L'Oise Agricole 08 octobre 2020 à 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Une première étape gagnée, mais...

L’Assemblée national vient de voter en première lecture une dérogation temporaire à l’interdiction d’utilisation des néonicotinoïdes sur betteraves sucrières. Point avec Alexis Hache, responsable du Syndicat betteravier de l’Oise.

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- © Dominique Lapeyre-Cave

Ce vote en première lecture est-il une victoire pour la CGB ?

Alexis Hache : Cela a été le combat de l’année, avec une urgence pour 2021. Mais cette victoire, car c’en est une, n’est que temporaire et elle oblige nos instituts techniques, organismes de recherche et semenciers à trouver des solutions dans un pas de temps réduit.

Cette victoire doit être partagée entre tous, FDSEA et JA, industriels, semenciers, tous les acteurs de la filière qui se sont retrouvés autour de la CGB pour ce combat commun. Fierté dans l’Oise car nos députés ont tous voté pour la dérogation et nous pouvons les en remercier. Le travail que nous avons mené auprès d’eux pour les informer de la réalité a été payant, mais cette démarche a eu lieu dans tous les départements, y compris ceux qui ne sont pas betteraviers et les députés eux-mêmes ont sensibilisé leurs collègues. Sans cette dérogation pour le semis 2021, avec les pertes de l’année qui vont de 30 à 50 %, c’en était fini de la filière betteravière dans l’Oise.

Quelle est la suite législative de ce dossier maintenant ?

AH : Le projet de loi va aller au Sénat qui pourra l’amender et en cas de litige, un arbitrage pourra être mené par la commission paritaire. Enfin, le décret d’application devra être signé par le ministère de l’Agriculture, assez vite pour que les semenciers puissent procéder à l’enrobage des graines à temps, dans l’idéal pour fin décembre. Nul doute que ce parcours sera jalonné par des levées de boucliers, voir des contestations auprès du Conseil d’Etat ou de la Cour de justice européenne.

La dérogation n’est accordée que pour trois ans, le temps de trouver des solutions alternatives. De quelle nature sont ces dernières ?

AH : Des programmes de recherche sont lancés déjà depuis plusieurs années contre la jaunisse, qui fédèrent l’ITB (Institut technique de la betterave), l’Inrae (Institut de la recherche agronomique et environnementale) et des semenciers comme Deleplanque. La piste génétique de recherche de variétés résistantes à la jaunisse semble la plus crédible car le programme Aker, qui vient de prendre fin, a permis de séquencer le génôme de la betterave sucrière. Autre axe de recherche, les insectes auxiliaires dont nous devons faciliter le développement sur les bordures de champs, dans les haies, les jachères, les bois. Le problème est que ces réservoirs de biodiversité accueillent aussi les pucerons vecteurs de la jaunisse. Beaucoup de travail reste à faire en ce sens. Enfin, d’autres produits phytosanitaires pourraient remplacer les néonicotinoïdes, comme le Tepeki et le Movento, mais ils ne sont pas satisfaisants et je ne suis pas sûr qu’une nouvelle molécule ne rencontrerait pas les mêmes difficultés d’acceptation.

La jaunisse est une maladie ancienne, mon grand-père la subissait déjà dans les années 1920-1930 et je crois plus à la recherche variétale pour en venir à bout. Quatre souches de virus différentes ont été identifiées et il va falloir trouver la variété de betteraves qui pourra être tolérante.

Avez-vous un message à délivrer aux planteurs pour le semis 2021 ?

AH : toute la filière s’est engagée dans ce combat mais nous n’avons aujourd’hui aucune certitude sur son issue. Néanmoins, j’invite chacun à prévoir des surfaces en betteraves dans son assolement sinon, ce serait condamner la filière.

Quels échos avez-vous de ce début de campagne ?

AH : ils sont particulièrement mauvais. Certaines zones cumulent jaunisse et sécheresse : 30 t/ha dans le Sud-Est de l’Oise, 60 t dans le Nord-Est et 50 t dans le Sud-Ouest. Avec ces pertes , nous sommes dans l’attente d’un plan d’aide de l’État. La perte en sucre est de 3 t/ha et le chiffre d’affaires des sucriers risque d’être pénalisé de 500 millions d’euros. Or, c’est ce chiffre d’affaires qui permet de payer les producteurs, les transporteurs, les salariés des sucreries... Cela va mal. Et les conditions météo actuelles ralentissent les arrachages, d’où la difficulté est d’approvisionner les usines sans rupture.

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