L'Oise Agricole 15 octobre 2020 à 09h00 | Par Actuagri

L'interprofession «volailles» s'interroge sur l'avenir

L'Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair (Anvol) organisait, le 7 octobre, une conférence de presse consacrée à l'actualité de la filière. Ses dirigeants qui ont présenté son pacte 2025 s'interrogent sur le devenir d'une profession qui fait face à une rude concurrence.

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La consommation de poulet (805 000 tonnes) reste stable (+ 0,1 %), celle des dindes a augmenté de 2,3 %, «mais elle marque le pas sur le second semestre», a expliqué Jean-Yves Ménard, président du Comité interprofessionnel du poulet de chair.
La consommation de poulet (805 000 tonnes) reste stable (+ 0,1 %), celle des dindes a augmenté de 2,3 %, «mais elle marque le pas sur le second semestre», a expliqué Jean-Yves Ménard, président du Comité interprofessionnel du poulet de chair. - © Pascal Le Douarin

Il existe comme un paradoxe : l'engouement des consommateurs français pour la volaille et le fait que la volaille hexagonale perde des parts de marché sur son propre terrain : «Nous importions une volaille sur dix dans les années 1990, une sur quatre en 2000, quatre sur dix en 2010. En 2020, nous sommes à un sur deux !», s'est inquiété Gilles Huttepain, directeur adjoint du pôle amont du groupe LDC, et vice-président de la Fédération des industries avicoles (FIA). Dans le même temps, la consommation de volailles n'a cessé de croître, passant d'un indice 100 en 2005 à un indice 130 jusqu'à la fin 2019. Et même si l'année 2020 risque de se terminer légèrement à la baisse (- 1,1 % en prévision), la filière tient bon. Mais jusqu'à quand, se sont interrogé, en filigrane, les dirigeants d'Anvol. En effet, les chiffres de la volaille française restent, depuis le début du mois de janvier, contrastés. La consommation de poulet (805 000 t) reste stable (+ 0,1 %), celle des dindes a augmenté de 2,3 % «mais elle marque le pas sur le second semestre», a expliqué Jean-Yves Ménard, président du Comité interprofessionnel du poulet de chair. Surtout, des filières comme le canard maigre (- 16 %), les pintades, cailles et pigeons sont aujourd'hui à la peine. «On constate en moyenne, depuis le début de l'année, une perte de 30 % du chiffre d'affaires chez les éleveurs de canards à rôtir, a indiqué Jean-Yves Ménard. Or, les bâtiments de ces éleveurs spécialisés qui réclament de lourds investissements ne peuvent servir qu'à ce type de production et pas à d'autres», s'est-il alarmé. Les pintades suscitent aussi «l'inquiétude» de l'Anvol au point de s'interroger sur la pérennité de la filière.

Intégrer les attentes du consommateur

Cette appréhension se double de la crainte des concurrents européens et des pays qui sont très agressifs sur les marchés internationaux. «Quand je vois Mme Merkel vendre ses voitures allemandes à l'étranger, je me dis que ce seront des poulets supplémentaires qui vont venir en France», a ironisé Gilles Huttepain. Plus concrètement, ce sont environ 1,2 million de tonnes qui, par le biais des accords du Mercosur (2015-2019) ont inondé chaque année les marchés de l'Union européenne. «À titre de comparaison, la viande bovine dans le même temps n'a représenté que 300 000 t, la viande ovine et caprine 200 000 t et la viande porcine, seulement 50 000 t», a-t-il précisé. Ce que la profession dénonce surtout, c'est la concurrence déloyale qui est faite vis-à-vis de la volaille française.

Pour reconquérir des parts de marché, l'Anvol mise sur l'application du pacte 2025 qu'il avait dévoilé en février dernier et qui est «notamment de faire évoluer les systèmes de production standard» a expliqué Anne Richard, directrice générale de l'Interprofession. Ainsi, la filière s'engage à faire en sorte que la moitié des volailles bénéficient de lumière naturelle d'ici à 2025 : 20 % élevées avec un accès à l'extérieur (contre 18 % aujourd'hui) et 30 % élevées dans un poulailler doté de fenêtres et de perchoirs (contre 15 % aujourd'hui). Il faudra, pour ce faire, mobiliser près de 600 millions d'euros par an. «On essaie d'intégrer les attentes des citoyens (notamment sur le bien-être animal, ndlr), mais il faut d'abord répondre aux consommateurs» attirés vers les prix bas, a résumé Jean-Michel Schaeffer, président d'Anvol. Une réponse à près de 2,5 milliards d'euros en cinq ans... Mais le consommateur/citoyen est-il conscient des efforts déployés ?

Une concurrence déloyale

Taille des bâtiments, salmonelles, antibiotiques... L'interprofession est vent debout contre les conditions d'élevage pratiquées au sein et hors de l'Union européenne. «Le modèle français contre lequel des associations s'insurgent représente une exploitation de 2 300 m² pour 40 000 poulets dans deux poulaillers. La taille moyenne de ce qu'ils appellent les 'fermes-usines' françaises est de 120 000 dans les autres pays de l'Union européenne. Au Brésil, en Ukraine, en Thaïlande, les exploitations élèvent jusqu'à deux millions de poulets», a illustré Gilles Huttepain. Selon ses chiffres, le modèle ukrainien représente en moyenne 1,8 million de poulets et comme hors UE, «avec des normes sanitaires et vétérinaires qui sont loin de correspondre aux standards» exigés par Bruxelles. «C'est pourquoi le poulet ukrainien est vendu 2,40 E/kg en France, contre 4,80 E/kg pour un poulet français standard», a-t-il conclu.

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