L'Oise Agricole 16 avril 2019 à 14h00 | Par David Bessenay

Préserver le cœur des femmes

Les maladies cardio-vasculaires ont largement augmenté chez les individus de sexe féminin ces dernières années et cette évolution inquiète les professionnels de santé.

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Après une opération cardiaque ou une angioplastie coronaire, la réadaptation (programme incluant exercices physiques et séances d’éducation thérapeutique) est essentielle.
Après une opération cardiaque ou une angioplastie coronaire, la réadaptation (programme incluant exercices physiques et séances d’éducation thérapeutique) est essentielle. - © Agence de presse

Sur les 147.000 personnes qui décèdent chaque année en France d’une maladie cardio-vasculaire, 54 % sont des femmes. C’est aujourd’hui, et de loin, la première cause de mortalité chez la femme avec un décès sur trois.

Mode de vie pointé du doigt

Et si les autorités sanitaires, à l’image de la Fédération française de cardiologie, s’inquiètent plus particulièrement depuis quelques années, c’est que la fréquence des accidents cardiaques féminins progresse alors qu’elle diminue chez les hommes !

Longtemps, elles ont pourtant été moins touchées que leurs homologues masculins, grâce à la protection naturelle de leurs hormones (œstrogènes), mais l’évolution de leur mode de vie a changé la donne. Les responsables sont à peu près connus, les écarts à une bonne hygiène de vie (tabagisme, manque d’activité physique, mauvaise alimentation, abus d’alcool, stress) causent 80 % des maladies cardio-vasculaires.

Les mœurs ont en effet changé, les femmes sont devenues des fumeuses aussi accros, voire plus, que les hommes, la cigarette devenant l’anti-stress et l’anti-prise de poids. Et puis l’association entre un contraceptif contenant un œstrogène de synthèse et l’usage de tabac constitue un cocktail détonnant. Il multiplie par 30 le risque d’infarctus ! Enfin, la consommation d’alcool, une alimentation déséquilibrée, la précarité réduisent également les effets des œstrogènes.

Entre 2008 et 2013, le taux d’hospitalisation pour un infarctus du myocarde chez les femmes de 45 à 54 ans a progressé de 5 % par an.

De plus en plus tôt

Pire encore, l’âge moyen des femmes victimes d’un infarctus du myocarde ne cesse de baisser. Aujourd’hui, 11 % des victimes ont moins de 50 ans contre seulement 4 % en 1995. Bref, fini le cliché de l’homme bedonnant et fumeur de 50 ou 60 ans comme cible privilégiée de l’infarctus.

Double peine pour ces dames, les conséquences des incidents cardiaques sont plus graves pour elles que pour ces messieurs. Ainsi, au final, 55 % des accidents cardiaques sont fatals chez les femmes contre seulement 43 % chez les hommes.

La raison ? Elles sont prises en charge en moyenne une heure plus tard. Car souvent, elles ne reconnaissent pas les symptômes de l’infarctus, l’imaginant réservé aux hommes… Et puis, elles ont tendance à sous-estimer les symptômes, à ne pas se plaindre. Et même à l’hôpital, la prise en charge par un cardiologue est plus tardive. Certains a-priori ont la vie dure ! Car, évidemment, la rapidité de la prise en charge reste déterminante pour augmenter les chances de survie.

Enfin, autre désavantage du corps féminin, leurs artères, plus fines, se bouchent plus facilement. Et pour que l’inégalité soit complète, signalons que les femmes touchées par un infarctus non fatal connaissent une réadaptation plus difficile que les hommes, avec des chances de récidive plus forte. Après une opération cardiaque ou une angioplastie coronaire, la réadaptation (programme incluant exercices physiques et séances d’éducation thérapeutique) est essentielle. «Malheureusement, les femmes y participent moins que les hommes, se retranchant la plupart du temps derrière leurs responsabilités domestiques et le manque de temps ou d’énergie», déplore la cardiologue Marie-Christine Iliou.

«Mais il n’y a pas de fatalité», conclut le professeur Claire Mounier-Vehier, présidente de la fédération française de cardiologie (FFC) ; «devenons actrices de notre santé, en particulier sur les trois phases clefs de notre vie hormonale : première contraception, grossesse et ménopause.»

Des symptômes différents de ceux des hommes

Douleur au niveau du thorax qui irradie le bras gauche jusqu’à la mâchoire : ce symptôme classique de l’infarctus peut concerner les femmes, mais il est plus rare. Elles doivent également être attentives à d’autres signes avant-coureurs : douleurs dans la poitrine, dans l’épaule, palpitations durant un effort, forte fatigue… Souvent, ces symptômes sont simplement associés au stress ou à un coup de pompe passager. C’est encore le cas des nausées, vomissements, douleurs dans l’estomac que l’on lie trop facilement à des problèmes digestifs. Concernant l’AVC, les femmes sont touchées par les symptômes habituels dans ce cas (faiblesse musculaire d’un bras ou d’une jambe, engourdissement d‘une partie du visage, troubles du langage ou de la vision, maux de tête) mais également par d’autres moins connus et plus spécifiques : perte d’équilibre, étourdissements, palpitations, nausées et souffle court.

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