L'Oise Agricole 09 février 2020 à 15h00 | Par Sophie Chatenet

Les rosés risquent-ils de virer aux rouges ?

Alors que le marché des rosés est en pleine expansion, ces vins pourraient, dans les prochaines années, être particulièrement vulnérables aux augmentations de température. Etat des lieux et projections avec Gilles Masson, directeur du centre du rosé.

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Gilles Masson dirige le centre du rosé à Vidauban (Var).
Gilles Masson dirige le centre du rosé à Vidauban (Var). - © Sophie Chatenet

Alors que la consommation des vins rouges tend à diminuer, comment expliquez-vous l’engouement pour les vins rosés ?

Gilles Masson : « Les nouvelles attentes alimentaires et sanitaires, en faveur de moins d’alcool et moins de sucre dans le vin, semblent inciter à la consommation de vins plus légers. Et le rosé est bien positionné pour y répondre. À condition toutefois de garder ses caractéristiques. Robe claire, arômes fruités, finesse et fraîcheur, voilà ce que recherchent la grande majorité des acheteurs. L’ensemble des régions, tout en gardant leurs caractéristiques, veulent répondre à cette demande. »

Légèreté, finesse, fraîcheur… La hausse régulière du thermomètre va-t-elle compromettre les qualités intrinsèques de ces vins ?

G.M : « La fraicheur, la finesse et le parfum constituent en effet l’ADN du rosé, et force est de constater que le temps ne joue pas en notre faveur, puisque le réchauffement climatique implique une augmentation de l’acidité, des degrés, des polyphénols. Le risque est grand d’aller vers des vins plus taniques, et moins fruités. A l’échelle des territoires, cela pourrait conduire à un changement des typicités, à une modification de la cartographie. Ainsi les rosés français pourraient ressembler à des rosés argentins, les rosés luxembourgeois à des rosés italiens. A l’échelle de la France, les rosés du Val de Loire pourraient tendre vers des rosés bordelais. Depuis quinze ans, nous auscultons ces évolutions à travers la banque de données mondiales du rosé. Plus de mille vins sont étudiés dans ce cadre. Nous constatons que si le degré reste relativement stable, en moyenne l’acidité progresse. »

Comment les producteurs anticipent-ils ces changements ?

G.M. : « De la Provence au Val de Loire, en passant par le Rhône ou le Bordelais, les producteurs se préparent à ces nouvelles contraintes en travaillant sur l’introduction ou la réintroduction de cépages plus résistants et en modifiant les pratiques culturales dans la vigne. Encépagement, fertilisation, taille… dans un futur proche, tout cela va être amené à évoluer. Nous devons revisiter la façon de travailler le sol et le feuillage de la vigne, pour protéger les grappes des coups de chaud, avec des ombrières, l’orientation et l’espacement des rangs, le mélange avec d’autres cultures ou expérimenter des techniques de taille nouvelles. En cave, on peut aussi imaginer utiliser des techniques de désalcoolisation, de désucrage. Des pratiques efficaces mais qui restent très onéreuses. »

Bien au-delà de l’été

La production de rosé a progressé de plus de 30 % en quinze ans dans le monde, malgré un recul en 2017 (– 10 %) dû à de faibles récoltes en Europe. L’Espagne, l’Italie et la France produisent plus de la moitié des rosés mondiaux. Côté consommation, la tendance est encore plus forte, révélant une augmentation des volumes de près de 30 % entre 2002 et 2017, avec une baisse de l’appétence pour les rosés sucrés contrebalancée par le succès des secs, selon les chiffres publiés par l’Observatoire mondial des vins rosés. La demande est tellement forte que, pour la troisième année d’affilée, la production ne suffit pas. Selon l’Observatoire, le déficit, en 2017, serait de 3,2 millions d’hectolitres, pour une production globale de 20,3 millions. Une situation qui concerne aussi la France, toujours championne du monde en production et en consommation de rosés. Provence, Rhône, Languedoc, Bordelais, Italie… La plupart des zones viticoles veulent aujourd’hui augmenter leur surface.

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