L'Oise Agricole 26 juin 2020 à 14h00 | Par Alix Penichou

Objectif «bas carbone» pour les fermes laitières de la région

Ce 17 juin, le Criel Nord Picardie Ardennes lançait son ambitieux projet «ferme laitière bas carbone». Objectif - 20 % de l’empreinte carbone du lait d’ici 2025.

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Une quarantaine de leviers techniques peuvent être actionnés pour améliorer le bilan carbone des exploitations laitières, adaptés à chaque système.
Une quarantaine de leviers techniques peuvent être actionnés pour améliorer le bilan carbone des exploitations laitières, adaptés à chaque système. - © A. P.

Une vache rumine. Or, ce processus de digestion produit du méthane, qui correspond à 6 % des gaz à effet de serre émis en France. En contrepartie, la majeure partie du méthane que les vaches rejettent est compensée par le stockage de carbone dans le sol des surfaces fourragères. La filière laitière en est persuadée : la quantité de stockage de carbone peut être optimisée pour améliorer les émissions. C’est tout l’enjeu du projet «ferme laitière bas carbone»* que le Criel (Centre régional interprofessionnel de l’économie laitière) Nord Picardie Ardennes lançait ce 17 juin.

«Le projet n’est pas né d’hier, explique Frédéric Hennart, président du Criel. L’Idele (Institut de l’élevage) a évoqué la ferme laitière bas carbone en 2016, et l’interprofession a présenté le projet en 2018. Aujourd’hui, nous entrons dans le concret.» L’objectif est ambitieux : «Nous voulons accompagner au moins la moitié des 5 145 éleveurs laitiers de la région à réduire de 20 % l’empreinte carbone du lait produit dans leurs exploitations d’ici 2025», précise Ronan Lasbleiz, chargé de mission environnement au Cniel. L’initiative s’adresse à l’ensemble des acteurs de la filière et à l’enseignement agricole. Dix-huit laiteries sont d’ailleurs engagées. Leur première mission est de recruter les éleveurs qui entreront dans la démarche.

Le projet est en fait un des axes stratégiques du plan de filière «France terre de lait» qu’a lancée le Cniel en janvier. «Il s’agit d’intégrer les principales attentes sociétales pour en faire une filière durable, résume Ronan Lasbleiz. Le plan est décliné en plusieurs axes : économique et social, sanitaire, alimentaire et production responsable.» C’est de ce dernier axe dont découle l’engagement pour l’environnement, soit la réduction du bilan carbone.

Intérêt environnemental et économique

Le projet Carbon-Dairy, dont la «ferme laitière bas carbone» est la suite logique, a déjà prouvé qu’on pouvait réduire les émissions. «De 0,93 kg équivalent CO2/l de lait en 2013, nous sommes passés à 0,87 kg équivalent CO2/l de lait en 2016, soit - 6 %.» L’intérêt, pour l’éleveur, est double : «Lorsqu’on améliore son bilan carbone, on améliore aussi le bilan économique.» Un crédit carbone, qui consiste à monétiser le carbone économisé, devrait aussi être mis en place, «mais ceci n’est pas encore bien défini».

Concrètement, la première étape, pour les éleveurs qui intégreront la démarche, est la réalisation du diagnostic CAP’2ER de niveau 1 de l’Idele (calcul automatisé des performances environnementales en élevage de ruminants), qui permettra d’évaluer les impacts environnementaux de l’exploitation. Vingt-sept données sont collectées en trente minutes. «Notre objectif est 505 diagnostics par an».

Des conseils à la carte

Deuxième étape : le CAP’2ER de niveau 2, un outil d’aide à la décision qui permet une évaluation fine de l’empreinte environnementale. Trois heures sont nécessaires pour réaliser ce diagnostic, à l’aide de cent-cinquante données. À partir de là, le technicien qui suit l’éleveur (cinq visites par an) pourra identifier des marges de progrès et construire un plan d’action. «Nous disposons d’une quarantaine de leviers techniques, comme la gestion du troupeau, la fertilisation ou l’alimentation, qui sont adaptés à chaque système d’exploitation», indique Ronan Lasbleiz. 716 CAP’2ER de niveau 2 ont déjà été réalisés en région. Le Criel s’est fixé l’objectif de 126 par an.

Les éleveurs bénéficieront aussi d’un accompagnement collectif : échanges entre éleveurs, formations… Un groupe technique de dix éleveurs «expérimentateurs» sera formé chaque année. Portes ouvertes, rendez-vous techniques et colloques sont également au programme. Coût pour l’éleveur : 150 E, soit 10 % du coût de l’accompagnement. «Une dépense vite rattrapée par les bénéfices qu’apporte le projet», assure Frédéric Hennart.

* Le projet, déployé en Hauts-de-France et dans les Ardennes, se déploie grâce au partenariat du Criel et de l’Aopen Dairy (Association des organisations de producteurs de Bailleul, Cuincy et Fauquet), sur financement du Conseil régional des Hauts-de-France, du Conseil régional Grand Est et du Cniel.

«France terre de lait renforce l’équilibre de la filière»

Le collectif fait la force : ce dicton s’est avéré juste pour la filière laitière, qui doit faire face à la crise sanitaire. «Depuis la sortie des Egalim, nous travaillons ensemble avec la démarche France terre de lait (dont découle le projet ferme laitière bas carbone du Criel Nord Picardie Ardennes, ndlr) pour redonner leur juste valeur au lait et aux produits laitiers, répartir cette valeur à tous les maillons de la chaine de production, et répondre aux attentes des consommateurs», scande le Cniel dans un communiqué.

L’effort collectif semble avoir payé en ce contexte de crise du Covid-19, qui a engendré de profondes modifications de consommation. La filière redoutait que le pic de production annuel attendu au printemps ne vienne saturer les outils de production. Elle craignait de devoir jeter du lait comme dans d’autres pays. «Aussi, l’interprofession laitière a mis en place – en conformité avec le régime dérogatoire de l’article 222 de l’OCM autorisé par la Commission européenne - un dispositif exceptionnel de lissage de la production de lait, avec un fonds de solidarité (15,28 ME) pour aider tout éleveur qui s’engagerait à limiter sa production de lait sur le mois d’avril», est-il précisé.

Au total, 22 000 exploitations ont contribué à l’effort collectif de baisse de production (environ 40 % des éleveurs Français), soit près de 48 millions de litres de lait non produits sur le mois d’avril 2020 - déclarés par les laiteries dans le cadre du dispositif.

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