations et activités proposés sont pertinentes quant aux problématiques rencontrées par la population (maladies chroniques…) et à leurs habitudes (fréquentation des grandes surfaces et marchés…). La forme des ateliers d’une dizaine de personnes a aussi été appréciée. Cependant, le nombre de participant est limité. Ce type de programme convient très bien à une population dynamique et aimant partager des expériences au sein d’un groupe. Des stratégies différentes sont à définir afin de toucher des personnes plus isolées, pouvant se sentir stigmatisées par les informations partagées. Au niveau de l’organisation, il doit y avoir obligatoirement une personne à plein temps sur la logistique, la communication avec les bénéficiaires et à l’aide à l’animation des ateliers. Des outils informatiques sont à mettre en place si un nombre plus important de bénéficiaires venait à participer.

Le programme Auton’al60 confirme l’hétérogénéité des personnes âgées par rapport à leur degré d’autonomie, mais aussi à leurs comportements de santé. Pour améliorer l’impact des actions de prévention réalisées, il est nécessaire d’adapter les activités proposées et leurs modalités de déroulement à la population visée. Le programme réalisé cette année a été particulièrement bien reçu des séniors plutôt dynamiques et déjà soucieux de leur santé. Il s’inscrit donc parfaitement dans un souci de prévention primaire contre la perte d’autonomie des séniors. «Les prérogatives d’Auton’Al 60 dépassent largement le territoire de l’Oise. Ce programme va j’espère faire comprendre à nos collègues à Lille qu’il existe un campus qui ne s’occupe pas qu’à former des ingénieurs. UniLaSalle travaille au plus près des patients.» souligne Luc Rollet, directeur territorial de l’Oise pour l’agence régional de santé des Hauts-de-France.

D’après Jules Renard, écrivain français, «la vieillesse, c’est quand on commence à dire : jamais je ne me suis jamais senti aussi jeune.». Alors restons jeune et profitons chaque instant que la vie nous procure.

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