L'Oise Agricole 19 septembre 2019 à 09h00 | Par Dorian Alinaghi, Dominique Lapeyre-Cavé

Les projets bio poussent en Hauts-de-France !

Terr’eau bio, le rendez- vous techniques et filières bio en Hauts-de-France, s’est installé à la Neuville-sur-Oudeuil (Oise) le 12 septembre dernier, chez la famille Ortégat. Les 750 visiteurs ont pu se renseigner sur la production bio, le matériel et toutes les diversifications possibles.

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(De gauche à droite) Hélène Beaudoin, Martine Borgoo, Nadou Masson, Jean-Luc Ortegat, Luc Maurer, Jean-Michel Serres et Denis Pype.
(De gauche à droite) Hélène Beaudoin, Martine Borgoo, Nadou Masson, Jean-Luc Ortegat, Luc Maurer, Jean-Michel Serres et Denis Pype. - © Dorian Alinaghi

En présence de Martine Borgoo, chargée de l’agriculture au Conseil départemental de l’Oise, Luc Maurer, Draaf des Hauts-de-France, Hélène Beaudoin, de la Chambre de l’agriculture de l’Oise, Jean-Michel Serres, conseiller régional chargé de l’agriculture et l’agroalimentaire, et Denis Pype, conseiller régional délégué à la production et de la transformation des bio-ressources, ont inauguré cette manifestation bio incontournable. «Ce temps fort de l’agriculture biologique en Hauts-de-France est l’occasion pour tous les professionnels et étudiants du secteur de venir découvrir ou approfondir leurs connaissances et leur réseau. La famille Ortégat pratique le maraîchage, les grandes cultures diversifiées, l’échange et le partenariat avec plusieurs fermes bio, valorise l’équilibre nécessaire entre le sol, la plante et l’animal et nous montre aussi comment le collectif est une vraie force», explique Nadou Masson, présidente de Bio en Hauts-de-France.

PPAM et houblon bio

La première conférence de la journée portait sur la diversification des productions pour s’installer en bio. Sylvie Nève s’est lancée dans la production de plantes médicinales (PPAM : plantes à parfum, aromatiques et médicinales) : «J’ai commencé par récupérer des graines dans la nature. Je les ai semées dans des petites caissettes. À force, j’ai commencé à cataloguer les espèces présentes sur le territoire. En deux ans, j’ai multiplié mes parcelles. En 2011, je suis arrivé à 1 hectare de plantes. De la récolte de la graine à l’emballage de la plante séchée, je m’occupe de tout.» Aujourd’hui, elle cultive plus de 120 espèces. Une partie de la production est préparée sitôt cueillie, soit en frais, soit en macération. Avant de démarrer, Sylvie Nève avait une connaissance empirique des plantes médicinales : aubépines, charmilles, frênes, hêtres, sorbiers, prunelliers, mais aussi bourraches, lavande, prêles, houblon et origan : «Je compte m’agrandir, mais je vais vite trouver mes limites. Le plus gros problème, c’est la main-d’oeuvre.» Elle vend avec succès ses produits sur internet partout dans l’Hexagone.

Riquier Thévenin, originaire de Méteren (Nord) est, à ce jour, un des seuls houblonniers à se lancer dans le bio. La culture biologique du houblon requiert effectivement exigence et patience : c’est une plante fragile, qui craint les champignons et l’humidité et atteint son plein rendement au bout de trois ans seulement, si tout se passe bien. Sans compter la difficulté de trouver un terrain permettant l’installation en bio. C’est dans ce contexte que le projet d’houblonnière a vu le jour. Sur une parcelle d’1 hectare, Riquier Thévenin cultive le houblon pour la brasserie les 3 Monts, qui l’utilise pour l’élaboration d’une partie de ses bières. Il tient à souligner que son projet n’aurait pu se concrétiser sans l’aide du Conseil départemental du Nord-Pas-de-Calais, mais également sans celui d’anciens houblonniers et agriculteurs bio du secteur.

Complémentarité élevage et cultures

Une autre des conférences proposées portait sur la réintroduction d’un élevage sur une ferme en productions végétales, pour des raisons de fertilisation essentiellement. Des témoignages d’éleveurs venaient illustrer la démarche. Le premier à intervenir fut Guy Vanlerberghe, de Rosières, dans le Sud de l’Oise. Son exploitation de 200 ha environ se partage également entre des vergers hautes tiges et des céréales. C’est en 2015 qu’il a introduit un troupeau de 350 moutons Shropshire. Ces derniers entretiennent les vergers sans attaquer l’écorce des arbres (spécificité de la race), mais broutent aussi les couverts ou même les cultures. Dans le blé, les brebis assurent un déprimage des plantules, ce qui entraîne un meilleur tallage. De même, dans les parcelles de maïs, elles mangent la belladonne sans attaquer la culture. La contention, le déplacement du troupeau et la surveillance, notamment pendant l’agnelage, requièrent un demi-poste de travail.

C’est ensuite Étienne Tavernier, maraîcher dans le Nord sur 2 ha, qui a livré son expérience : l’installation d’un atelier d’une quarantaine de poules pondeuses, au départ des poules d’Estaires, une race locale qui s’est montrée trop contraignante. Il achète des poulettes bio prêtes à pondre de race Isa Brown, des aliments dont la formulation donne de meilleurs résultats que des aliments auto-produits. Les poules, au nombre de cent quarante maintenant, sont gardées deux ans et les oeufs vendus directement sur les marchés au prix de 45 centimes pièce pour les plus gros. Le parcours des poules et le poulailler sont gérés par l’exploitant : des grillages, un tunnel, des perchoirs, des pondoirs. Les poules désherbent le terrain et le fertilisent, elles consomment les légumes invendables de la ferme et participent au cercle vertueux : sol-plante-animal. Soixante-dix poules sont installées sur 340 m2 ; correspondant à huit planches de maraîchage et ce, pendant deux ans. À la fin, les terrains sont bien désherbés et surtout bien fertilisés par les fientes. Tous les problèmes sanitaires sont traités en préventif avec des huiles essentielles. Étienne Tavernier est satisfait de cette conduite, mais déplore les pertes subies lors de la canicule. Et rappelle que, malgré les grillages, les poules savent parfois aller pondre à l’extérieur, dans les endroits les plus improbables !

Dernier intervenant de la conférence, Gonzague Proot, agriculteur au coeur du Santerre, sur 139 ha. Au départ en grandes cultures, avec un tiers en légumes, un tiers en céréales et le dernier en prairie temporaire, l’exploitant a mis dix ans à prendre en compte l’intérêt d’introduire un élevage pour valoriser les prairies et améliorer la qualité du sol avec une fertilisation organique. Il n’avait pas le goût pour les ovins et est parti en Auvergne à la rencontre d’éleveurs de Salers. Il est revenu avec un troupeau. Aujourd’hui, il vend des veaux, des boeufs à une coopérative ou en vente directe. Les animaux valorisent les prairies, ils broutent les couverts semés dans les blés après la moisson, consomment des méteils, de l’enrubannage de luzerne et du foin l’hiver, lorsqu’ils sont rentrés en bâtiments. Gonzague Proot en convient avec humour : il n’était pas du tout éleveur et a même consulté des vidéos pour réaliser ses premiers vêlages !

Toujours est-il que chacun des agriculteurs témoins a fait part de l’intérêt de l’introduction de l’élevage dans l’exploitation, aussi bien pour des raisons technico-économiques que pour donner un sens et une cohérence à leur système de production.

Des betteraves sucrières bio

Une petite parcelle de la plateforme végétale de Terr’Eau bio était consacrée aux betteraves sucrières bio, l’occasion d’expliquer que quelques agriculteurs se sont lancés pour diversifier la rotation. Évidemment, même si les rendements peuvent varier de 30 à 80 t/ha, les premières questions ont été : que deviennent les betteraves arrachées ? comment sont-elles traitées ? Actuellement, elles sont dirigées vers l’Allemagne où, au sein de petites unités, elles sont transformées en sirop de betteraves. Ce sirop peut être utilisé directement pour sucrer ou par des industries agro-alimentaires. Il sera d’ailleurs testé auprès des consommateurs dans les magasins Biocoop. Seront mises en avant ses qualités nutritionnelles, car il est composé de glucose, fructose, saccharose, maltose et contient encore de nombreux minéraux. L’originalité de la démarche est que c’est auprès de tous les intervenants de la filière que la réflexion a été menée. L’objectif est d’implanter des mini-usines de transformation, à taille humaine, capables de traiter 100 tonnes de betteraves par jour.Pour ce qui est du prix payé au producteur, il est construit en marche avant, c’est-à-dire en tenant compte des coûts de désherbage importants (200 h/ha en manuel) et de la probabilité de ne pas récolter une année sur six ou sept. Avec ce calcul, on arrive à un prix de 100 à 110 E/t. Des techniciens de l’ITB ont expliqué que le repiquage de betteraves levées en mottes, même s’il est coûteux (3 000 E/ha), permet d’obtenir un rendement supérieur en bio de 15 t/ha et limite le désherbage manuel à 10 h/ha.

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