L'Oise Agricole 16 mars 2020 à 10h00 | Par Agence de presse

La fin de la castration à vif, un chantier complexe

Par un arrêté paru au JO le 27 février, le gouvernement a officialisé l’interdiction de la castration à vif des porcs d’ici la fin 2021. Reste à lever certains verrous techniques et économiques.

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La fin de la castration à vif des porcelets pose pas mal de questions sur le plan technique et économique.
La fin de la castration à vif des porcelets pose pas mal de questions sur le plan technique et économique. - © Inra / Christophe Maître

La date butoir est désormais officiellement fixée : le 31 décembre 2021, la castration à vif des porcs sera interdite, d’après un arrêté du ministère de l’Agriculture paru le 27 février au Journal officiel. Ce texte fixe les grandes lignes de la transition à venir, annoncée par le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, le 28 janvier. Tout en laissant de nombreuses questions en suspens. D’après l’arrêté ministériel, la castration devra se faire «avec anesthésie et analgésie» et «par d‘autres moyens que le déchirement des tissus». Pour extraire les testicules des porcelets, seule l’utilisation d’un scalpel sera donc autorisée (excluant la méthode par torsion aussi parfois pratiquée). L’anesthésie vise à réduire la douleur pendant la castration, tandis que l’analgésie s’attaque à la douleur post-opératoire.

Anesthésie locale ou générale ?

Qui pourra réaliser ces opérations ? Le nouvel arrêté répond clairement à cette question : seuls les vétérinaires «peuvent pratiquer des opérations de castration». Mais les éleveurs et leurs salariés sont aussi autorisés à la pratiquer «par dérogation» pour les animaux «âgés de sept jours ou moins». D’après un autre arrêté également paru le 27 février au JO, les éleveurs peuvent aussi réaliser «l’application de tout traitement analgésique ou anesthésique local visant à atténuer ou supprimer la douleur». Cette possibilité était réclamée par les représentants professionnels, qui ne souhaitaient pas devoir recourir aux vétérinaires pour effectuer l’anesthésie avant castration. Là où le cadre réglementaire est plus ouvert, c’est sur la question du «comment». Par exemple, l’arrêté ne précise pas si l’anesthésie des porcelets devra être locale ou générale. Une différence de taille, car une anesthésie générale nécessite des investissements plus lourds. Cette technique est utilisée notamment en Suisse et le sera en Allemagne en 2021, d’après l’Institut technique du porc (Ifip).

Flou sur le mode opératoire

D’après Valérie Courboulay, en charge du bien-être animal à l’Ifip, la France s’orienterait plutôt vers «l’anesthésie locale par injection intra-testiculaire, plus facile à

réaliser». Une méthode déjà pratiquée et documentée dans les pays nordiques (Suède, Norvège et Danemark)... Ce qui ne veut pas dire qu’elle pourra être calquée telle quelle dans l’Hexagone. «Il y a eu beaucoup d’études dans ces pays, qui utilisent la lidocaïne. Mais, en France, le produit a disposition des éleveurs est à base de procaïne, explique l’ingénieure de l’Ifip. Il y a eu assez peu d’essais, mais il semblerait que la procaïne soit un peu moins efficace.» Autre inconnue : le mode opératoire précis et, notamment, le «délai à respecter entre l’injection et la castration», ajoute Valérie Courboulay. Et de préciser que «l’Ifip n’a pas été sollicité pour préciser la méthode».

«Aujourd’hui, il ne faut rien s’interdire», estime au contraire François Valy, président de la Fédération nationale porcine (FNP). Au-delà de la méthode, cet éleveur morbihannais insiste sur la rémunération des producteurs et la répercution des surcoûts : «On ne veut pas qu’il y ait de différence de rémunération entre éleveurs de mâles entiers et de mâles castrés.» Sur ce point, les entreprises rencontrées par son syndicat au Salon de l’agriculture 2020 ont fait preuve de «plus d’écoute qu’en 2019», rapporte-t-il. «Certaines entreprises de l’aval qui nous opposaient une fin de non-recevoir il y a un an nous écoutent aujourd’hui.»

Un surcoût de 48 centimes par porcelet

La prise en charge de la douleur occasionnera un surcoût non négligeable. «Il y a quelques années, nous avions chiffré le surcoût à 17 centimes par porcelet pour l’analgésie et 31 centimes par porcelet pour l’anesthésie», rappelle Valérie Courboulay. Des sommes qui comprennent le produit utilisé et la main-d’oeuvre. «Le temps de travail est doublé, poursuit-elle, car il faut prendre les porcelets deux fois.» En toute logique, les éleveurs et l’amont de la filière devraient tenter de faire payer ce surcoût à l’aval. Mais le contexte n’est guère favorable : les industriels – de la charcuterie notamment – sont aujourd’hui pénalisés par la flambée des prix de la viande de porc, qu’ils n’ont pu répercuter qu’en partie aux distributeurs.

La filière porcine pourra-t-elle finalement tenir l’objectif d’arrêter la castration à vif d’ici fin 2021 ? «Deux ans, c’est loin... mais en même temps, ça passe vite», résume François Valy. Pour l’Ifip, un point crucial sera la formation des éleveurs. «C’est très long de former tous les éleveurs français», soupire Valérie Courboulay. Elle rappelle que les producteurs sont déjà en train de l’être sur la biosécurité et devraient l’être, à terme, sur le bien-être animal (en lien avec la création du rôle de référent bien-être animal en élevage). Et, comme s’inquiète l’experte de l’Ifip, «aujourd’hui, on ne sait pas clairement

Bien-être animal : les Vingt-sept soutiennent un renforcement de la législation européenne

Dans le cadre de la stratégie «de la fourche à la fourchette» – désormais entrée en phase de consultation interservices au sein des différentes directions de la Commission européenne –, Bruxelles prévoit d’évaluer la législation communautaire en vigueur en matière de bien-être animal, en vue de la réviser. Une volonté que semblent globalement soutenir les États membres, comme le montre le rapport final sur cette question publié le 20 février sur la base d’un questionnaire préparé en 2019 par la présidence finlandaise du conseil. Une grande majorité des vingt-cinq États membres ayant répondu à ce questionnaire (88 %) estiment que la législation communautaire actuelle en matière de bien-être animal n’est pas assez complète et 84 % pensent qu’il est nécessaire d’adopter une législation supplémentaire là où aucune législation détaillée n’existe actuellement. La directive sur le transport et, dans une moindre mesure, celle sur le bien-être des porcs devraient être renforcées, demandent la plupart des États membres. 63 % soutiennent l’idée d’une législation européenne unique en matière de bien-être animal, parallèlement à la loi sur la santé animale et couvrant toutes les espèces dans le contexte d’une activité économique.

Pour les États membres, certains obstacles rendent difficile le respect de la législation en particulier : une réglementation peu claire, le manque de connaissances des exploitants et des agriculteurs, l’absence de résultats de contrôle et les contraintes financières. La plupart des États membres sont favorables à des mesures de bien-être animal dans le cadre de la Pac. Selon eux, ces mesures devraient être mises en oeuvre sous la forme d’aides à l’investissement, mais aussi de paiements en faveur du bien-être animal et de services de conseil aux exploitations.

Comme ils l’ont également exprimé lors du Conseil agricole du 27 janvier, les États membres se disent en faveur d’un système d’étiquetage en matière de bien-être animal, mais ils restent divisés sur le caractère obligatoire ou volontaire de ce dispositif pour les États membres. La prochaine réunion de la plateforme de l’UE sur le bien-être des animaux, qui doit se tenir au mois de juin, devrait permettre de prolonger les débats sur ce dossier.

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