L'Oise Agricole 14 décembre 2019 à 13h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Ça glousse à nouveau dans la basse cour de Glatigny

C’est l’histoire de souvenirs d’enfance sur la ferme des cousins qui, grâce aux hasards de la vie, ressurgissent pour devenir réalité suite à une reconversion professionnelle.

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Philippe Huprelle a réalisé son rêve d’enfance : être éleveur de volailles. Pour l’instant à mi-temps.
Philippe Huprelle a réalisé son rêve d’enfance : être éleveur de volailles. Pour l’instant à mi-temps. - © Dominique Lapeyre-Cave

À 42 ans, Philippe Huprelle est fier de montrer ses installations, montées par ses soins et «pas encore finies, je le sais.» Depuis deux mois, il accueille sur un ancien corps de ferme de Glatigny, dans le Pays de Bray, son petit élevage de poulets et, Noël approchant, de chapons. On lui a donné un bâtiment inutilisé, qu’il a démonté et installé sur une dalle en béton, en retrait. Il y accueille trois bandes de poulets de chair de race «cou nu» qu’il achète à l’âge d’un jour et élève pendant 110 jours minimum, jusqu’à un poids de 2 kg et au delà.

Philippe Huprelle a aménagé un laboratoire et un local de vente provisoire. Trois jours par semaine, il reçoit des particuliers qui viennent pour la qualité de ses volailles, élevées au grain et en plein air. «Je démarre juste, avec 20 poulets par semaine, il m’en faudrait le double quand je serai en rythme de croisière», détaille celui qui n’est éleveur que depuis peu.

Car l’histoire de Philippe Huprelle, c’est celle d’une reconversion professionnelle pour réaliser un rêve d’enfance. «Mes parents ne sont pas agriculteurs, mais j’ai été élevé en partie par ma grand-mère qui habitait Saint-Paul. J’allais souvent sur l’exploitation agricole de cousins et cela me plaisait beaucoup» confesse-t-il.

Il suit des études en électricité et devient salarié dans une grosse société, à Bresles. Malheureusement, avec la crise, il est licencié et s’interroge sur son avenir. Lui et son épouse ont acheté une maison à Glatigny, puis le corps de ferme voisin, qui avait perdu tout usage agricole. «Nous l’avons fait par opportunité, avec plus l’idée de rénover les bâtiments abandonnés pour les louer» concède Philippe Huprelle.

Un parcours à l’installation

Il retrouve un emploi de salarié chez un artisan électricien et, au hasard d’une rencontre chez une cliente, découvre le parcours à l’installation pour les candidats non issus de l’agriculture.

Il se dit alors qu’avec son corps de ferme et son goût pour l’élevage, c’est le moment ou jamais de se lancer. Il suit alors en 2015 des formations organisées par la Chambre d’agriculture de l’Oise et entame son parcours à l’installation avec le projet d’un petit élevage de poulets de chair fermiers. Il bâtit alors son projet, d’un montant de 90.000 euros pour la construction de bâtiments, d’un laboratoire et d’un magasin de vente, avec l’achat d’un véhicule frigorifique.

Philippe Huprelle commence par contacter le Crédit agricole, qui ne lui rendra pas réponse. Il se retourne vers le Crédit Lyonnais où le correspondant local lui donne un accord qui sera finalement refusé par le siège. Pas démotivé pour autant, Philippe Huprelle sollicite alors le CIC, Axa banques et le Crédit du Nord, tout fraîchement installé à Grandvilliers avec son antenne agricole. Il essuiera des refus qui ne le découragent pas. «Je me suis dit que j’allais revoir mon projet à la baisse, sans prêt bancaire, en achetant du matériel d’occasion avec la subvention de 9.000 euros que j’ai reçue du Conseil départemental.»

Une installation progressive

Un voisin agriculteur lui donne un ancien bâtiment qu’il remonte sur son corps de ferme. Il achète d’occasion le matériel pour l’abattage et plumer les volailles, les frigos. Il aménage une partie de la grange en laboratoire et une extension de sa maison en magasin pour accueillir les clients.

«J’ai gardé mon emploi de salarié. La première partie de la semaine, du lundi au mercredi, je suis électricien. Cela ne m’empêche pas de passer 1 heure le matin et plus de 2 heures le soir pour m’occuper de mes poulets. Ensuite, le reste de la semaine, je suis éleveur à plein temps. Cela est possible car j’ai la chance d’avoir un patron extrêmement conciliant», s’amuse-t-il.

Dès qu’il aura augmenté ses ventes, Philippe Huprelle envisage d’acheter un petit camion frigorifique, ce qui lui permettrait de livrer ou de vendre sur des marchés. Pour l’instant, c’est le bouche-à-oreille et sa page Facebook qui lui amènent une clientèle, essentiellement locale. «J’ai une clientèle assez jeune, de personnes qui recherchent des poulets avec du goût. Il faut dire que je les nourris avec de l’aliment Versele-Laga et surtout du blé, acheté chez mon voisin Jean-Luc Blatier, agriculteur à Glatigny», explique-t-il.

Pour les fêtes de fin d’année, il élève des chapons. «Ce sont des poulets castrés (ils n’ont pas de crête), nourris avec du lait, ce qui leur donne cette chair blanche et goûteuse. Je les vends 15,5 €/kg et ils pèsent au minimum 3 kg.» Pas de pintades car, d’origine africaine, elles sont plus sensibles au froid et, petites, il faut les chauffer à 40 °C. Pas d’oies, quelques dindes, elles s’invitent moins dans les menus de Noël. C’est vraiment le chapon la volaille du moment.

Côté sanitaire, Philippe Huprelle n’achète aucun antibiotique. Il utilise des huiles essentielles et même des remèdes de grand-mère. «Je refais une recette de ma grand-mère : une infusion avec du thym et du fenouil. Une fois refroidie, on la donne aux poulets contre les problèmes respiratoires. C’est plutôt efficace», sourit-il.

De toute façon, les clients ne sont pas très intéressés par la conduite vétérinaire des volailles, Philippe Huprelle n’a jamais eu aucune question à ce sujet. Ils sont plus sensibles à la qualité des volailles. D’ailleurs, cela commence à se savoir et Philippe Huprelle vient d’être contacté par une cantine scolaire du secteur à qui il pourrait fournir régulièrement des poulets. Une bonne surprise qui devrait en amener d’autres.

À terme, Philippe Huprelle aimerait vivre complètement de son activité d’éleveur. En attendant, il continue à aménager son outil de travail et notamment les parcs dans lesquels les poulets se dégourdissent les pattes et picorent avant de se réfugier dans le bâtiment chauffé quand la météo n’est pas clémente, comme ces jours-ci. Et puis, retrouver une activité d’élevage dans un ancien corps de ferme abandonné, c’est le signe de la diversité des projets dans le monde rural.

«Le plus drôle, c’est que le dernier agriculteur qui a habité ces lieux était surnommé Poupoule» conclut Philippe Huprelle. Ça, si c’est pas un signe...

La basse cour de Glatigny

Vente de poulets fermiers élevés en plein air.

Prêts à cuire : 8 €/kg. Sur place ou à commander.

Ouverture : vendredi de 17 à 19 h, samedi de 9 à 19 h et dimanche de 9 à 12 h.

5-7 rue d’Hanvoile 60650 Glatigny

Philippe Huprelle : 06 72 74 15 33

labassecourdeglatigny@orange.fr

https://www.facebook.com/PhilippeHuprelle/

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