L'Oise Agricole 04 mars 2020 à 10h00 | Par Françoise Thomas

Les animaux aussi ont la notion de coopération

Éleveuse de salers dans le Cantal, Pauline Garcia s’est progressivement formée à l’éthologie. Cette méthode d’éducation permettant d’améliorer la docilité et la coopération des animaux s’applique aussi bien aux animaux domestiques qu’aux animaux de rente, dont les bovins et les caprins. Parmi les techniques que la jeune femme propose, il y a le « clicker-training ». Une formation se déroule à la fin du mois pour convaincre de la plus-value de cette méthodologie.

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Si la clientèle de Pauline Garcia est beaucoup composée de femmes, des hommes viennent également découvrir ses méthodes douces.
Si la clientèle de Pauline Garcia est beaucoup composée de femmes, des hommes viennent également découvrir ses méthodes douces. - © Françoise Thomas

On n’en est pas encore à laisser jouer les vaches sur des tablettes pour les calmer… Quoique ! En Russie, une étude est menée sur l’utilisation de casques de réalité virtuelle, adaptés aux vaches, pour stimuler la production de lait. Les bovins se voient affublés de cet équipement qui leur diffuse des images de vertes prairies. Si l’on n’en est qu’au début de l’expérimentation, les premiers éléments semblent montrer que cela calme les animaux, mais il est encore trop tôt pour connaître l’incidence sur la quantité de lait produite…

Sanction positive

D’autres méthodes existent pour rendre les animaux plus sereins et pourquoi pas plus productifs, parmi lesquelles notamment tout ce qui concerne l’éthologie. C’est-à-dire le fait d’interagir avec les animaux avec leurs codes à eux. Rien de virtuel ici, bien au contraire : on est dans le toucher et la parole, l’observation et l’écoute des moindres signes traduisant un trouble, une peur, une anxiété, une douleur… Tout ceci dans le but de créer une relation privilégiée avec ses animaux, pour plus d’anticipation des problèmes et un travail plus en sécurité. «En effet, explique la formatrice Pauline Garcia, demander à un animal de se soumettre par la force, c’est tout de suite plus risqué. L’idée est vraiment de récompenser les bons comportements». Et pour cela, l’homme, le premier, doit changer de point de vue sur sa relation à l’animal. «C’est adopter une autre philosophie et ne jamais oublier que les vaches notamment gardent en mémoire les expériences stressantes, comme les bonnes expériences d’ailleurs». Ainsi, comme exemple, la formatrice cite les séances toutes simples d’application d’antiparasite : «il n’y a là rien de douloureux. En revanche, c’est stressant. Si l’on ne fait rien, la vache n’associe cette application qu’à du stress, et par conséquent, l’homme qui dispense des soins est lui aussi synonyme de stress. Si à l’issue de l’application, vous donnez un peu d’aliment ou vous grattez l’animal, le stress de celui-ci va diminuer et il va finir sur une note positive». La fois suivante, garantit Pauline Garcia, il se montrera plus coopérant «et s’il est récompensé à chaque fois pour son bon comportement, il sera de plus en plus coopérant». C’est le principe du « clicker-training ».

La carotte ou le bâton

Si la clientèle de Pauline Garcia est beaucoup composée de femmes «qui ont plus conscience qu’il y a d’autres voies que le rapport de force», des hommes viennent également et parmi lesquels des éleveurs tout à fait «classiques», qui appliquent les méthodes un peu plus basées sur le bâton et la voix. «Ils viennent par curiosité et sont les plus surpris de ce que l’on peut obtenir des vaches. Ce sont ensuite les élèves les plus assidus», constate-t-elle. Et il arrive à la jeune femme de recourir à une méthode particulière, celle de filmer les séances : «les stagiaires se rendent alors vraiment compte de leur gestuelle, de leur attitude générale, de l’expression de leur visage, prouvant bien leur état d’esprit». Pauline Garcia a alors pour mission de leur démontrer que «les animaux sont à l’image de leur éleveur…» Elle les invite et incite ainsi à «être plus en conscience de leurs gestes et à ne plus crier». «Rien qu’en faisant ça, on constate que cela améliore l’ambiance à la ferme.»

Des animaux respectueux

Ces méthodes peuvent s’appliquer pour avoir des animaux plus calmes, plus sereins, mais aussi dans le but de former une bête pour les concours par exemple. «Cela ne demande finalement pas beaucoup de temps, mais ce sont plus des automatismes à mettre en place», insiste-t-elle. Attention cependant, «un animal docile ne doit pas devenir irrespectueux». Ainsi hors de question de devenir «un support de grattage» ou de recevoir un coup de tête en vue d’obtenir une récompense alimentaire. Ce sont toujours et uniquement les bons comportements qui sont récompensés.

D’autres méthodes «douces»

En parallèle, la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire propose elle aussi tout un ensemble de formation liée tout autant aux méthodes douces de contention animale (méthode Souvignet) qu’aux médecines alternatives (homéopathie, aromathérapie, phytothérapie, etc.). Si ces formations sont désormais proposées depuis une dizaine d’années, elles rencontrent progressivement de plus en plus de succès. À cela plusieurs raisons, comme le spécifie Gaël Pellenz de la chambre d’agriculture : «pour une recherche d’autonomie tout d’abord. C’est-à-dire avoir la capacité d’agir soi même avant de faire appel systématiquement au vétérinaire». Ce qui fait que c’est aussi un choix économique : «faire les premiers soins permet de baisser les frais vétérinaires» et ceci, grâce à une meilleure observation du troupeau.

Stagiaires éclectiques

Au-delà de cet aspect prévention, il y a également le fait que cette approche «réponde à une tendance plus large de la société, au-delà même du domaine de l’élevage, comme le précise encore le conseiller de la chambre. Désormais, nous privilégions globalement tous plus l’homéopathie que les antibiotiques, et ceci se retrouve aussi dans l’élevage». Quant aux profils, eux aussi évoluent au fil du temps. «Nous ne recevons plus uniquement que des agriculteurs en bio par exemple, mais désormais aussi des profils plus variés». Ainsi, si certains éleveurs, les plus aguerris aux méthodes alternatives, auront tendance à tout tester et se former à de nombreuses pratiques (fleur de Bach, acupuncture, reiki, etc.), le profil des stagiaires devient de plus en plus éclectique. «L’homéopathie est souvent la porte d’entrée pour des agricultures plus «traditionnels» qui sont de plus en plus nombreux à vouloir enchaîner ensuite sur la phytothérapie et l’aromathérapie».

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