L'Oise Agricole 16 octobre 2020 à 10h00 | Par Alix Penichou

Cristal Union : «des signaux positifs pour la filière»

La sucrerie Cristal Union samarienne a débuté sa campagne plus tard que prévu, jaunisse oblige. Malgré le contexte, «il y a des signaux encourageants pour les planteurs».

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Environ 10 % des betteraves sont réceptionnées à Sainte-Émilie, donc difficile de faire des prévisions de rendement. On devrait avoir une idée plus claire
le 18 octobre, puisque «à la Saint-Luc, betterave devient sucre».
Environ 10 % des betteraves sont réceptionnées à Sainte-Émilie, donc difficile de faire des prévisions de rendement. On devrait avoir une idée plus claire le 18 octobre, puisque «à la Saint-Luc, betterave devient sucre». - © A.P

Quinze jours plus tard que le calendrier initialement fixé, les camions pleins de betteraves déchargent à la sucrerie Cristal Union de Sainte-Émilie. Les approvisionnements ont débuté le 29 septembre et l’usine est entrée en fonctionnement le 2 octobre. «Avec la jaunisse, nous avons voulu laisser deux semaines supplémentaires aux betteraves pour favoriser le rendement», explique Jérôme Fourdinier, président de section. La campagne devrait se terminer début janvier.

C’est en fait toute la campagne qui est «inhabituelle».«Les betteraves ont d’abord souffert de la sécheresse du printemps, résume Vincent Caille, directeur betteravier. Cela s’est traduit pas une mauvaise levée pour 30 % de la surface. Puis elles ont été infestées de pucerons, très tôt en saison, bien avant l’arrivée des auxiliaires, alors qu’elles ne bénéficient pas de la protection des néonicotinoïdes.» Ces pucerons vecteurs de la jaunisse auraient attaqué les betteraves au stade cotylédon. Pour comparaison, l’insecticide Teppeki est conseillé au stade 6 feuilles. «C’était déjà trop tard». Résultat, aujourd’hui, une baisse de rendements un peu partout. «Même certaines parcelles vertes sont porteuses d’un des quatre virus de la jaunisse et les betteraves en pâtissent.» Ajoutez à cela la crise du Covid-19 et le confinement, qui a fait s’écrouler les cours de l’éthanol et qui a perturbé les cours mondiaux du sucre… «Notre force a été de nous adapter très rapidement et d’orienter notre production vers le gel hydroalcoolique», ajoute Jérôme Fourdinier.

Aujourd’hui encore, la météo ne semble pas du côté des betteraviers. «Il n’y a pas eu un jour sans une goutte d’eau depuis le 25 septembre. Nous atteignons une moyenne de 120 mm», relève Vincent Caille. Pour ne pas pénaliser les planteurs qui doivent arracher en conditions difficiles, Cristal Union a donc levé l’accord tare terre jusqu’au 16 octobre. Pour autant, les dirigeants veulent relativiser : «On sera sous la moyenne cinq ans en termes de résultats, mais il s’agira d’une campagne moyenne, et non catastrophique, comme le vivent d’autres régions de France.»

Prix «encourageant»

À Sainte-Émilie, on se veut même optimiste. «Nous avons des signaux positifs pour les prochaines années», assure Jérôme Fourdinier. La réintroduction temporaire des néonicotinoïdes pour une durée de trois ans donne un répit à la filière. La sucrerie samarienne a aussi «conforté sa surface», puisqu’environ cent quinze planteurs du secteur ont rejoint la coopérative après la fermeture de l’usine Saint Louis Sucre d’Eppeville. Ils sont aujourd’hui mille deux cents coopérateurs, pour 9 % de surface en plus par rapport à l’année dernière.

Pour la campagne 2020, le groupe a annoncé un prix de base de 24 E/t à 16°, ainsi qu’une prime de compétitivité de 2 E/t à 16° pour les betteraves produites dans le cadre du contrat et 1 E/t à 16° de prime conjoncturelle. «Pour résumer, les planteurs devraient toucher 25 E/t à 16°, précise Jérôme Fourdinier. C’est encourageant !» La conjoncture, elle, est du côté des betteraviers : des cours d’éthanol plutôt bons, ceux du sucre qui se tiennent et un marché de gel hydroalcoolique toujours en demande… De quoi maintenir l’attrait pour la betterave.

- © A.P.

Thierry Cousson, nouveau directeur

Depuis mai, Thierry Cousson est le nouveau directeur d’établissement de la sucrerie de Sainte-Émilie. Après une longue carrière chez Tereos, avec notamment des postes à responsabilité dans les sucreries du Nord-Pas-de-Calais, de l’Aisne et de l’Oise, «il ne me manquait plus que la Somme pour compléter mes missions en Hauts-de-France», sourit-il. Son dernier poste, après trois ans à la sucrerie de Bois-Rouge, sur l’île de la Réunion, était celui de directeur de la sucrerie de Bucy-Le-Long (02). «Thierry Cousson est un directeur sucrier d’une grande expérience. Qu’il nous rejoigne est une chance», commente Jérôme Fourdinier. Ce qu’il apprécie dans ce nouveau groupe ? «C’est une entreprise bienveillante vis-à-vis de ses salariés.» Thierry Cousson a aussi découvert la «vieille usine» de Sainte- Émilie, «mais dans laquelle on a su investir pour la rendre compétitive». Cette année, la nouvelle cuite de 500 hectolitres permet d’ailleurs d’augmenter la capacité de cristallisation du sucre. 115 salariés permanents et 87 saisonniers s’activent en ce moment dans l’usine. «À moyen terme, nous devrions transformer notre four à chaux pour qu’il fonctionne avec des brûleurs au gaz plutôt qu’au charbon. Nous pourrions aussi, à plus long terme, nous équiper d’un méthaniseur pour valoriser nos eaux de bassin, comme c’est le cas au site pilote de Fontaine-le-Dun (76).» La décarbonation est en cours.

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