L'Oise Agricole 04 septembre 2020 à 11h00 | Par actuagri

La Russie veut redresser sa balance agroalimentaire

Malgré une balance commerciale en déficit de 16 milliards de dollars (Md$), le gouvernement russe vise l’autosuffisance alimentaire en 2024. Mais les habitudes alimentaires des consommateurs évoluent. Leurs préférences portent sur des produits importés.

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Bien que la Fédération de Russie inonde les marchés des céréales de blé et d’orges, son excédent commercial agroalimentaire reste structurellement déficitaire. Toutefois, elle continue de travailler pour inverser cette tendance.
Bien que la Fédération de Russie inonde les marchés des céréales de blé et d’orges, son excédent commercial agroalimentaire reste structurellement déficitaire. Toutefois, elle continue de travailler pour inverser cette tendance. - © Pixabay

Bien que la Fédération de Russie inonde les marchés des céréales de blé et d’orges, son excédent commercial agroalimentaire reste structurellement déficitaire : de l’ordre de 16 milliards de dollars en 2019. Les exportations massives de céréales (37,5 millions de tonnes (Mt) de blé, 3,5 Mt d’orges pour 2020-2021 selon l’USDA, l’organisme américain de statistiques agricoles) ne compensent pas les importations de produits agroalimentaires, et de produits animaux en particulier, que la Russie ne produit pas en quantités suffisantes pour nourrir ses concitoyens.

Rouble dévalué et crise économique

Sanctionnée financièrement par trente et un pays en 2014 pour avoir violé l’intégrité territoriale de l’Ukraine, la Russie avait pris des mesures de représailles en décidant d’un embargo sur des produits alimentaires (viande, poisson, produits laitiers, fruits et légumes…) et en décidant d’un plan de relance de la production agricole en interne. Ces mesures commencent à porter leurs fruits. Le plus grand pays de la planète par sa superficie couvre dorénavant 80 % de ses besoins alimentaires, soit dix points de plus en cinq ans. Et dans le même temps, les importations de produits agricoles ont baissé de 31 % entre 2015 et 2018, selon une étude de l’USDA, passant de 43 Md$ à 29 Md$. Mais la baisse est moins importante qu’escomptée car la parité du dollar par rapport au rouble renchérit les prix des produits importés et minimise la valeur des exportations. Le rouble a perdu la moitié de sa valeur par rapport au dollar en cinq ans. Cela dit, la crise économique qui sévit en Russie réduit le pouvoir d’achat en produits importés des consommateurs.

Viser l’autosuffisance alimentaire

Depuis 2014, le gouvernement a engagé plusieurs plans de relance de la production agricole. Celui lancé en 2018 vise à accroître les exportations de produits agricoles et alimentaires de 70% d’ici 2024. Il souhaite les porter à plus de 45 Md$. Mais la Russie restera un pays exportateur de céréales à paille, prêt à alimenter l’Afrique du Nord, la première région importatrice au monde de blé (29,6 Mt en 2020-2021 selon l’USDA). En 2020, «la Russie a adopté une nouvelle doctrine de la sécurité alimentaire, explique l’USDA. Elle vise l’autosuffisance alimentaire sans avoir recours aux biotechnologies en productions animales et végétales».

Des prix rémunérateurs en roubles

Le gouvernement russe mobilise beaucoup de moyens pour redresser la balance commerciale agroalimentaire en investissant dans les infrastructures ferroviaires ou encore en soutenant les constructions de bâtiments d’élevage. Mais là encore, la parité du rouble contrarie l’efficacité des plans de relance. À l’échelle des exploitations, les prix en dollars, convertis en roubles, des céréales exportées rémunèrent très bien leurs producteurs. Ils n’ont donc aucun intérêt de privilégier l’approvisionnement du marché intérieur et de favoriser l’essor de l’élevage. Alors qu’au niveau national, l’enjeu est le redressement de la balance commerciale agricole et agroalimentaire.

20 Mds de dollars de produits importés

Le troisième marché de consommation sur le continent européen (465 Md$ en 2019), après l’Allemagne et la France, a importé l’an passé 20 Md$ de viande de porc, d’oeufs, de vin et de bière mais aussi du lait, de la crème et du champagne. La production agroalimentaire est estimée à 102,4 Md$. Depuis l’instauration de l’embargo, la Russie a redéployé ses échanges commerciaux en favorisant les pays qui ne lui ont pas imposé de sanctions financières en 2014. La Biélorussie reste son premier partenaire commercial (17 % des importations) suivie par la Chine (6 %), l’Équateur (6 %), la Turquie et l’Allemagne (pour des produits exclus de l’embargo).

La Russie, nouveau concurrent pour les exportations de viande porcine ?

Les importations russes de viande de porcs s’amenuisent et la Russie commence à concurrencer l’UE à l’exportation. L’organisation centrale danoise pour l’agriculture et l’agroalimentaire, L&F, indique que, durant le premier semestre 2020, la Russie a importé moins de 5 000 t de viande porcine. Durant le même semestre de l’année dernière, elle en avait importé 64 000 t. Il y a huit ans, la totalité des importations russes atteignait encore un million de tonnes. La Russie était à l’époque le second importateur mondial de cette viande. La Russie importe actuellement surtout du Chili et de petites quantités d’Argentine, du Paraguay, de Biélorussie et du Kazakhstan. En revanche, la Russie est de plus en plus présente sur le marché mondial de viande de porcs. Au premier semestre 2020, elle a exporté 86 000 t, ce qui est un quasi doublement par rapport à la même période de l’année dernière. Son principal client est Hong Kong, suivi du Vietnam et de l’Ukraine, qui sont aussi des clients de l’UE. La Russie s’efforce aussi de développer ses exportations vers la Chine. Ce qui augure pour l’avenir une plus forte concurrence russe sur les marchés traditionnels de l’Union européenne.

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