L'Oise Agricole 11 octobre 2020 à 10h00 | Par Vincent Fermon

Ÿnsect, l’éleveur de scarabées qui fait mouche

Bientôt amiénoise grâce à sa future implantation à Poulainville (80) et déjà internationale pour les marchés qu’elle fournit et les brevets qu’elle exploite, la start-up française Ÿnsect a précisé le 6 octobre ce qu’elle comptait faire des fonds supplémentaires qu’elle vient de lever.

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Après Dole (39), Ynsect se projette dans sa future usine de Poulainville, dans l’Amiénois.
Après Dole (39), Ynsect se projette dans sa future usine de Poulainville, dans l’Amiénois. - © Ynsect

Ce n’est pas la crise du Covid-19 qui aura raison de la construction de la future usine d’élevage d’insectes - la mise en production est prévue fin 2021, début 2022 -, ni le manque de moyens financiers. Mardi 6 octobre, les dirigeants de la start-up française ont, en effet, officialisé une levée de fonds de 372 millions de dollars après une première opération auprès d’investisseurs internationaux en janvier 2019. Ce financement doit permettre à Ÿnsect de finaliser la construction de «la plus grande ferme d’insectes au monde» au nord d’Amiens, mais aussi «d’étoffer ses gammes de produits tout en se développant en Amérique du Nord», selon son PDG, Antoine Hubert. Ambitieux.

Des financements internationaux

Grâce à une série de brevets (pas moins d’une trentaine), Ÿnsect projette d’élever à grande échelle, dans une ferme verticale, des scarabées Molitor dont il se sert ensuite pour fabriquer une gamme premium de protéines et d’engrais. En plus de son usine installée à Dole (39), l’usine en construction dans l’Amiénois doit lui permettre d’industrialiser sa production. Ces fabrications sont ensuite commercialisées auprès d’agriculteurs comme alternative aux fertilisants chimiques (engrais) ou d’entreprises pour l’alimentation de poissons d’élevage ou d’aliments pour chiens et chats (protéines). Selon des études réalisées pour Ÿnsect, l’utilisation de ces nouveaux produits permettrait d’augmenter la productivité des élevages piscicoles pour ce qui concerne la protéine, et de réduire l’empreinte carbone de l’utilisation de fertilisation pour l’agriculture. Pour Antoine Hubert, «nous participons à révolutionner la chaîne alimentaire en permettant de produire plus de nourriture avec moins de terre et de ressources, sans déforester, ni vider les océans». Des arguments qui font mouche puisqu’on retrouve aujourd’hui Astanor Ventures, le fonds d’investissement FootPrint Coalition détenu par la star hollywoodienne Robert Downey Jr, Happiness Capital (Hong-Kong), Supernova Invest, ou Armat Group (Luxembourg) parmi les financeurs d’Ÿnsect. Une part de financement assurée par un consortium bancaire comprenant la Caisse des dépôts, le Crédit agricole Brie Picardie et la Caisse d’épargne Hauts-de-France ramène un peu de «local» dans l’aventure.

500 emplois directs et indirects à la clé

S’il n’avait pas été occupé par le débat à l’Assemblée nationale sur les néonicotinoïdes, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie aurait probablement témoigné sur place du bien qu’il pense de ce développement. C’est néanmoins à partir de Twitter qu’il a adressé un «bravo» aux dirigeants d’Ÿnsect, assurant que «c’est là aussi un enjeu de souveraineté française pour ne plus être autant dépendant des importations sud-américaines». Secrétaire d’État à la Transition numérique et aux Communications électroniques, Cédric O était quant à lui bien présent dans les locaux parisiens de la start-up française. Après avoir rappelé la «bienveillance depuis plusieurs années du gouvernement» dont a bénéficié l’entreprise «depuis plusieurs années», Cédric O s’est réjoui d’être «dans une période faste pour la French Tech». Avec cette nouvelle levée de fonds, «on n’est pas loin d’un record pour une start-up française».

L’implantation de l’usine d’Ÿnsect dans l’Amiénois est vue par le ministre comme «une bonne nouvelle pour un territoire qui en a besoin» et témoigne dans le même temps une «déparinisation» des entreprises innovantes ; autrement dit, la capacité de territoires de province à accueillir dans de bonnes conditions ces nouvelles entreprises. 500 emplois directs et indirects devraient être créés.

Du côté d’Ÿnsect, on rappelle que le choix de l’ex-Picardie pour l’implantation de sa nouvelle unité de production est d’abord liée à la proximité de plusieurs sources d’approvisionnement en matières premières pour la nourriture de ses insectes. Consommatrice de différents sous-produits agricoles et agroalimentaires avec des équipes de nutritionnistes chargés de les valoriser, la start-up revendique «de fortes connexions avec le monde agricole, les coopératives, les négociants, voire des agriculteurs». À ce titre, Antoine Hubert indique ainsi être «en complémentarité avec le monde agricole, et pas en concurrence».

Des contrats d’engrais et de protéines

Dès sa mise en route, l’usine Ÿnsect de Poulainville espère produire 100 000 tonnes de produits par an, répartis entre engrais organiques (2/3) et protéines pour l’alimentation animale (1/3). Dans son usine de Dole, la start-up ne fabrique pour le moment que de la protéine. Pour le lancement de la production, le cheptel d’insectes présent à Dole sera transféré à Poulainville. Puis charge à eux de se reproduire dans des installations flambant neuves pour augmenter progressivement la production. La demande pour ce genre de produits serait, quant à elle, déjà bien au rendez-vous. D’après Antoine Hubert, «105 millions de dollars de contrats» sont déjà signés avec des clients d’horizons divers, que ce soit pour la fourniture d’engrais ou de protéines pour l’élevage de poissons. Parmi eux, Torres, «l’une des marques de vin européennes les plus appréciées au monde», le leader mondial en alimentation aquacole Skretting ou encore Compo Group, leader européen de la nutrition végétale pour les jardins et dont on connait les produits sous la marque Algoflash.

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