L'Oise Agricole 05 mars 2020 à 09h00 | Par Mathieu Robert

Pour «des politiques agricoles respectueuses des agriculteurs»

À l'occasion de sa visite au Salon de l'agriculture le 25 février, le nouveau commissaire européen à l'agriculture, Janusz Wojciechowski, a livré ses grandes priorités. Le Polonais se place en défenseur des petites et moyennes exploitations, ainsi que des budgets agricoles et ruraux.

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Janusz Wojciechowski, commissaire européen à l'agriculture.
Janusz Wojciechowski, commissaire européen à l'agriculture. - © Parlement européen

Vous êtes nommé alors que la réforme de la Pac est déjà entamée - la proposition de la Commission a déjà été communiquée. Quelles sont vos marges de manoeuvre et vos priorités pour faire évoluer la réforme ?

La proposition de la Commission Juncker est aussi la proposition de la nouvelle Commission. C'est la base du débat pour le futur de la Pac. Un débat débute entre les institutions européennes, Conseil, Parlement et Commission. En tant que commissaire à l'Agriculture, je me déclare ouvert à tout amendement qui améliorerait la pro¬position de la Commission. Des signaux nous font dire que le Parlement va proposer quelque chose de nouveau. Par exemple, concernant les ecoschemes, nous attendons la position officielle du Parlement. Nous sommes ouverts à l'idée que les ecoschemes ne soient pas seulement proposés par les États membres, mais qu'une liste puisse être aussi proposée par la Commission. Aujourd'hui, ma priorité, c'est le budget de la Pac. Une proposition a été faite en 2018, mais le Green Deal est apparu, depuis, comme une nouvelle priorité politique majeure de la Commission von der Leyen. Et ce Green Deal inclut les stratégies «de la fourche à la fourchette» et biodiversité. Nous nous attendons donc à ce que le Green Deal se traduise par de nouveaux défis pour les agriculteurs, comme la réduction des pesticides, des engrais, l'introduction de pratiques environnementales. C'est nécessaire bien sûr, mais cela ne peut être accompli qu'avec les agriculteurs et non contre les agriculteurs. Ils doivent être la solution, pas un problème à régler. C'est très important. Nous avons besoin d'un budget adéquat pour ces objectifs ambitieux.

Justement, les objectifs du Green Deal sont-ils compatibles avec le budget proposé par la Commission ?

La proposition de budget pour la Pac de la Commission est inférieure à la précédente. Il y a des raisons à cela : l'addition de nouveaux objectifs en matière de défense, d'immigration. Mais si nous voulons accomplir davantage de choses avec l'agriculture, pour l'environnement, pour le climat, pour la santé, nous avons besoin de davantage de moyens. On ne peut pas atteindre les objectifs ambitieux du Green Deal avec moins d'argent. C'est impossible, c'est mon devoir de le dire.

Quel est votre rôle dans le Green Deal ? Avez-vous la main ?

Oui, le commissaire pour l'Agriculture et la DG Agri sont très actifs dans cette démarche. Pour les agriculteurs, la partie la plus importante du Green Deal est la stratégie «de la fourche à la fourchette» pour rendre notre agriculture plus respectueuse de l'environnement. Nous discutons de manière très intense avec les autres directions générales pour préparer la communication sur cette stratégie. Ma priorité, c'est que nous avons besoin, bien sûr, de plus de pratiques respectueuses de l'environnement et du bien-être animal, mais aussi, nous avons besoin des politiques agricoles plus respectueuses des agriculteurs, qui protègent les agriculteurs, qui ont beaucoup de problèmes actuellement. Nous avons un problème de dépopulation des régions rurales, de manque de renouvellement des générations. C'est très difficile d'encourager les jeunes à être agriculteurs. Les petites et moyennes exploitations familiales ne peuvent pas être compétitives avec les grandes fermes industrielles.

Votre prédécesseur était très impliqué dans les questions de commerce international. Le se-rez-vous tout autant ? Quelle est votre philosophie sur le sujet ?

Ma philosophie, c'est que les agriculteurs ne doivent pas être les victimes des accords commerciaux, en contrepartie des bénéfices sur d'autres secteurs. Nous avons besoin des accords commerciaux, parce que le commerce en général est profitable à l'Union européenne, et pour nos agriculteurs. Une de mes priorités est de faire la promotion des produits agricoles sur les marchés asiatiques. J'ai prévu, à cette fin, des visites au Vietnam, à Singapour, probablement en Chine. Mais nous devons éviter les situations dans lesquelles un seul secteur de l'agriculture est bénéficiaire, dans lesquelles il y a des gagnants et des perdants. Nous devons avoir uniquement des gagnants (en souriant). Mon rôle est de protéger les agriculteurs, et m'assurer que la compétition est loyale.

Quelle est votre opinion sur le Ceta, et les accords avec le Mercosur, l'Océanie ?

Nous réalisons actuellement des études d'impact sur tous les accords commerciaux. Je pourrai vous en dire davantage quand j'aurai l'étude d'impact complète.

Vous vous intéressez aux fonds de cohésion. Quel est votre projet ?

Dans l'approche de certains États, la politique de cohésion est destinée aux régions urbaines et la Pac aux régions rurales. Mais les fonds de cohésion doivent aussi être utilisés pour les régions rurales. Par exemple, certains fonds de la Pac soutiennent les investissements en infrastructure. Ce qui est très important dans les régions rurales, mais cela devrait être financé par les politiques de cohésion, pas la Pac. Les fonds agricoles doivent être dédiés directement aux agriculteurs et au développement agricole. Un autre exemple : aujourd'hui, des producteurs de porc doivent arrêter leur activité à cause de la peste porcine africaine. Nous devons les aider, mais avec les fonds de cohésion, pas avec les aides de la Pac. Cette synergie entre les fonds est importante.

Quel est votre regard sur le mouvement des gilets jaunes en France, cela fait-il écho à la situation de la ruralité polonaise ?

Ce n'est pas mon rôle de commenter les manifestations dans les États membres. Mon rôle est d'aider les agriculteurs et de créer des politiques qui vont permettre d'éviter les situations où les agriculteurs manifestent. Si nous demandons plus, avec moins de moyens, cela peut devenir conflictuel.

Stratégie «de la fourche à la fourchette», une ambition pour la Pac

La stratégie «de la fourche à la fourchette» «comprendra des actions législatives et non législatives afin d'améliorer la durabilité de la chaîne alimentaire», a précisé la commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, le 18 février, lors d'un échange avec les eurodéputés de la commission de l'Environnement. Interrogée à plusieurs reprises par les parlementaires sur le rôle que jouera la Pac dans ce vaste programme, elle a promis qu'elle veillerait - «c'est mon rôle» - à ce que celle-ci soit «ambitieuse», précisant que ces services menaient actuellement une étude pour évaluer comment cela pourrait se mettre en oeuvre. «Les agriculteurs joueront un rôle central dans la transition et nous devons trouver des moyens de les soutenir dans cette voie», afin de ne laisser personne «sur le bord de la route», a-t- elle précisé. Les principaux objectifs qu'elle cite pour sa stratégie qui sera présentée fin mars (le 25 ou le 31) : la réduction des risques liés à l'usage des produits phytosanitaires et des engrais, la baisse du recours aux antibiotiques et une meilleure information des consommateurs.

La Commission européenne a ouvert, le 17 février, une consultation publique de quatre semaines sur la feuille de route de sa stratégie «de la fourche à la fourchette». Bruxelles y souligne que cette stratégie «comprendra des mesures visant à réduire de manière significative l'utilisation et les risques liés aux pesticides chimiques, ainsi que l'utilisation d'engrais et d'antibiotiques». Pour atteindre ces objectifs, les plans nationaux de la future Pac «joueront un rôle essentiel».

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