L'Oise Agricole 04 juillet 2019 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Le secteur betteravier à la recherche d’un nouvel équilibre

Alors que Saint Louis Sucre vient de présenter son contrat 2020 lors de réunions locales et que l’assemblée générale de Tereos a eu lieu la semaine dernière, Hans Dekkers, président de la CGB Oise et livreur de betteraves à Saint-Louis Sucre Étrépagny, répond à nos questions.

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Hans Dekkers, président de la CGB 60.
Hans Dekkers, président de la CGB 60. - © Dominique Lapeyre-Cavé

Les planteurs Saint Louis Sucre viennent de recevoir sur leur compte bancaire un troisième versement au 1er juillet sur la récolte 2018. À quoi correspond-il ?

Hans Dekkers : Après l’acompte de décembre à hauteur de 12,50 €/t de betteraves et un versement au 31 mars de seulement 1 €/tonne de betteraves entières à 16, ce versement est une réponse de l’industriel au profond mécontentement que les élus et les planteurs ont manifesté en de nombreuses occasions.

En effet, les réunions de la CRV (commission de répartition de la valeur) fonctionnaient très mal. Les représentants de SLS arrivaient avec leurs positions qui étaient difficilement amendables. «Cela vient des Allemands» nous disait-on. Du coup, nous avons décidé de ne plus siéger et avons envoyé une lettre recommandée avec accusé de réception demandant un supplément de 5 €/t. C’est ce supplément que les planteurs viennent de recevoir. Il n’est en fait que de 4,5€/tonne de betteraves entières. En effet, SLS intègre indûment dans son supplément de prix la valeur moyenne de l’avantage lié au paiement des betteraves selon la courbe de richesse liée au poids valeur.

Cela figure dans le contrat initial. Qu’y a-t-il d’extraordinaire à ce qu’une tonne de sucre contenue dans des betteraves à 19 soit mieux rémunérée qu’une tonne de sucre contenue dans des betteraves à 16 ? Ce bonus n’est qu’un juste retour d’une partie des économies réalisées par le sucrier, lorsqu’il travaille des betteraves plus riches.

Pourquoi avoir accordé ce supplément ?

H.D. Les dirigeants de Saint Louis Sucre se sont retrouvés face à leurs responsabilités. Avec un risque important de perte de surfaces, en lien avec la démotivation de nombreux planteurs, il devenait difficile pour eux de se projeter dans les années futures. L’avenir de la betterave passe par l’adhésion au projet d’un maximum de planteurs afin d’atteindre une surface minimale.

Pour garder ses surfaces, Saint Louis Sucre, malgré la situation catastrophique du marché du sucre et les cours au plus bas, a payé ce supplément. C’est bien, mais il ne faut voir en cela qu’un retour à la normalité. Ce prix de 20 €/t betteraves entières, soit 21,5 €/t forfait collet déduit, nous laisse loin des prix d’achat pratiqués par les deux industriels prives français mono-usine, à savoir Lesaffre et Ouvré.

SLS a présenté son nouveau contrat pour 2020. Que peut-on en dire à ce stade ?

H.D. La première chose est que ce contrat officialise le supplément de prix que nous venons de recevoir, d’autant plus élevé que les cours du sucre sont mauvais. Il est incontestable que le prix de la betterave sucrière doit être corrélé à celui du sucre, sauf que nous sommes arrivés à des extrêmes cette année. C’est pourquoi la grille présentée par SLS propose un amortissement en cas de prix bas.

Loin de moi l’idée de remettre en cause l’intérêt d’un amortisseur très efficient du prix de la betterave lorsque le prix du sucre s’inscrit fortement à la baisse. Mais il convient aussi d’expertiser la globalité de la courbe de prix proposée. Lorsque l’on vous propose environ 23 €/t de betteraves entières pulpes comprises, lorsque le prix du sucre est à 400 €/t, il est bon de rappeler que la même tonne de betterave vous était payée 25,23 €/t lorsque le sucre était à 400 €/t, avant la fin des quotas.

Il convient donc de déterminer le cours du sucre en deçà duquel SLS nous assure une véritable garantie de prix, afin de bien évaluer comment nous finançons cette garantie, par un prix de vente légèrement sous-évalué, lorsque les cours dépassent cette valeur seuil. En fait, SLS nous propose un outil de stabilisation du revenu. Évaluer sa pertinence et son juste équilibre est un travail complexe, à conduire avec des spécialistes de l’actuariat.

Quelle en sera l’application concrète ?

H.D. Ce contrat offre une évolution car il rassure. Mais l’étape suivante, dans notre relation avec l’industriel, sera la création d’une organisation de producteurs (OP) qui nous permettra d’avoir une négociation plus équilibrée, ce que nous n’avions pas avec la CRV. Le législateur, en créant l’OP, a voulu donner la possibilité au producteur d’obtenir une répartition de la valeur équitable tout au long de la filière.

Quand un groupe sucrier annonce des pertes, cela signifie que cela va mal aussi pour les planteurs. Du coup, on apprécie à sa juste valeur le geste de SLS sans oublier qu’il a fallu le mettre fermement devant ses responsabilités pour aboutir à un résultat.

Avec l’OP, les choses seront plus cadrées dans nos rapports avec l’industriel. Nous aurons un engagement réciproque : nous garantirons des tonnages et le sucrier garantira des prix. Mais l’OP est également un outil pour faire valoir le plan de filière et améliorer la compétitivité des planteurs, notamment par l’accès aux fonds structurels européens. Grâce au travail de la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves), l’OP est juridiquement prête et nous allons la faire découvrir aux planteurs afin qu’ils y adhèrent avec enthousiasme. De même, nous rassurerons l’industriel en lui faisant comprendre que l’intérêt de l’OP est avant tout de trouver un équilibre durable au sein de la filière betterave sucre.

Autre sujet betteravier brûlant, Tereos et ses élections. Que pouvez-vous en dire ?

H.D. D’abord, le résultat de ces élections est surprenant ; on peut l’interpréter comme la volonté des planteurs concernés d’aller dans une voie qui recherche un équilibre entre deux visions totalement différentes de la politique à mener. Ce ne sont plus les extrêmes qui font l’unanimité, mais une position médiane.

Sur les 14 nouveaux élus, il y a une répartition entre les deux sensibilités et il me semble illusoire de vouloir continuer à conduire une politique monolithique, où les tenants d’une pensée ignoreraient complètement les autres. C’est donc sur une troisième voie que la gouvernance de Tereos doit s’engager.

Le débat doit avoir lieu car il y a une vraie diversité de points de vue au sein du conseil récemment élu. Il faut le voir comme une véritable richesse qui permettra de défendre les intérêts des coopérateurs et de la coopérative. C’est en écoutant tous les planteurs présents au conseil de surveillance que les bonnes décisions seront prises.

Finalement, qu’il s’agisse de Saint Louis Sucre ou de Tereos, on assiste à la recherche d’un nouvel équilibre après la tourmente des deux premières années sans quota.

Accords du Mercosur : trop, c’est trop !

La filière betterave-sucre connaît une crise majeure et l’annonce d’un accord entre la Commission européenne et les pays du Mercosur avec, à la clé, des contingents d’importations de sucre (190.000 t) et d’éthanol (700.000 t) est inadmissible.

Des fermetures d’usines sont annoncées en Europe et en France, les prix du sucre sont au plus bas, le Brexit est une menace sérieuse et des contraintes supplémentaires nous sont imposées régulièrement. Où cela va-t-il s’arrêter ?

La production betteravière réalise depuis longtemps des efforts pour être plus compétitive et plus respectueuse de l’environnement. Tous les jours, on nous parle également des attentes des consommateurs vis-à-vis des modes de productions agricoles.

Mais sont-elles prises en compte dans ces accords ? La réponse est claire, c’est NON en aucune façon. Alors aujourd’hui, les responsables politiques européens et français doivent être cohérents et refuser de ratifier un tel accord dangereux pour notre modèle agricole et qui fragilisera encore plus notre filière betterave-sucre.

(Guillaume Gandon, président Syndicat betteravier Aisne ; Hans Dekkers, président CGB Oise ; Christophe Mullie, président CGB Nord-Pas de Calais ; Dominique Fiévez, président CGB Somme)

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