L'Oise Agricole 27 avril 2020 à 09h00 | Par Agathe Villemagne

Poiscaille : pour que la mer garde la pêche

À la façon des Amap, Poiscaille vend des casiers de la mer, des paniers composés de coquilles et de poissons, pêchés de manière responsable à une échelle raisonnable. Objectif : laisser du répit à la mer et mieux rémunérer les pêcheurs. La start-up lance son hameçon en région.

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Anthony Guenec pêche à La Turballe, en Loire-Atlantique, à bord de l’Onamission. Il travaille à la ligne pour cibler lieus jaunes, bars et thons rouges. Ses prises viennent garnir les casiers de Poiscaille d’avril à décembre.
Anthony Guenec pêche à La Turballe, en Loire-Atlantique, à bord de l’Onamission. Il travaille à la ligne pour cibler lieus jaunes, bars et thons rouges. Ses prises viennent garnir les casiers de Poiscaille d’avril à décembre. - © Julia Griner

Il est sans doute né avec des écailles sur le dos... Charles Guirriec, 36 ans, originaire de Bordeaux, a pêché, gamin, les poissons à la ligne à Royan (17). Il les a ensuite comptés et mesurés en tant qu’ingénieur agro-halieutique à Port-la-Nouvelle (11).

Aujourd’hui, il les distribue en France, via la plateforme Poiscaille, qu’il a créée en 2015. Si la start-up, basée à Montreuil (93), emploie 20 personnes, Poiscaille n’est à la base pas plus gros qu’une crevette grise. «Fin 2008, j’ai signé un contrat à la Direction des pêches à Paris. Je m’y suis installé et j’ai découvert les Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne). Je trouvais le système génial, le soutien du producteur, les distributions, la découverte de nouveaux légumes..., se souvient Charles Guirriec. Je me suis dit qu’il y avait un truc à faire avec le poisson. Faire venir un pêcheur sur une centaine de kilomètres, organiser une distribution de sa pêche dans un café. En 2012, j’ai fait le test et j’ai lancé un événement Facebook. 15 jours plus tard, je rentrais de Paimpol avec 80 kg de coquilles Saint-Jacques que j’ai distribués dans mon appart !»

La mayo prend, Charles Guirriec investit dans une camionnette réfrigérée, puis un site internet avec un ami pêcheur et un programmateur. En mai 2015, le système d’abonnement aux casiers de la mer est lancé, Poiscaille est né.

Pêcher moins, mais mieux

«Toutes les observations que j’ai pu faire en mer auprès des pêcheurs m’ont permis de constater que la stratégie, c’est de faire beaucoup de volumes. Contrairement aux agriculteurs, les pêcheurs gagnent très bien leur vie... Mais ce sont les poissons et les hommes qui trinquent ! C’est le métier le plus dangereux au monde. Notre stratégie, c’est de vendre le poisson de nos pêcheurs un peu plus cher pour qu’ils ne sortent pas tous les jours.» Une manière aussi de soulager la mer.

De Quiberon (56) à Gouvillesur- Mer (50) en passant par le lac Léman (74), 80 pêcheurs alimentent les casiers de la mer distribués par Poiscaille dans 300 points de retrait partout en France (cavistes, épiceries...) ou par Chronofresh. «Le casier fonctionne sur un système d’abonnement flexible. L’objectif, c’est que le client s’adapte aux pêcheurs, et non l’inverse, insiste Charles Guirriec. On leur prend toute leur pêche, on s’organise, on découpe... et on envoie un mail aux clients pour qu’ils puissent composer leur panier avec ça. Concrètement, c’est premier arrivé, premier servi !»

«Ne pas noyer le poisson»

Un savant équilibre pour proposer un panier à un prix fixe (autour de 20 euros) avec des produits aux valeurs totalement disparates. «L’idée, c’est de proposer aussi bien des moules, qui ont un prix de revient très bas, que du homard. Maquereau, merlu, flèche... On se réconcilie avec des variétés de poissons dont on pouvait avoir une mauvaise image !»

Sur la pêche, difficile de rassurer le consommateur, alors Poiscaille s’appuie sur des «critères objectifs pour éviter de noyer le poisson». Pour la fraîcheur, «il y a 48 heures maximum entre la pêche à bord du bateau et la remise au consommateur à Paris et 72 heures en région». Poiscaille se limite aux techniques de pêche douce : ligne, filet droit, casier, pêche à pied et en plongée, sur des navires de moins de 12 mètres avec trois hommes à bord, et des sorties à la journée uniquement.

Quant à la rémunération, le fondateur assure qu’elle est «supérieure de 20 % par rapport au marché. Quand on donne 20 € à Poiscaille, 10 € vont au pêcheur, contre 4 à 5 € dans la filière traditionnelle». Pour soulager vraiment l’océan, Poiscaille, qui compte 4.500 abonnés, ambitionne d’atteindre 50.000 clients et de travailler avec 1.000 pêcheurs. La pêche aux partenaires se poursuit pour de nouveaux points de livraison et de pêche. Prochaine escale, quai Gambetta, à Boulogne-sur- Mer.

Toujours sur le ponton, malgré la crise

Crise oblige, Poiscaille, dans un premier temps, a dû fermer. «On avait des infos incertaines en termes d’approvisionnement, le poisson s’est mal vendu, décrit Charles Guirriec. Les associations qui normalement interviennent sur les prix ont stoppé, certaines criées aussi...» Mais depuis le 27 mars, les activités ont repris avec une version «un peu dégradée» et un système à la carte, livré par Chronofresh.

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