L'Oise Agricole 11 juillet 2019 à 11h00 | Par Dorian, Dominique Lapeyre-Cavé

Moisson 2019 : un début plutôt satisfaisant avec les orges et les pois d’hiver

La moisson 2019 a débuté depuis peu et les premiers résultats sont là. Entre escourgeons et pois d’hiver, les données sont globalement positives.

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La récolte des blés et du colza vient tout juste de débuter.
La récolte des blés et du colza vient tout juste de débuter. - © GUTNER ARCHIVE

La campagne culturale 2018-2019 a été marquée par un déficit hydrique important et des températures au-dessus de la normale. Cependant, il fallait progresser par rapport à la moisson 2018 qui était de qualité, mais pas en grandes quantités. Les récoltes d’orges d’hiver et de pois d’hiver touchent presque à leur fin.

L’occasion de faire un pré-bilan auprès des coopératives. «Concernant les orges d’hiver, bien qu’hétérogène selon les secteurs, le rendement est au global légèrement supérieur à notre moyenne sur 5 ans. En orge de brasserie, la qualité est satisfaisante tant sur le calibrage que le taux de protéines. Pour les pois d’hiver, le rendement se situe entre 50 et 60 q ha, c’est supérieur à la moyenne 5 ans qui avoisine les 45 q/ha. La récolte du blé devrait démarrer prochainement. Du fait des fortes températures des derniers jours, nous sensibilisons chacun au fait de veiller à la bonne maturité du grain avant de démarrer la récolte. C’est un élément déterminant pour la qualité du grain et sa capacité à se conserver», affirme Amandine Bannery, responsable marketing et communication à la coopérative Agora.

«Pour le moment, rien de particulier, les résultats sont plutôt corrects ! Cela va dépendre aussi de la récolte des blés», exprime Denis Grison, directeur de la coopérative Ucac. Il poursuit avec les résultats sur les escourgeons et les pois d’hiver. «La récole des escourgeons est quasiment terminée avec 85 quintaux de rendement moyen. La qualité est plutôt bonne avec un PS de 66/67 et 12/13 d’humidité. Pour les brassicoles, on atteint 10 de protéines et 82,5 de calibrage. La récolte des pois d’hiver est bien avancée avec un beau rendement de 60 quintaux alors que l’an dernier, les résultats avaient tourné autour de 40-50 quintaux. Mais la moisson n’est pas finie, attendons de voir la suite».

Même son de cloche pour la coopérative SCA de Milly : «nous avons terminé les escourgeons avec un résultat légèrement en hausse par rapport à la moyenne décennal, de l’ordre de 85 quintaux et un un PS de 67. Concernant les orges brassicoles Etincel, on a de la bonne qualité avec un calibrage moyen et un taux de protéines plutôt bon. On est en attente des blés et des pois d’hiver que l’on va bientôt collecter» détaille Arnaud Clément, directeur de la coopérative. Pour Simon Verger, responsable commercialisation chez ValFrance, cette moisson commence plutôt bien. «Nous avons finis de récolter les orges d’hiver et on dépasse l’objectif prévu avec un rendement satisfaisant et une qualité assez bonne en général. Les protéines brassicoles sont à 10, ce qui est satisfaisant. Nous avons également récolté les autres pois comme les jaunes et les verts. C’est une bonne surprise car nous dépassons la moyenne olympique de 5 ans. (suite page 5)

Nous avons quelques échantillons de blés et de colzas mais cela n’est pas représentatif. La récolte sera, à mon avis, terminé à la fin de la semaine prochaine.»

De plus, on peut constater sur la carte Moisson Live de Terre-net que les agriculteur qui partagent leurs rendements ont des résultats plutôt corrects. Par exemple, dans la commune des Hauts-Talican, le rendement d’orge atteint 96 quintaux avec un poids spécifique de 68 kg/hl et d’une humidité de 13 %. Dans le coin de Bresles, le rendement d’orge est de 106 quintaux avec un poids spécifique de 72 kg/hl et d’une humidité de 13 %. À Genvry, le rendement est de 98 quintaux avec un poids spécifique de 80 kg/hl et d’une humidité de 13 %. À Escames, le rendement atteint 89 quintaux avec un poids spécifique de 68 kg/hl et une humidité de 13 %. Les données continueront à affluer sur la carte interactive. La moisson n’étant pas terminée, il manque toutefois les résultats du blé et du colza pour donner un vrai bilan à cette moisson 2019.

Une moisson en progression sur certaines récoltes

La moisson 2019 est estimée en progression pour le blé tendre et pour les orges et en fort recul pour le blé dur et le colza. Selon les estimations* du ministère de l’Agriculture et les sources fournies par Agreste au 1er juillet 2019, la production nationale de blé tendre atteindrait 37 millions de tonnes. Elle augmenterait sur un an (+ 8,5 %) et par rapport à la moyenne 2014-2018 (+ 3,6 %). Le rendement du blé tendre est estimé à 73,7 q/ha (+ 3,9 q/ha par rapport à 2018), supérieur de 5 % à la moyenne 2014-2018. La récolte de blé dur subit une chute de 18,6 % en un an, sous l’effet du recul des surfaces. La production d’orges progresserait à 12,1 millions de tonnes (+ 1,4 Mt sur un an), grâce à un rendement estimé en hausse, à 65,9 q/ha et une hausse des surfaces par rapport à 2018. Les surfaces de colza régressent de 25,7%, à 1,2 Mha, entraînant un fort recul de la production, estimée à 3,6 Mt (- 26,9 % sur un an et - 28,4 % par rapport à la moyenne 2014-2018) du fait des conditions de culture difficiles. La production de protéagineux serait en augmentation de 16,9 %, sous l’effet d’une hausse combinée des surfaces et des rendements. Les surfaces de betteraves industrielles baisseraient et celles des pommes de terre de conservation et de demi-saison augmenteraient de 4,6 % sur un an.

 

*Les estimations de surfaces et de rendements pour les grandes cultures sont établies à partir d’échantillons départementaux d’observations quantitatives et qualitatives, provenant de sources multiples. Elles sont publiées en se fondant sur l’hypothèse que le reste de la saison ne connaîtra pas d’événement particulier susceptible d’affecter les surfaces ou les rendements finaux. Les dernières estimations pour 2019 ont été arrêtées au 1er juillet sur la base de données recueillies fin juin.

Patrick Antrope entame la moisson avec sérénité. Les dés sont jetés.
Patrick Antrope entame la moisson avec sérénité. Les dés sont jetés. - © Dominique Lapyre-Cavé

Moisson très bien commencée

Ce vendredi 5 juillet après-midi, Patrick Antrope attaquait une parcelle d’escourgeon d’un des ses voisins dont la machine était momentanément en panne.

«Cela ne me gêne pas, nous avons fini de battre nos 39 hectares d’escourgeon» assure l’agriculteur qui travaille avec quatre autres exploitants. «Nous mettons notre assolement en commun et cette année, nous aurons aussi 240 ha de blé et 85 de colza à battre. Nous faisons aussi de la prestation de service pour des voisins, sur une cinquantaine d’hectares environ.» Les exploitants sont dotés de deux machines (l’une bat 250  ha, l’autre 150 ha), de trois remorques et d’une presse pour la paille de blé. Tous ne conduisent pas les moissonneuses-batteuses, les tâches sont réparties.

«C’est moi qui conduis toujours cette Claas 540. J’en suis responsable, je fais l’entretien tous les jours et je trouve que c’est mieux ainsi, la machine ne passe pas entre toutes les mains. Par contre, je ne fais aucun travail de semis» détaille Patrick Antrope.

Sécheresse

La paille d’escourgeon est broyée, celle de blé sera pressée en partie. Mais il faudra attendre pour entamer la récolte du blé et du colza. «C’est très sec en ce moment et c’est toujours mieux qu’un mois de juin trop pluvieux dans notre secteur. Ceci dit, les pâtures sont grillées, le maïs souffre et les betteraves sucrières ont la feuille fatiguée. Mais, comme juin a été plutôt gris et frais, les céréales ont dû se remplir correctement. Par contre, les blés les plus tardifs vont sans doute être pénalisés par le coup de chaud. Pour tout vous dire, je ne suis même pas allé voir, les dés en sont jetés, il ne sert à rien de se plaindre, on verra bien ce que cela donnera quand on sera dedans» assure l’exploitant.

En effet, les résultats en escourgeons sont excellents, supérieurs à ce qui était attendu.

«On doit être entre 96 et 98 quintaux/ha. C’est de l’orge de brasserie, de la variété Étincel. La qualité est moyenne, 60 à 70 % de calibrage. Une partie sera peut-être déclassée en orge fourragère.»

Les livraisons des cinq exploitants se répartissent entre la coopérative de Milly-sur-Thérain, Noriap, Soufflet Agriculture et le groupe Carré. «Nous pensons que tout le monde doit vivre pour que la concurrence soit stimulée, alors on travaille avec tous les organismes stockeurs du secteur. Cette année, nous avons livré notre escourgeon à la coop de Milly et chez Carré.» Quelques jours de répit attendent Patrick Antrope. Il recommencera son travail de récolte dès que ce sera mûr, pour de longues journées, entre 11 heures et trois heures du matin si les conditions météorologiques le permettent. «Cela peut aller vite : en deux jours, j’avais récolté les 39 ha d’escourgeon.» Et avec de bons résultats en plus ; pourvu que cela dure.

Richard Vigneron et son fils Quentin, à Laboissière-en-Thelle.
Richard Vigneron et son fils Quentin, à Laboissière-en-Thelle. - © Dominique Lapeyre-Cavé

«Toute la plaine a vite jauni en juin»

Installé à Crèvecœur, un hameau de Laboisssière-en-Thelle, Richard Vigneron exploite 98 ha en polyculture. Escourgeon, blé, colza, maïs, pois d’hiver et de printemps composent son assolement. Ses terres sont réparties en deux ensembles, l’un d’environ 60 ha sur place et l’autre à une quinzaine de kilomètres de là, à Auteuil.

«J’ai battu mon escourgeon, une parcelle de 6,5 ha en orge de brasserie, de l’Étincel. Je suis plutôt agréablement surpris car j’ai récolté 85 quintaux par hectare, avec un PS à plus de 71 et un taux de calibrage entre 90 et 96 %» se réjouit l’exploitant.

Il a également battu de l’escourgeon pour un voisin, avec un résultat tout aussi bon. «On s’en sort bien pour le secteur car le rendement était sans doute déjà fait avant le coup de chaud de fin juin. Ce dernier est arrivé un peu trop tôt et va sans doute amputer les récoltes à venir» tempère Richard Vigneron.

Il fait sa moisson avec une machine Massey Ferguson de 23 ans, entretenue chez Blancart à Beavais, mais qui commence à donner quelques signes de fatigue. «Si je devais en changer, je ne sais pas comment je ferais car j’ai un problème d’accès à une partie de mes parcelles qui se trouvent de l’autre côté de la voie ferrée et pour lesquelles l’accès est limité par un passage de 4 m de large et 4 m de haut sous la voie ferrée ! Autant dire qu’aucune machine actuelle ne peut passer ! Sinon, je suis obligé d’attendre que les voisins aient récolté pour y aller» déplore l’exploitant.

Des craintes

Toujours est-il qu’il fait sa moisson pour le moment avec son fils Quentin de 22 ans, tout fraîchement diplômé d’un BTS Acse, et parfois avec l’aide du cadet, Émeric, 20 ans, en école d’ingénieur, le week-end. Il livre chez Agora, au silo d’Amblainville, mais stocke toute sa récolte de blé à la ferme.

Richard Vigneron devrait enchaîner sa moisson par ses pois d’hiver, de variété Fresnel, et ceux de printemps, de variété Angélus, pour lesquels il nourrit quelques craintes. «J’ai peur qu’ils aient beaucoup souffert du chaud».

Ensuite, ce sera le tour du blé et du colza. Plusieurs variétés composent la sole de blé : Amboise, Creek, Chevignon, Chevron, Sillon, mais aussi Adriatic et Annecy car «j’aime bien tester des variétés nouvelles.»

Pas de chance cette année : Richard Vigneron s’est lancé dans la culture du tournesol, bien adapté aux limons à silex et argiles à silex du secteur. «Il a fait trop froid au semis, le tournesol a gelé et j’ai dû le remplacer par du maïs, qui souffre pas mal actuellement.»

Mais la belle météo du moment devrait permettre à Richard et Quentin Vigneron de poursuivre leur travail. «Il nous faut dix jours pour tout récolter avec notre machine. Finalement, les exploitations plus importantes qui ont des machines plus perfectionnées ne mettent pas beaucoup plus de temps. Nous, on essaie de travailler avec les voisins car nous sommes dans un secteur de petites exploitations.»

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