L'Oise Agricole 28 février 2019 à 09h00 | Par Dorian Alinaghi

«Investir dans l’agriculture et stopper l’agribashing»

Le mardi 26 février, les Hauts-de-France ont inauguré leur stand lors de la 56e édition du Salon de l’agriculture. Produits locaux, diversifications, aides et problématiques sur le terrain, récapitulatif de la situation agricole de la région.

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Jean-Michel Serres, Christophe Buisset et Marie-Sophie Lesne, qui entourent ici Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, ont profité du Sia pour réaffirmer leur soutien aux professionnels du monde agricole. (© Dorian Alinaghi)  © Dorian Alinaghi  © Dorian Alinaghi  © Dorian Alinaghi  © Dorian Alinaghi

Impossible de louper le stand de la région Hauts-de-France au Salon de l’agriculture. Entre la vache Bleue du Nord Imminence, égérie de l’événement agricole, et l’espace imposant de 675 m2, la région compte bien défendre son statut de la plus grande région agricole de l’Hexagone. «Nous avons déjà investi 6 millions d’euros dans l’agriculture et nous comptons investir pour l’amélioration de cette activité au sein du paysage français et mondial», affirme Marie-Sophie Lesne, vice-présidente en charge de l’Agriculture et de l’agro-alimentaire.

A l’occasion du Salon de l’agriculture, la Région réaffirme son soutien aux professionnels du monde agricole. Ces derniers ont connu des difficultés conjoncturelles dues en partie aux aléas climatiques (sécheresse, grêle, inondations). Pour y faire face, les Hauts-de-France ont mis en place plusieurs aides protégeant les agriculteurs, comme l’aide d’urgence votée en faveur des sinistrés de la sécheresse en 2018. Concrètement, les agriculteurs concernés pourront obtenir une subvention allant de 500 à 3 000 E. L’aide permettra de prendre en charge jusqu’à 25 % des dépenses engagées pour des achats de reconstitution du stockage et aliments d’animaux. Au-delà, la Région a élaboré une stratégie agricole ambitieuse pour accompagner les agriculteurs dans le défi de la compétitivité, mais aussi celui de la transition agroécologique.

Les signes officiels de qualité et d’origine

Les Siqo, mais kézako ? Ces signes constituent une garantie officielle pour les consommateurs en termes d’aliments de qualité, typiques ou élaborés dans le respect de l’environnement et du bien-être animal. Dans la région, quarante-six produits sont sous signes officiels de qualité et d’origine. On y trouve le Label rouge, l’Appellation d’origine protégée (AOP), l’Indication géographique protégée (IGP), la Spécialité traditionnelle d’origine (STG) et l’agriculture biologique. Le stand est rempli de nombreux produits portant ces signes, comme l’ail fumé d’Arleux ou les moules de bouchot.

De plus, la Région souhaite dynamiser le développement et l’émergence des filières sous système de qualité en Hauts-de-France et met donc en place un plan d’actions. «L’objectif de ce plan d’actions régional est de permettre à un maximum d’exploitations de s’engager dans une démarche garante de valeur ajoutée pour leur exploitation. Il repose sur deux leviers. Pour le premier, il s’agit de favoriser et de soutenir le développement des systèmes de qualité et le deuxième concerne l’amélioration de l’information pour les consommateurs», souligne Marie-Sophie Lesne. Décliné en six actions, le premier levier permettra de repérer les filières en émergence et de suivre leur développement. L’accompagnement des agriculteurs et des filières sous système de qualité sera renforcé et le collectif au sein des filières et entre les filières sera favorisé. La Région étendra sur l’ensemble de son territoire le dispositif d’aide directe Soutien aux nouvelles participations à un régime de qualité et aidera les groupements de producteurs et les organismes de gestion (ODG) dans leur projet de structuration d’une filière sous un système de qualité.

L’amélioration de l’information sur les systèmes de qualité, qui constitue le second levier de ce plan d’actions, passera par l’extension sur tout le territoire régional du dispositif d’aide directe qui vise à soutenir les groupements de producteurs.

Ce plan d’actions bénéficiera aux près de mille huit cents exploitants placées sous les Siqo et aux plus de mille exploitations engagées en agriculture biologique. «Tous les autres agriculteurs souhaitant dégager de la valeur ajoutée et/ou cherchant à se diversifier peuvent profiter de cette aide», affirme Christophe Buisset, président de la Chambre régionale d’agriculture des Hauts-de-France.

Une agriculture jeune, locale et innovante

«Trois cents jeunes se sont installés cette année et nous souhaitons que ce nombre augmente davantage. Pour cela, on a voté tout un plan où 85 millions d’euros iront dans les établissements agricoles afin d’assurer un enseignement dans de bonnes conditions», annonce Xavier Bertrand, président du Conseil régional. Dans ce cadre, la Région met en place un programme régional pour la création et la transmission en agriculture, qui prévoit tout d’abord la création d’un guichet unique pour faciliter l’accès aux métiers de l’agriculture. De plus, un accompagnement adapté et coordonné aux moments décisifs du début et de fin de carrière professionnelle agricole est proposé. Il comprend un suivi de post-installation dont l’objectif est de pérenniser aux mieux les nouvelles activités.

Outre l’aide pour les jeunes agriculteurs, la Région investit toujours autant dans l’agriculture avec le plan Acti’Ta diversification. Le plan repose sur trois volets. Premièrement, il permet d’aider financièrement les investissements des projets de diversification mis en oeuvre par les exploitations. Deuxièmement, la Région finance les programmes annuels d’activités d’organismes d’accompagnement des agriculteurs diversifiés ou en projet de diversification. Troisièmement, la Région s’est dotée d’un outil de mesure de réussite de diversification. Ce dernier permet de repérer et de comprendre les success stories de diversification pour faciliter l’élaboration des nouveaux projets.

A côté de ce plan, la Région a décidé de développer l’approvisionnement local dans la restauration collective du territoire. Afin de booster la charte «Ici je mange local» votée fin 2018, la Région a imaginé un dispositif de soutien concernant les producteurs, les grossistes, les transformateurs… qui ont des projets d’aménagement de leurs locaux, d’outils de transformations, de logistique de transport frigorifique ou pour engager des études d’opportunité, pour un montant allant jusqu’à 50 000 E (il se présente sous la forme d’un financement allant jusqu’à 40 % pour les projets collectifs d’agriculteurs et créateurs d’entreprises, de 10 % à 40 % pour les entreprises, et 30 % pour les autres porteurs de projets dont 40 % en agriculture biologique).

Une agriculture incomprise

Durant une semaine, la France découvre et redécouvre les facettes de l’agriculture, mais cette euphorie risque de retomber dans l’habituel agribashing. Pour lutter contre cette tendance malheureusement bien installée, l’ensemble des élusdont Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, ont annoncé unanimement, Stop à l’Agribashing. Les élus invitent les personnes à mieux comprendre le métier d’agriculteur : «il ne s’agit pas de robots, mais d’hommes et de femmes qui se donnent corps et âme à leur métier», précise Xavier Bertrand. «L’agriculture française est considérée comme la plus saine et la plus exemplaire du monde.»

A côté de cet agribashing, les mauvaises nouvelles s’accumulent pour l’agriculture régionale. De nombreuses usines ferment, détruisant l’économie locale. On peut citer les deux sucreries de Saint Louis Sucre, Eppeville (Somme) et Cagny (Calvados). «Outre les mobilisations que l’on va effectuer, dont le vendredi 1er mars devant l’usine d’Eppeville, nous avons trouvé une solution pour sauver la filière betterave avec le bio-éthanol», assure Christophe Buisset.

«Le Brexit a des conséquences dramatiques en termes d’aides et de commerce. Le Royaume-Uni est un grand contributeur de la Pac. Cela va se transformer en véritable guerre, car de nombreux secteurs d’activité vont être touchés, notamment la pêche. Le “C” de Pac ne signifie pas chacun pour soi, mais commun ! On doit tous avoir les mêmes règles et que l’on respecte comme il se doit l’agriculture française !», dénonce Xavier Bertrand.

En conclusion, il insiste sur le fait de ne pas «écouter les petites associations ou autres petits groupes. Les agriculteurs connaissent mieux la terre que quiconque. Au contraire, nous devons les aider au lieu de les critiquer. Nous avons enfin un bon ministre et non un technocrate, il faut donc lui donner les moyens pour réussir à défendre la cause des agriculteurs ! On ne doit pas douter de ce qu’il y a dans notre assiette, car quand ça vient de France, on peut avoir confiance!»

Quelques chiffres des Hauts-de-France

• 26 093 exploitations

• 2,135 d’ha de surface agricole utile (SAU)

• 67 % du territoire régional valorisé par l’agriculture

• 24 % des exploitations ont une surface comprise entre 100 et 200 ha (elles occupent 40 % de la SAU régional)

• Près de 51 000 actifs agricoles permanents dont 32 280 chefs d’exploitations et co-exploitants

• 3e région par sa valeur ajoutée agricole (3,3 milliards d’E)

• 1ère région pour la valeur ajoutée par exploitation (121 000 E en moyenne)

• 1ère région pour la production de pommes de terre, d’endives, betteraves industrielles, petits pois, carottes, oignons, blé tendre, protéagineux…

• Près de 50 % des exploitations comprennent un atelier d’élevage

• 14 % de la surface agricole en prairie

• Le lait Hauts-de-France représente 10 % de la production nationale (soit 2,5 milliards de tonnes de lait)

• 5e région française de la viande porcine

• 8e région française de la viande bovine

• 2,17 millions hl de champagne, soit 33 865 ha de vignoble (ce qui représente 10 % de la production nationale)

• 1ère région agroalimentaire en valeur ajoutée

• 1 871 entreprises agroalimentaires

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