L'Oise Agricole 09 mai 2020 à 13h00 | Par Vincent Fermon

«L’engagement du Criel au service de la filière reste entier»

Eleveur dans l’Aisne et président de l’interprofession laitière (Criel) du bassin Nord-Picardie-Ardennes, Frédéric Hennart revient sur les chamboulements engendrés sur la production et la transformation laitière par le Covid-19.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Frédéric Hennart, éleveur dans l’Aisne et président de l’interprofession laitière (Criel) du bassin Nord-Picardie-Ardennes, revient sur les chamboulements engendrés sur la production et la transformation laitière par le Covid-19.
Frédéric Hennart, éleveur dans l’Aisne et président de l’interprofession laitière (Criel) du bassin Nord-Picardie-Ardennes, revient sur les chamboulements engendrés sur la production et la transformation laitière par le Covid-19. - © Emeline Bignon

De quelle manière la filière laitière française a subi la crise liée à l’épidémie de Covid-19 ?

Le marché du lait se distingue par une répartition de volumes entre des créneaux bien spécifiques. On a par exemple d’un côté le lait destiné à être mis en bouteilles, et de l’autre celui qui sert à la fabrication de fromages ou de yaourts, pour la fabrication des poudres ou pour le marché de la restauration hors foyer. Jusqu’à ce que la crise liée au Covid-19 arrive, les choses étaient relativement simples et organisées. La fermeture du débouché «restauration hors foyer» a pas mal chamboulé les choses. Avec l’épidémie de Covid-19, le marché «export» qui concerne 40% de la production laitière française s’est effondré. Sur le marché français, les ventes de fromages à la coupe ont été quasiment partout arrêtées dans la grande distribution. La fermeture du débouchés «restauration hors foyer» a aussi posé pas mal de problèmes. A l’inverse, il y a eu un effet positif sur les ventes de lait de consommation. Les entreprises qui en font ont réussi à répondre à la demande.

La crise du Covid-19 a-t-elle engendré des difficultés de collecte, avec des producteurs contraints de jeter du lait ?

Sur le périmètre couvert par le Criel Nord-Picardie-Ardennes, je n’ai pas connaissance de producteurs chez qui le lait n’a pas été collecté. Malheureusement, ce n’est pas forcément le cas dans d’autres régions, mais cela est d’abord du à des difficultés de transport et logistique.

La Région Hauts-de-France a revendiqué le fait d’avoir apporté son soutien à la filière laitière en appuyant une demande d’activation de l’article 222 du règlement OCM au niveau européen et d’autres mesures, notamment pour inciter à la consommation de certains produits. Quels ont été les effets de cet accompagnement ?

C’est une demande que nous avions formulé et la Région Hauts-de-France nous a aidé à la porter. Cette mesure dérogatoire est importante parce qu’elle ouvre notamment la possibilité d’un stockage privé et des mesures de régulation. L’Europe a d’abord fait la sourde oreille, avant d’accepter. Cela a permis de limiter la chute des cours. La Région est intervenue également en communiquant sur les difficultés de certaines filières, dont la filière Maroilles, et regarde pour ouvrir des débouchés auprès de la restauration collective. Aujourd’hui, des transformateurs qui avaient stoppé leur activité sont en train de la relancer.

Des dons de produits finis ont-ils été envisagés à un moment donné ?

Cela a fait partie des pistes que nous avons avancé en mettant en relation des entreprises de transformation qui avaient des stocks à écouler et des associations caritatives.

Des producteurs ou entreprises ont-il été contraints de jeter du lait dans notre région ?

A ma connaissance, cela n’est pas arrivé. Du Maroilles a été bradé et de grosses promotions ont été faites. Mais je n’ai pas écho concernant des litres de lait qui auraient été jetés dans la nature. Le surplus de lait de certaines entreprises a été dérouté vers d’autres entreprises pour être transformé autrement. Avec une valorisation moindre, mais une valorisation quand même.

Avez-vous le sentiment que l’appel du Cniel aux éleveurs laitiers à diminuer leur production avec la mise en place d’un fonds de solidarité a été entendu et suivi d’effet, y compris dans notre grande région ?

C’est quelque chose qui est difficile à évaluer à l’heure actuelle. Dans les Hauts-de-France, la production laitière est en baisse de 1,5 à 2%, mais cela était déjà le cas avant l’épisode de Covid-19. L’appel du Cniel s’adressait plutôt à des producteurs qui auraient eu la tentation de produire plus. Les éleveurs doivent avoir conscience de l’importance de ne pas être en décalage avec le marché. Nous devons être dans une forme d’équilibre entre offre et demande. Quand le prix du beurre s’envole, ce n’est pas bon parce que cela est de nature à décourager les acheteurs.

La crise qui touche un certain nombre de filières et d’entreprises a t-elle remis en cause les missions du Criel ?

Malgré cette situation qui nous touche tous, l’engagement du Criel au service de la filière reste entier. La démarche Ferme laitière bas carbone reste engagée. Nous reprendrons le travail sur ce sujet, comme sur d’autres, que nous pourrons à nouveau circuler plus facilement. Nous gardons le cap que nous nous sommes fixés.

Comment imaginez-vous les prochains mois pour la filière laitière régionale ?

Cela est toujours difficile à dire. Il faudrait avoir une boule de cristal ! Sans être défaitiste, je suis quand même inquiet, et cela pour plusieurs raisons. Personne ne sait dire à présent s’il y aura une deuxième vague de contamination du Covid-19, que ce soit en France ou ailleurs en Europe. Ce dont on est sûr, c’est que la consommation va mettre du temps à reprendre. En revanche, ce qui peut nous aider, c’est la baisse de production que l’on connait habituellement entre juillet et septembre par rapport au reste de l’année. Cela va permettre de remettre un peu d’équilibre. Mais d’une manière générale, la filière lait a l’habitude de gérer les crises. Celle-ci est particulière, mais nous nous adapterons comme nous l’avons toujours fait.

La Région et le département de l’Aisne soutiennent l’AOP Maroilles

La filière maroilles joue un rôle particulier sur le plan économique et culturel dans l’Aisne et plus largement à l’échelle de la région Hauts-de-France. La crise sanitaire actuelle a des conséquences lourdes sur cette filière dont les débouchés habituels sont largement entravés, suscitant une perte de production d’environ 70 % et des fabricants parfois à l’arrêt. Dans un courrier commun adressé aux grandes et moyennes surfaces de distribution, Ziad Khoury, préfet de l’Aisne, Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France et Nicolas Fricoteaux, président du Conseil départemental de l’Aisne, ont souhaité appeler les GMS «à faciliter et valoriser davantage encore l’écoulement de ce fromage dans vos magasins, dans des conditions financières viables pour les producteurs».

Point de vue d’Alain Gille, président FRPL NPA et administrateur FNPL

«Les EGA doivent rester la règle»

Dans le contexte de crise du covid 19, l’ensemble de la filière laitière s’est mobilisé pour fournir aux Français des produits laitiers sans pénurie. Dans ce contexte difficile et inédit, la FNPL a demandé à l’interprofession de déployer des mesures permettant le lissage de la production afin de répondre collectivement aux demandes de réduction des volumes des transformateurs (parfois de 10, 20 ou même 30% avec comme justification de ne pas surcharger un outil de production déjà fortement sollicité). Dans cette perspective, l’interprofession a demandé à la Commission européenne fin mars l’autorisation de mettre en place pour le mois d’avril un fonds de solidarité exceptionnel de 10 millions d’euros (trésorerie Cniel) afin d’indemniser tout éleveur dans son effort de limitation de production. Le CNIEL a également réitéré l’urgence de débloquer au niveau européen les aides au stockage privé de fromages, beurres et poudres. Le 29 avril dernier, la commission communique un avis favorable pour l’activation des mesures visant à lutter contre la crise du Covid-19 dans le secteur laitier à savoir :

- Déclenchement de l’article 222 du règlement OCM unique visant à la planification temporaire de la production dans le secteur du lait et des produits laitiers (25 Etats membres ont validé le dispositif / 2 Etats membres se sont abstenus (Bulgarie et Danemark))

- Aides au stockage privé pour le beurre et pour la poudre de lait écrémé (26 Etats membres pour / 1 Etat Membre contre (Italie))

Pour la FNPL, le déclenchement de l’article 222 du règlement OCM unique par l’Union Européenne vient conforter le dispositif qu’elle a porté depuis plus d’un mois pour inciter les producteurs à écrêter le pic de production saisonnier sur le mois d’avril. Cette mesure d’écrêtage et d’indemnisation des producteurs a plusieurs objectifs :

- soulager les entreprises de transformation confrontées à de grave perturbations sur leurs débouchés (disparition du débouché de la RHF, baisse de la consommation de certains produits AOP/IGP) et donc limiter les effets sur le prix pour les éleveurs livrant aux entreprises les plus touchées (principalement des PME)

- maintenir globalement le prix du lait payé aux producteurs français (en limitant les ventes de lait au SPOT)

Cependant, la FNPL n’en oublie pas ses fondamentaux et rappelle que les EGA doivent rester la règle et permettre de conserver un niveau de prix satisfaisant, basé sur les coûts de production du premier maillon de la chaine.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Oise Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui