L'Oise Agricole 16 avril 2020 à 09h00 | Par Vincent Fermon

Un appel aux citoyens pour sauver la filière Maroilles

La Région Hauts-de-France appelle les consommateurs à manger du Maroilles pour sauver une filière durement impactée par les conséquences du Covid-19 sur la restauration hors foyer.

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Depuis la mise en oeuvre des mesures de confinement et la fermeture de la restauration hors foyer - y compris scolaire -, les ventes de Maroilles auraient en effet chuté de 40 à 90 % pour les entreprises qui le fabriquent.
Depuis la mise en oeuvre des mesures de confinement et la fermeture de la restauration hors foyer - y compris scolaire -, les ventes de Maroilles auraient en effet chuté de 40 à 90 % pour les entreprises qui le fabriquent. - © Agence de presse

Et si demain, manger du Maroilles devenait un acte citoyen ? Cela peut d’abord faire sourire, mais l’appel de la vice-présidente du Conseil régional en charge de l’agroalimentaire, de l’agriculture et de la bioéconomie à acheter et à manger du Maroilles n’a rien d’une plaisanterie. Il vise en effet à soutenir une filière durement touchée par la fermeture de la restauration hors foyer depuis l’apparition de l’épidémie de Covid-19. Depuis la mise en oeuvre des mesures de confinement et la fermeture de la restauration hors foyer - y compris scolaire -, les ventes de Maroilles auraient en effet chuté de 40 à 90 % pour les entreprises qui le fabriquent. Pour le Brie de Meaux, dont une partie de l’appellation concerne la région Hauts-de-France, la baisse des ventes est également de 70 %, selon Marie-Sophie Lesne.

Des stocks sans destination

La filière Maroilles, qui bénéficie d’une Appellation d’origine protégée (AOP) est portée par 5 PME de transformation, 7 producteurs fermiers, 2 affineurs pour 250 emplois directs. Pour le président de l’AOP Maroilles, Claude Bera, «chaque semaine depuis le début du confinement, 55 tonnes de fromages ne sont plus produites». Chaque transformateur a été invité par courrier à diminuer sa production. À Sommeron (02), chez Leduc où le producteur livre son lait, la production est ainsi à l’arrêt depuis le 17 mars. Que devient ce lait ? «Pour le moment, on a trouvé un accord avec une laiterie voisine pour que le lait qui sert habituellement à la fabrication de Maroilles serve à d’autres utilisations, mais on ne sait pas combien de temps cela sera possible», poursuit M. Bera. Si les pertes financières ne sont à ce jour pas encore chiffrées, rien qu’au sein de l’entreprise Leduc, le stock de fromages de 750 grammes dormant dans les caves est estimé à 350 000 E. «Si on ne fait rien, on court à la catastrophe», renchérit Mme Lesne, appelant les habitants des Hauts-de-France à consommer des produits de leur région. Selon quelques rares chiffres sur la consommation de Maroilles, on estime que 80 % de la production est consommée au nord de Paris.

Alors que quelques points de vente de produits fermiers «profitent» de la crise, et que des initiatives voient le jour pour tenter d’écouler quelques volumes, sans RHF, on reste loin d’atteindre un niveau de consommation habituel. Ainsi, l’appel de la Région Hauts-de-France et de la filière Maroilles à retrouver le goût du fromage «le plus fin des fromages forts» vaut aussi pour ces grandes surfaces qui ont tiré un voile sur leurs rayons «fromages à la coupe» ou celles qui ont diminué leurs gammes en libre-service.

Communication et aide au stockage

Après avoir tiré la sonnette d’alarme, la Région devrait lancer dans les prochains jours une campagne de communication pour inciter les consommateurs à acheter les produits de filières en tension. Fromages, mais aussi les viandes bovine, porcine et ovine, les fraises de saison, l’asperge... seraient concernés. Via un groupement d’achat, le conseil régional envisage d’accroître la commande publique de Maroilles pour le service de restauration des 236 établissements scolaires dont il partage la responsabilité avec les conseils départementaux... dès que ceux-ci seront à nouveau en capacité d’accueillir leurs élèves.

L’autre levier sur lequel compte la collectivité est l’activation par la Commission Européenne de l’article 222 du règlement 1308/2013 relatif à l’Organisation commune des marchés. Face à une situation exceptionnelle, cet article doit permettre une régulation temporaire de la production laitière en autorisant le stockage privé. Le 8 avril dernier, le président de la Région Hauts-de-France, Xavier Bertrand et sa vice-présidente en charge de l’agriculture ont écrit au ministre français de l’Agriculture, Didier Guillaume, pour demander l’activation de cet article 222, puis au commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski. «Beaucoup de filières, et pas seulement celle du Maroilles, apprécieraient de pouvoir bénéficier d’une aide au stockage privé, constatait Marie-Sophie Lesne, le 14 avril. Mais à ce jour, nous n’avons pas de réponse.» «Si nous n’obtenons pas cette dérogation, des productions vont être jetées et nous devrons faire face dans certaines situations à la destruction de plusieurs mois de production».

Pour la Commission Européenne, une telle décision n’est pour le moment pas envisageable, compte tenu du coût que cela pourrait représenter (cf. page 9). Autrement dit, Bruxelles fait la sourde oreille et propose aux Etats membres de se débrouiller avec quelques arrangements de la Pac.

Du côté des entreprises de fabrication de Maroilles, stocker, on y réfléchit, mais sous certaines conditions : «Congeler du Maroilles affiné, il n’en est pas question sur le plan éthique et ce n’est pas possible, défend Claude Bera. Ce que l’on pourrait éventuellement faire, c’est congeler le caillé, avant la mise en moules, mais cela demanderait des capacités de congélation et de stockage énormes. Cela risque de coincer sur le plan logistique».

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